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Cameroun > Covid-19: La mise à nu d’un système de santé nul

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On est passé de moins de 2000 cas au début de ce mois à 5904 cas testés positifs, autant dire que le nombre a presque triplé. Le pays a par ailleurs enregistré 3568 guérisons et 191 décès. Le taux de guérison est donc de 60,43% alors que celui de létalité est de 3,23%. Faut-il en conclure que le Cameroun tiendra le coup et qu’il n’y aura pas péril en la demeure dans les jours à venir ? Passage en revue de quelques failles de notre système de santé.

Une ressource humaine sanitaire insuffisante
En 2010, un rapport de l’Organisation mondiale(Oms) de la santé faisait état de la situation en précisant que le Cameroun est au nombre des nations africaines qui traversent une crise des ressources humaines pour la santé. On compte approximativement 1,1 médecin et 7,8 infirmières et sages-femmes pour 10.000 habitants. Le seuil minimum établi par l’Oms est de 23 médecins, infirmières et sages-femmes pour 10.000 habitants. Le chiffre du Cameroun est donc résiduel par rapport au seuil minimal indiqué par l’institution onusienne de la santé. Comme on le voit, le Cameroun comptabilise 8,8 personnels de santé sur les 23 exigés, derrière certains pays comme le Nigeria (20), l’Ouganda (14), Kenya (13), Ghana (11), Zimbabwe (9). A la queue, on retrouve les pays comme Le Burundi, Sierre Leone, le Niger ou le Somalie (2) et enfin la Guinée (1).

C’est donc dire que le Cameroun souffre d’un déficit des ressources humaines sur le plan de la santé. Bien plus, les infrastructures et les équipements sont insuffisants en quantité, en qualité et inégalement répartis sur l’étendue du territoire. Même si une politique de maintenance hospitalière existe, la maintenance préventive reste limitée aux hôpitaux de première et deuxième catégories. Quant à la maintenance curative, elle est insuffisante à tous les niveaux. Les unités spécialisées telles que l’imagerie et l’hémodialyse sont disponibles au niveau des chefs-lieux des régions. Les autres unités spécialisées sont assez mal réparties ou absentes dans certaines régions.

L’accès aux soins et plateaux techniques
L’accès aux services de santé au Cameroun en 2016 était de 2,19 établissements de santé pour 10.000 habitants. Il faut préciser que l’essentiel de ces institutions est concentré dans les centres urbains alors que l’arrière-pays, principalement dans le septentrion et l’Est, est dépourvu. C’est ce qui explique l’obligation du recours des populations à la médecine traditionnelle.

Une fois établie la couverture disproportionnée des établissements hospitaliers du territoire national, il revient même d’interroger la qualité du plateau technique. La révélation de cet état des choses, est la situation dramatique connue par une jeune fille-mère qui a perdu ses quadruplés à l’hôpital central de Yaoundé, il y a quelques jours, parce qu’il n’y avait pas de couveuses. La vétusté et la pauvreté des plateaux techniques dans les hôpitaux publics sont compensées par les soins privés très onéreux. Ainsi arrive-t-il fréquemment que les médecins envoient les patients dans les établissements privés pour des examens médicaux appropriés. Cette pratique est en passe de devenir une règle au Cameroun. C’est aussi avouer que le nerf de la guerre a pris le dessus sur la déontologie professionnelle dans maints de nos établissements hospitaliers où on a vu des femmes démunies séquestrées après accouchement pour défaut de paiement des frais de maternité. On se souvient du cas qui a traumatisé la mémoire collective où une dame enceinte de jumeaux, Monique Koumatekel, avait été négligée l’hôpital Laquintinie à Douala et la mort s’en était suivie. Une parente courroucée avait alors sorti de ses entrailles les bébés morts nés dans une vidéo qui avait choqué en rond.

On va se rappeler dans cette veine que le ministre de la Santé publique, Manaouda Malachie, a interdit dans le cadre de la lutte contre la Covid-19, que le scanner soit pratiqué pour diagnostiquer le mal. Aujourd’hui, cette pratique ne s’est jamais aussi bien portée dans nos hôpitaux. Au moment où le virus mortel semble avoir contaminé ou en passe de le faire, un maximum de Camerounais, le système de santé sera-t-il de taille pour répondra à l’onde de choc annoncée ou attendue ? Le personnel de la santé est-il motivé au point où nous sommes presque certain que nos soldats en blouse blanche font cracher le feu de leur savoir-faire sur ce machin de Covid-19 ? Tout le hic est là ! On se souvient des images en provenance d’Italie, au sommet de l’affront où on voyait des médecins s’écrouler de fatigue mais déterminés.

5% du budget alloué à la santé

Le financement de la Santé publique au Cameroun est un des parents pauvres du budget de l’Etat. Ainsi, la contribution du gouvernement reste faible. Une moyenne de 5% du budget de l’Etat alloué à la santé, et ceci au regard des engagements internationaux pris par le pays. En plus, les dépenses de santé reposent majoritairement sur les ménages. Les chiffres officiels estiment que 70,3% de ces dépenses viennent des patients. Environ 474 milliards de Fcfa sont ainsi déboursés par an par les Camerounais pour leurs soins de santé. Cette situation préoccupante vient du fait de l’absence de l’assurance maladie. Le Gabon, par exemple, a mis sur place un la Caisse Nationale d’Assurance Maladie et de Garantie sociale (Cnamgs) qui est considérée comme l’élément moteur de la politique sociale du Chef de l’Etat et du Gouvernement gabonais. Au Cameroun, la couverture santé universelle (Csu) va à hue et à dia pour se mettre en place faute d’un budget de 1300 milliards.

Et là encore, il faut préciser que les coûts des soins seront concomitamment à la charge des malades, de l’ensemble de la population et de l’Etat. Cette difficulté de naissance de cette assurance maladie collective traduit toutes les manigances, les turpitudes d’une volonté politique de voir tous les Camerounais se soigner à faible coût. En 2014, seules 1% et 2% de la population étaient couvertes par les mutuelles de santé et l’assurance maladie privée respectivement. Le Coronavirus va certainement exposer les facettes de notre système de santé et appeler à plus de responsabilités de la part des uns et des autres.


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