LA UNE Opinion Société panorama 8 juillet 2020 (0) (47)

Cameroun > Culte du parrainage: Les risques et périls de la familiarisation professionnelle

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Il y a des manières d’agir, de penser, de sentir et de faire qui, dans certaines administrations publique, para publiques et privées, sont en passe d’être normalisées.

Le fait, par exemple, pour un collaborateur d’un service donné, d’être désigné “Mon fils” par son supérieur hiérarchique appelé “Mon père ou ma mère” entraîne une dépendance, qui plonge les soumis à des situations d’aliénation.

Selon les constructions sociales cataloguées dans des champs socioprofessionnels, le collaborateur est désigné par son supérieur hiérarchique “Mon fils”. Réciproquement, le patron, le directeur ou le chef hiérarchique reçoit un nom de baptême appelé “père ou mère” suivant l’appartenance au genre masculin ou féminin. L’origine de cette familiarisation professionnelle est liée au culte du parrainage, du mentorat, du mandarinat et du réseautage. Généralement, ceux et celles qui se livrent à ce jeu visent la cooptation dans le cercle des grands. Question de bénéficier des faveurs et des largesses du père ou de la mère. Il faut, pour ce faire, attribuer tous les noms de la courtisanerie au patron, mieux au boss pour espérer, par exemple, participer à un séminaire, à un atelier ou bénéficier d’un regard débonnaire de la hiérarchie.

Au bout du compte, l’on assiste à des dérives inimaginables dans le quotidien ambiant des fonctionnaires de la république. Un de nos amis universitaires nous faisait observer, il y a plusieurs semaines, que prenant part à des cérémonies funéraires dans une aire culturelle donnée, un chargé d’études assistant, au nom de cefois,histoire de “mon père-mon fils”, s’est retrouvé à fendre le bois dans la concession de son directeur. Une autre fois, le même universitaire, médusé par ces pratiques de dépendance accrue, avait observé une scène similaire curieuse. En effet, un Directeur de l’administration centrale avait rendu obligatoire la participation à son 25ème anniversaire de mariage, qui se tenait dans son village à plusieurs centaines de kilomètres de Yaoundé. A cette occasion, un cahier de participation avait été ouvert pour veiller à la bonne exécution de l’ordre du patron.

Ces exemples, dont la litanie n’est pas exhaustive, sont le prototype des comportements rétrogrades et réfractaires à la culture du management moderne. En reproduisant ces pratiques du mandarinat féodal, l’on instaure un système d’aliénation et d’avilissement du travailleur. Si un patron a une tâche à faire exécuter à son employé, que cela se fasse dans le respect et de la déontologie de l’éthique professionnelles. Celui qui te nomme “fils” est enclin à te castrer à la moindre occasion et à t’humilier sans vergogne et sans scrupule. Il est donc temps de rompre avec ces mentalités coloniales, qui sous-évaluent la personne humaine au profit du respect de l’orthodoxie professionnelle. Le reste n’est que chosification de l’ouvrier du boss.

Serge Aimé Bikoi


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