LA UNE Opinion Politique panorama 8 septembre 2020 (0) (122)

Cameroun > Discours haineux et replis identitaires : la Commission Musonge impuissante

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Le 04 septembre 2020 une marche pacifique a été organisée par des membres de la communauté Sawa dans la ville de Douala.

Cette manifestation avait notamment pour but de protester contre la désignation d’un Chef traditionnel de 03ème degré “allogène” à Bessèke, au détriment d’un “fils du terroir” qui légitimement devrait occuper ce trône selon les manifestants.

Le Chef en question, Camille Tanko Amadou, dont les racines proviennent du Grand Nord du pays explique que l’arrêté ’préfectorale du 20 août 2020 qui visiblement a déchaîné les passions, n’a en réalité été pris, que pour rectifier une erreur matérielle concernant sa date de naissance, contenue dans un précédent arrêté signé le 11 juin 2013 par une autre autorité administrative occupant la même fonction, qui homologuait sa désignation comme Chef de 03ème degré de Bessèke, en remplacement de son regretté père Tanko Amadou.

Cela montre que les organisateurs de la marche du 04 septembre 2020, n’ont utilisé ce cas que comme prétexte pour exposer des revendications politiques plus larges et profondes, contenues dans un mémorandum.
Globalement, les Sawas veulent plus de place dans l’Administration et au sein des institutions publiques, autant en ce qui concerne les postes nominatifs qu’électifs, en plus du développement de leur région.

C’est à peu près les mêmes demandes formulées par le « Mouvement 10 Millions de Nordistes » qui a vu le jour il y a quelques semaines, en rapport avec la situation de la partie septentrionale du pays et de ses ressortissants. D’autres mémorandums communautaires dans le même sens existent.
Parallèlement, on assiste de plus en plus à un foisonnement des discours haineux à travers notamment des appels publics à la détestation de l’autre qui est différent de soi, simplement du fait de ses origines, et en toute impunité. Les réseaux sociaux sont les principaux supports de ces dérives.

Et pourtant au-delà de la loi, le code pénal en l’occurrence, qui réprime de tels actes, une Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme (Cnpbm) a été crée le 23 janvier 2017 pour révenir et lutter contre les replis identitaires exacerbés ainsi que les discours haineux entre autres.
L’article 3(1) du décret présidentiel mettant sur pied cette institution indique clairement que :

“sous l’autorité du Président de la République, la Commission est chargée d’œuvrer à la promotion du bilinguisme, du multiculturalisme au Cameroun, dans l’optique de maintenir la paix, de consolider l’unité nationale du pays et de renforcer la volonté et la pratique quotidienne du vivre ensemble de ses populations.”

Éric Boniface Tchoukeu, Journaliste. Chef de chaîne Radio Siantou. Conseiller editorial et Founding father Panorama papers

Visiblement, les membres de cette Commission présidée par l’ancien Premier Ministre, Peter Mafany Musonge, nommés le 15 mars 2017 semblent visiblement impuissants devant la montée de la haine tribale.
En filigrane des replis identitaires exacerbés, se cache à la vérité un mal être social généralisé. Et il ne faut pas s’attendre à ce que ce fléau soit réduit à sa plus simple expression à défaut d’être éradiqué sans la pratique d’une justice sociale minimale, la satisfaction des besoins élémentaires du plus grand nombre et un développement général et équilibré du Cameroun à travers notamment la mise à la disposition des populations des infrastructures sociales de base.

Éric Boniface Tchoukeu


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