LA UNE Opinion Politique panorama 1 septembre 2020 (0) (136)

Cameroun > Crise politique: La République des inconciliables

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Il y a quelques jours que la déclaration de Maurice Kamto d’appeler le peuple de descendre dans la rue si le président de la République convoque le corps électoral pour les consultations régionales sans la satisfaction des exigences de la révision consensuelle du système électoral et la résolution de la crise anglophone (la mise en place d’un cessez-le-feu et l’ouverture d’un vrai dialogue politique national inclusif), est sur la table. Depuis lors, dans l’ensemble, le silence ou le calme plat et assourdissant, enrobé dans un mystère difficile à déchiffrer, annonce-t-il la tempête ou un tsunami ?

L’appel de Maurice Kamto, une aubaine pour le pouvoir

Le régime a-t-il réellement pris conscience que la menace de Maurice est une opportunité qui lui est offerte sur un plateau en or pour se raffermir et surtout pour se réconcilier avec lui-même et avec une frange des concitoyens depuis l’élection contestée d’octobre 2018 ? Il est malsain de dire que le pouvoir en répondant favorablement aux exigences posées par le leader du Mrc arrache aussi par le même coup les armes des mains d’une communauté internationale qui à chaque fois semble n’attendre que l’occasion idoine pour en découdre avec le pouvoir de Yaoundé.

Quand le Sous-secrétaire d’Etat aux affaires africaines, Peter Nagy était sur le point d’arriver au Cameroun, qu’il ne soit pas oublié que c’était le sort de Maurice Kamto et la situation dans le Noso qui étaient sur la table. Comme nous le montrerons par la suite, s’il est possible et important pour le chef de l’Etat de revoir en ce moment le système électoral de manière concertée avec la classe politique, il semble un peu plus complexe ou hasardeux dans le fonctionnement du logiciel du pouvoir d’appeler les sécessionnistes autour de la table.

Paul Biya est déjà engagé dans la reconstruction des deux régions. Mais au Palais, les stratèges peuvent-ils avoir la décence de se dégager de la forte volonté d’en découdre avec Maurice Kamto qui peut se révéler au bout du compte un gros piège ? Combien de Camerounais vont descendre dans les rues dans nos villes ? Qui vont-ils rencontrer sur le terrain du rapport de force ? Quel sera le bilan humain et matériel d’une telle entreprise ? Qui en assumera les conséquences ? Les essais de réponses à ces questions devraient dissuader les tenanciers du pouvoir d’opter pour la confrontation.

Bien plus en pareille circonstance, au moment où les citoyens descendent dans la rue avec un risque de collision avec les forces de l’ordre ou les militants du parti au pouvoir, nul ne peut évaluer le coût humain d’une telle initiative. C’est pour cette raison qu’il est toujours préférable de l’éviter. Lorsque les foules descendent dans la rue dans un pays, il ne manque pas des opportunistes politiques de tous bords prêts à se jeter dans la mêlée pour jouer une carte personnelle, « de soulager leurs ambitions dans les eaux du torrent », nées de la pluie de contestations. Dès lors, on découvre toujours les faits de la vérité ou de la réalité, en un véritable repentir.

Maurice Kamto, l’holocauste pour la paix?

Dans les rangs des tenanciers du pouvoir, c’est à peine si les uns et les autres se sentent concernés par ce mot d’ordre de Maurice Kamto. Ceci surtout si on s’en tient à quelques rares sorties enregistrées çà et là. Pour ceux qui veulent apporter une once de lumière sur la posture du leader mrciste vue du pouvoir, on assène tout juste rapidement qu’il est dans sa logique insurrectionnelle.

C’est bien compris que de ce fait, on l’attend avec les armes adéquates au propre comme au figuré. Ici, on est empressé d’avancer que la priorité est d’en finir au plus tôt avec les élections régionales dans le but de boucler avec la mise en place des institutions de l’Etat telles que disposées dans la constitution de 1996. Si de temps à autres des patriotes proches du pouvoir font des sorties pour mettre en garde tous ceux qui répondront à cet appel, exhibant la menace d’une confrontation sans merci, il va de soi que c’est bien compris que le langage de violence sera toujours réfractaire à ce que le Mrc appelle « manifestation pacifique ».

