LA UNE Opinion Politique panorama 6 septembre 2020 (0) (240)

Cameroun > Elections régionales: Le pouvoir pris à son propre jeu dans le Littoral

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La communauté Sawa est montée au créneau contre le régime en publiant un mémorandum au vitriol. Un échantillon de la déliquescence de la construction nationale qui s’abreuve à la source constitutionnelle de 1996.

L’Etat assure la protection des minorités et préserve les droits des populations autochtones conformément à la loi »,

prescrit le préambule de la Constitution du 18 janvier 1996.

C’est donc en qualité de population autochtone dont les droits sont bafoués que cette communauté qui s’identifie sur l’espace géographique des quatre départements de la région du Littoral, exprime ses revendications envers l’Etat du Cameroun. La goutte d’eau qui fait déborder le vase est sans aucun doute le Décret présidentiel du 2 septembre dernier fixant le nombre de conseillers régionaux par département et par catégorie.

Dans ce texte de loi pourtant, le département du Wouri est celui qui est le plus représentatif sur le plan national avec 35 conseillers régionaux, dont 30 délégués départementaux et 5 représentants du commandement traditionnel. Le problème des Sawa est donc la quotité ou le pourcentage des autochtones dans les 35. Pour preuve ce mémorandum-réquisitoire cible les populations allogènes du Littoral dont certains sont promus à des postes électifs ou nominatifs par les autorités étatiques.

Une sortie tribaliste ou anti-vivre ensemble ? Les Sawa s’en défendent mordicus car selon eux,

Le littoral est en effet devenu le laboratoire du vivre ensemble et de la manifestation des intérêts égocentriques des groupes de pressions et lobbies aux intentions lugubres et viscéralement hégémoniques”.

Ils poursuivent en indiquant que l’homme Sawa suffoque de jours en jours par l’effet d’actions de mains obscures alors que cette communauté manifeste son caractère singulièrement résiliant et accueillant. Les allogènes, la racine du mal à leurs yeux,

Y sont pour le désir profond d’assouvir leur objectif d’essor économique pour la majorité, et la conséquence est que la région est réduite à des territoires et villes zombifiés victimes de l’exploitation abusive des ressources naturelles et du désordre urbain au détriment des peuples autochtones”.

Quelques clichés des différents postes occupés par les allogènes sont répertoriés dans le Mémorandum et considérés par les Sawa comme “une perte”. Evocations : sur 19 députés, le Littoral se retrouve avec 10 députes autochtones et 9 députes allogènes soit 47,36% de sièges perdus ; sur 06 députés, le Moungo compte 02 députés autochtones et 04 députés allogènes soit une perte sèche de 67% ; sur 09 députes dans le Wouri 04 sont autochtones et 05 allogènes soit une perte de 66% ; le littoral compte aujourd’hui 08 sénateurs autochtones et 02 allogènes sur 10 soit 20% de sièges perdus ; toujours dans le Wouri sur 05 maires 03 sont autochtones et 02 allogènes soit 40% de sièges perdus ; à Nkongsamba sur 03 mairies d’arrondissement 01 seul poste de maire revient aux autochtones contre 02 aux allogènes.

Les exigences Sawa vont plus loin. Selon eux,

Le littoral ne dispose que de 04 Ministres ce qui peut être questionnable en comparaison directe à d’autres régions dont la participation effective à la croissance du Pib au Cameroun est nettement moindre”,

entre autres.

Des revendications fortes à l’Etat

La question foncière doit être réglée par la rétrocession des terres injustement arrachées aux peuples autochtones du littoral. L’Etat doit indemniser les populations victimes d’expropriations de terres pour quelque cause que ce soit. L’Etat doit surseoir purement et simplement les décisions controversées relatives à la désignation des chefs allogènes dans les territoires de commandement querellés”,

lit-on entre autres sur la litanie de revendications.

Sur ce dernier point, il s’agit des

Nominations successives et outrageusement suspectes des chefs allogènes dans certaines contrées (chef de 3e degré quartier 04 Mikombe canton Manehas dans l’arrondissement de Manjo, chef de 3e degré du quartier Besseke à douala 4e, chef de 3e degré à Mbanga)”

qui constituent des actes de provocations pures et simples, selon les autochtones du Littoral.

Au chapitre des revendications politiques fortes figurent aussi l’augmentation du nombre de départements (08), l’augmentation du nombre de sièges à l’assemblée nationale (30) ainsi que des mairies d’arrondissements. Par ailleurs, les investitures aux mandats électifs des maires, députés, sénateurs et autres élus locaux dans le littoral doivent exclusivement être accordées aux populations autochtones.

Journaliste Editorialiste, Panorama papers.

Vu l’implication et la contribution significative au développement de ce pays, nous réclamons plus de ministres au sein du gouvernement (08). Un accroissement significatif du nombre d’officiers supérieurs et de généraux d’armées issus du littoral s’avère nécessaire et impératif pour rétablir les équilibres. Les jeunes Sawa doivent également être présents dans les administrations publiques autant que ceux issus d’autres régions”,

traduisent toute l’exaspération de ce peuple qui estime être floué dans la matérialisation de la politique de l’équilibre régional.

Quel poids politique accordé à ce Mémorandum ? Une pression sur le pouvoir pour qu’il accorde une place de choix aux autochtones dans le vote des représentants du commandement traditionnel ou bien certaines élites autochtones piaffent-elles d’impatience d’entrer au gouvernement à l’heure où l’opinion est à toutes les supputations pour un remaniement ministériel ?
Léopold DASSI NDJDJOU


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