Afrique LA UNE Société panorama 7 septembre 2020 (0) (230)

Cameroun > affaire Kévin Ngassam et Obc: la justice au tribunal du peuple

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La détention provisoire du jeune Kévin Ngassam à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui pour avoir exploité et partagé une épreuve qui a fuité de l’Office du baccalauréat du Cameroun, est perçue par l’opinion nationale et internationale comme une volonté manifeste du juge de rendre justice par l’arbitraire.

Ils n’ont qu’un seul mot dans leur vocabulaire : “libérez-le !” Il s’agit de tous ceux qui ont pris fait et cause de la situation que traverse actuellement le jeune Kévin Ngassam. Le candidat à l’examen de baccalauréat ne peut pas attendre la proclamation des résultats dans la sérénité. Pour cause, il est, depuis le 03 septembre dernier, incarcéré à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui pour avoir exploité et partagé dans un groupe watsapp, les épreuves qui ont fuité de l’Office du baccalauréat du Cameroun (Obc) et qu’il a obtenues sur les réseaux sociaux. Face à cette sanction que certains concitoyens estiment “lourde”, ils ne cessent d’élever leur voix pour demander la libération pure et simple de ce mineur.

C’est le cas du Dr Richard Makon. 

Toute justice sans amour est cause de division et de facture sociale ! toute justice sans discernement est évidemment arbitraire ! toute justice sans humanisme est forcément tyrannique ! une société qui emprisonne des nourrissons innocents pendant que des vieux criminels se pavanent librement a évidemment perdu tout repère moral. Une telle société qui fait le lit de la déshumanisation est incontestablement prête pour son génocide”, 

a-t-il indiqué sur sa page Facebook.

A sa suite, l’artiste camerounaise Kareyce Fotso s’offusque car dit-elle 

Il y a eu des crimes crapuleux dans ce pays, des horreurs qui m’ont laissé sans voix. Pour ces frères, sœurs, enfants, il n’y avait plus de vie à sauver le mal était fait. Mais Kévin, nous avons encore l’occasion de sauver une vie”.

Au regard des conditions de détention inhumaines ambiantes dans les prisons du Cameroun, Kareyce Fotso estime qu’on aurait pu le sanctionner autrement.

L’eau a coulé, fermez les robinets et non ceux qui se sont juste abreuvés. On aurait pu lui donner une autre punition. Mais de grâce, ne faites pas de cet enfant un monstre. La prison va le détruire”,

implore-t-elle.

L’artiste camerounais Nernos quant à lui se demande

Depuis quand c’est dangereux de boire de l’eau ?”

et demande au juge de libérer l’adolescent tout en l’invitant à aller plutôt arrêter les consommateurs de drogue.

Justice à double vitesse

Le chanteur Maalhox pour sa part, instruit aux auteurs de la fuite des épreuves, d’assumer leurs responsabilités. 

Ne tuez pas l’enfant d’autrui pour rien alors que vous savez que c’est vous-même qui avez mis l’eau dehors”,

recommande-t-il.

Pour le Dr Okala Ebode, l’incarcération de cet adolescent qui jouit d’une présomption d’innocence est une justice à deux poids, deux mesures puisque d’autres personnes dans la même situation que lui, sont en libertés. 

Un sous-préfet assassine sa copine à Kribi, un autre assassine un journaliste à Deuk, une gendarme tue à bout portant un jeune à Bafoussam. Silence complice de la justice. Mais un jeune de 18 ans partage un document trouvé sur internet, il est mis sous mandat de dépôt provisoire, après avoir été déporté de Bangangté à Yaoundé, alors que les gens dont la responsabilité administrative est établie sont en liberté. C’est dégueulasse, répugnant et presque discriminatoire cette manière d’appliquer la justice”,

s’indigne-t-il.

Enquête administrative

Une parodie de justice qui n’a pas laissé Mamadou Mota indifférent. Du fond de son cachot, le vice-président du Mrc, fait savoir qu’au Cameroun, il y a deux tribunaux : celui des “pauvres contre les élites” et celui de “l’histoire”. Face à cette situation abracadabrante, la directrice exécutive de Nouveaux droits de l’homme se dit dépassée par les événements.

L’affaire de Kévin et l’Office du bacc, ça me dépasse. Les détentions arbitraires sont devenues systématiques”,

se désole Cyrille Rolande Bechon.

Pour cette affaire de fuite des épreuves et pour laquelle l’enquête administrative ouverte par le ministre des Enseignements secondaires avait permis d’épingler 7 responsables de l’Obc, tous officiant au service de reprographie, l’honorable Nourane Fotsing, réitère que la responsabilité de la fuite des épreuves ne saurait être imputée aux élèves en général. 

Libérez ces élèves sans délai et assumez vos erreurs !”,

ordonne-t-elle.

Rostand TCHAMI


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