LA UNE Opinion Politique panorama 4 juin 2020 (0) (147)

Cameroun > Classe politique: Entre fake news, manipulation et division

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Le mois dernier, les Camerounais ont été abreuvés par la fausse nouvelle de la mort de Paul Biya.

Cette situation est allée en s’empirant au point où en dépit d’un tête-à-tête avec le diplomate français Christophe Guilhou et du Représentant du Secrétaire des Nations en Afrique centrale, une partie des Camerounais, chauffée à blanc, à continuer de croire dur comme fer que le numéro un camerounais n’était plus de ce monde. Sur la toile, les explications les plus farfelues se sont développées pour entretenir cette information fausse. Chose curieuse, alors que dans toutes les officines éloignées du pouvoir, on s’évertuait tant bien que mal à donner de l’épaisseur à cette assertion, les partisans du chef de l’Etat ont curieusement gardé le silence, rompant de ce fait sinistrement avec leurs habitudes génétiques de soutenir leur champion, crocs et griffes dehors, contre la moindre tentative de provocation, de déstabilisation.

Un pan supplémentaire de cette situation loufoque, à couper le souffle, est que précisément elle est entrée dans la normalité, banalisée. Le chef de l’Etat d’un pays annoncé pour mort, juste comme par le fait d’annonce, faudrait-il intégrer cela dans la rubrique des faits divers ou s’agit-il des manœuvres politiciennes en vue de fragiliser le pouvoir tout simplement ? Dans cette lancée, on peut citer les multiples morts annoncées du président du Sénat Marcel Niat Njifendi, deuxième personnalité du pays. Plusieurs autres personnalités ont été internées en occident sans que cela fasse l’objet de quelques suspicions de mort, de rumeur de décès. Pourquoi le sommet de l’Etat camerounais est-il victime d’un tel commérage ? Un ballon d’essai pour étudier le comportement des Camerounais ?

En 2004, quand le premier volcan de ce genre avait retenti, Paul Biya avait réagi, annonçant à ses détracteurs qu’ils doivent encore attendre pendant vingt ans. Cette fois, il n’a rien dit rencontrant de ce fait la posture du président du Sénat, qui répond toujours aux rumeurs de ses décès par un froid silence. Pour aller plus loin, si ces annonces infâmantes avaient un but politique, on peut se demander s’il n’est pas toutefois ridicule d’annoncer de manière jubilatoire que des vieux hommes approchant la nonante ont cassé leur pipe ? En plus, s’il y avait la possibilité de tirer quelques retombées politiques, la Constitution de la République n’est-elle pas suffisamment claire pour régler une telle situation ? Pourquoi le Cameroun banalise-t-il avec tant de facilité ce qui sous d’autres cieux, relèverait d’un sacrilège et surtout d’une atteinte à la démocratie ? Au delà de toutes les considérations qui peuvent animer les hommes politiques de tous bords, cette situation incommodante pose la pressante question de la convivialité au sein de la classe politique nationale,

Léopold D’assistance Ndjidjou, Journaliste éditorialiste.

qui est appelée à avoir ses codes et ses coutumes.

La léthargie qui s’est emparée de cette classe politique si tant il est qu’elle existe, à quelque exception près, démontre à suffisance que cette classe professionnelle est si divisée, même pour faire le consensus sur la rumeur qui frappe un des leurs, fut-il le chef de l’Etat ou le président de la Sénat. Les ordres professionnels existent et la politique, ce noble métier doit se donner des lettres de noblesse, en s’arrimant sur la défense des intérêts du Cameroun pour faire son aggiornamento.

Léopold Dqssi Ndjindjou


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