Bref, on va retenir et ce avec ahurissement, que dès que Paul Biya va convoquer l’organisation des élections régionales, ce sera le kick-off d’une manifestation de protestations à travers les rues camerounaises à laquelle répondront des contremarches ou des oppositions à cette marche. Pour l’heure personne ne sait exactement comment cela va se mettre en évidence. Tout ce que est évident est que les partisans du Rdpc attendent avec impatience la convocation du corps électoral pour signifier chacun avec les arguments douloureux qui sont les siens à Maurice Kamto et les siens qu’ils sont sortis largement de la piste démocratique.

Que penser dès lors des exigences de Maurice Kamto ? Sont-elles réalistes ou fondées à tout au moins ? Bien sûr mais il est depuis passé dans la postérité que le pouvoir de Paul Biya a particulièrement horreur de toute forme de diktat ouverte. De ce point de vue, si aujourd’hui seul le numéro un détient le temps et les clés pour désamorcer cette autre crise qui prend la coloration politique, cette fois, loin d’être périphérique à la capitale Yaoundé, elle est en plein cœur des institutions. Même en réglant les comptes définitivement à Maurice Kamto dans ce combat de la honte qui s’annonce entre David et Goliath, le pouvoir de Paul Biya se jettera plus dans l’incertitude comparativement à une relative volonté politique d’apporter des solutions aux exigences posées par l’expert de droit.

Premièrement, Paul Biya pour l’heure est la seule personne qui détient le calendrier électoral. Il n’est donc tenu aucunement par une contrainte temporelle si à jamais il veut se déterminer à apporter une satisfaction à l’une ou l’autre des deux exigences. En deuxième lieu, Il est vrai, à la lecture de la réalité du terrain, il est difficile d’envisager que le pouvoir peut aujourd’hui se lancer dans un cessez-le-feu avec les sécessionnistes, pas que cette éventualité soit inopérante, mais tout simplement à l’examen de la démarche de Yaoundé dans la résolution de la crise. La possibilité d’une négociation semble de plus en plus s’éloigner avec la mise en place du plan de reconstruction des deux régions anglophones du pays. C’est de ce fait plus qu’improbable qu’une rencontre sincère entre les belligérants soit à l’ordre du jour.

Le zèle du combat comme soutient à Paul Biya

Le fait pour les partisans et les sympathisants du leader du Mrc de descendre dans la rue est une aubaine rêvée pour les ambitieux politiques dans les rangs du pouvoir de se mettre en pole-position, dans une sorte de « qui mieux mieux » sera à mesure de mettre à mal la mobilisation populaire. Cela signifie en clair que dans toutes les régions du pays, chaque hiérarque du Rdpc voudra agir de telle en sorte que les manifestants ne marchent pas du tout ou soient copieusement dispersés par des arguments répressifs.

Et là précisément s’ouvre la voie à l’incertitude. On ne saura jamais très bien ce que le terrain peut enfanter. Mais curieusement, alors que le leader du Mrc ne cesse de ratisser large pour fédérer le grand nombre à sa cause, la société camerounaise s’illustre par un froid et sinistre silence comme si l’appel des Camerounais dans la rue était d’office voué à l’échec! Oui, il est indéniable, irréfutable que la réponse des partisans et sympathisants du Mrc sera prioritairement en fonction de l’attitude du pouvoir au fur et à mesure que pointera à l’horizon l’heure de la convocation du collège électoral.

Comme on le voit aussi, ce n’est une partie aisée pour personne, ni à l’intérieur du pays comme à l’extérieur car la communauté des Nations regardent le pays de Paul Biya, non pas pour œuvrer pour une vitalité démocratique mais surtout et avant tout pour défendre les intérêts qui sont les leurs.

Sur ce, les fils de ce pays devraient penser plus à s’accorder au plus vite au lieu de céder la place aux professeurs internationaux des exigences démocratiques qui corrigent les copies des pays du Sud avec une désinvolture et un manque d’impartialité sans nul pareil. On se surprend dès lors à supplier le bon Dieu d’influer sur les différents acteurs pour qu’ils dépassent les considérations immédiates et se projettent sur l’avenir du pays, même s’il se construit avec les instruits d’aujourd’hui.
Léopold DASSI NDJIDJOU


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