LA UNE Opinion Politique panorama 7 septembre 2020 (0) (174)

Cameroun > Elections régionales Mrc et Sdf, un duo ou un duel ?

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En rejoignant le Mrc, le Sdf jette un pavé dans la mare dans l’appréhension de l’issue la posture mrciste.

Depuis que Maurice Kamto a mis sur la table sa décision de descendre massivement dans la rue avec les siens au cas où le pouvoir convoquerait quelconque élection sans la modification consensuelle du système électorale et à tout au moins l’initiative d’un cessez-le-feu à défaut de la résolution de la crise dans le Noso, l’opinion lorgne avec apriorisme et perplexité les aiguilles de l’horloge présidentielle ont sonné il quelques instants.

Le Sdf continue d’œuvrer pour un Cameroun meilleur pour tous et appelle tous ses membres en particulier et les Camerounais en général à rester forts, fermes, concentrés et unis en ces temps difficiles. Compte tenu de ce qui précède et nonobstant nos dispositions statutaires sur les élections, nous ne participerons pas aux élections régionales prévues dans les schémas actuels. Ces élections régionales programmées par le régime, contribueront à davantage creuser le fossé déjà large entre Camerounais ainsi qu’à l’effondrement de notre Nation”,

a écrit le Chairman Ni john Fru Ndi depuis son séjour américain.

Cette sortie du Sdf, n’est qu’en apparence proche de la posture du Mrc et met aussi sur la place publique toute les dissensions internes qui traversent le parti à la balance. On sait par exemple que la position de Jean-Michel Nintcheu est plus tranchée et mise au besoin sur un rapport de force de la mobilisation populaire dans la rue pour imposer au pouvoir de surseoir à l’organisation des élections régionales.

A l’opposé, il y a Joshua Osih qui est visiblement chaud d’aller aux élections régionales, lui qui a demandé aux militants de s’inscrire sur les listes électorales en vue des régionales du 6 décembre prochain. Comme on le voit, la sortie de John Fru Ndi du 2 Septembre dernier vient comme une sorte de pont pour essayer de concilier les deux points divergents au sein de son parti.

Les deux caïds de sa famille politique sont écartelés entre le Mrc et le Rdpc. Sa sortie vient en quelque sorte remettre la balle au centre mais pour combien de temps ? Il coupe de ce fait la poire en deux, pour tenter de concilier les postures divergentes des deux hommes. D’abord, il rejoint le Mrc en reprenant point par point les raisons du boycott de son parti aux prochaines élections.

La révision et l’amélioration de façon inclusive de notre code électoral ; la promulgation d’un cessez-le-feu dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest”,

sont au menu de raisons évoquées même s’il y ajoute le nécessité de mener de nouvelles discussions sur la résolution de la crise ou même de commencer l’exploration complète et de bonne foi de la mise en place d’un système fédéral de gouvernance pour résoudre la crise constitutionnelle dans laquelle se trouve le Pays.

En revanche pour que son poulain Joshua Osih ne perde pas totalement la face dans cette affaire, il n’engage pas ouvertement ses militants à descendre dans la rue comme le souhaite Jean-Michel Nintcheu. Le communiqué du Chaiman n’est en réalité qu’une sorte de jugement de Salomon. A la prochaine élection, le parti devra suivre soit Joshua Osih, soit Jean-Michel Nintcheu.

Dans l’un ou l’autre cas, on aura suivi la voix du Chairman.
Embrasser son adversaire pour mieux l’étouffer ?
Dans l’écosystème politique du Cameroun, l’adversaire numéro un du Sdf est le Mrc de Maurice Kamto car la montée en puissance de ce parti s’est construite sur les ruines du parti à la balance. Et cela ne s’arrête pas car les combats que mène le Mrc sont précisément ceux qu’on aurait attribués au Sdf. Le premier est la crise anglophone.

En faisant de la résolution de la crise du Noso une des conditions sine qua non à sa participation aux régionales tout comme ce fut déjà le cas au cours des municipales et des législatives, le Mrc délégitime tout simplement le Sdf de sa prétention de tenir les deux régions comme ses fiefs politiques. Le “Soffer dont finish” aura par lui-même tiré tous les enseignements conséquents de son débâcle au scrutin couplé du 9 février dernier où sur les 35 sièges en compétition dans les deux régions (20 sièges pour le Nord-Ouest et 15 sièges pour le Sud-Ouest), il n’a pu obtenir que 5 minables sièges.

Ce désastre peut inciter le parti à une profonde réflexion depuis le début de sa descente aux enfers sans fin à la dernière élection présidentielle. En deuxième lieu, en allant à la dernière élection, le taux d’abstention et le résultat de ce parti sur le terrain indiquent clairement que l’avenir du parti à la balance se dessine en pointillés. Voici donc venu le temps pour le parti de Ni John Fru Ndi de se découvrir totalement ou de sombrer corps et âme.

D’une part, contrairement à ce que certaines langues susurraient au sujet d’une prétendue alliance souterraine entre le Rdpc et le Sdf, les dernières élections ont étalé à la face du monde que le Rdpc n’a laissé aucune chance au Sdf. Même à l’élection partielle du 22 mars portant sur 11 sièges, l’ogre a tout raflé. C’est donc en désespoir de cause que le parti du Chairman s’attache sur la position du Mrc mais sans se déterminer d’aller dans les braises de la rue.

Et là, le Sdf ne verrait nullement d’un mauvais œil que le Mrc et les siens récoltent les pires déconvenues de la rue. C’est cynique mais c’est le réalisme politique. Le Sdf qui s’allie à la position du Mrc, est-ce pour un duel ou un pour un duo pour en découdre avec le pouvoir ? Rien ne dit déjà que le Sdf ne sera pas déjà aux élections régionales car on sait que ce parti avait servi à l’opinion les mêmes atermoiements pour finalement aller aux élections du 9 février dernier, à la surprise générale.
Léopold DASSI NDJDJOU


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