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Cameroun > Élections régionales : Regards croisés des acteurs politiques

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Depuis la convocation des collèges électoraux pour la tenue des régionales le 6 décembre 2020, les réactions sont diamétralement opposées.

Alors que des forces politiques de l’opposition soutiennent que cette convocation des collèges électoraux est un non- événement, le parti au pouvoir et des partis alliés accréditent le décret présidentiel tant il s’inscrit dans une logique institutionnelle.

En dehors du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) qui est prêt à participer, de manière active et effective, à l’élection des conseillers régionaux dans trois mois, il y a aussi un parti allié au pouvoir depuis 1996 et qui est représenté au parlement qui s’inscrit dans cette mouvance. Maidadi Saidou Yaya, Secrétaire national à la communication de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp) défend la logique institutionnelle liée à l’organisation des élections régionales:

l’Union nationale pour la démocratie et le progrès, parti républicain, prend part aux régionales, qui se tiennent conformément au code électoral. Prendre part à une élection, c’est s’engager à en respecter les résultats. Nous restons cohérents à cela. Chaque parti a ses objectifs, sa démarche et son timing. Vous avez constaté qu’il y en a qui se sont inscrits dans la logique institutionnelle comme l’Undp et d’autres qui ont décidé d’opter pour la logique insurrectionnelle”.

Contrairement à la position institutionnelle du parti de Bello Bouba Maigari, le Sdf(Social democratic front), dont le chairman Ni John Fru Ndi a posé trois conditions préalables pour participer à ce scrutin, le 2 septembre 2020, estime que c’est un non- événement tant cette décision du chef de L’État participe à structurer la piètre décentralisation théorisée depuis plus de deux décennies au Cameroun. Aloys Parfait Mbvoum, vice-président régional du Sdf pour le Centre, décline quelques raisons de l’option pour le boycott de sa formation politique.

Une convocation des collèges électoraux, qui se fait, au moins, sous fond de cinq conflits liés aux dernières élections municipales (jusqu’aujourdhui, plusieurs communes n’ont pas de véritables conseillers municipaux). Or ce sont ceux- là qui sont les électeurs de l’un des collèges électoraux. Une convocation des collèges électoraux, durant la crise persistante dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, où tout est délabré en termes d’institutions, en termes d’hommes, en termes de jeunes et de femmes. Une convocation dans un contexte de non- révision du code électoral tant décrié par tous les Camerounais ayant un minimum de bon sens”,

énonce le cadre du Sdf.

Malgré cette opposition entre le parti au pouvoir, les partis alliés et quelques formations politiques de l’opposition, un expert en questions électorales accrédite la logique du Mrc de boycotter ce scrutin. Hilaire Kamga, porte-parole de la plateforme pour la société civile et la démocratie:

Je salue la position du Mrc (Mouvement pour la renaisance du Cameroun),même si ce parti ne fait pas partie du corps électoral attendu, je salue la position du Sdf, celle incarnée par Fru Ndi, qui, tout en étant partie prenante à cette élection, décide de ne pas y aller pour marquer un coup politique. C’est très important”.

Le Mrc a pris la décision, depuis hier (Lundi, 7 septembre 2020), de ne plus participer aux débats radio et télévisés le temps des régionales. Mais, le Parti camerounais pour la réconciliation nationale(Pcrn) estime que la logique d’appel à la résistance nationale pour boycotter le scrutin n’a aucune légalité, encore moins de légitimité. Christian Ndjock Nkongo, candidat Pcrn aux régionales, jette le discrédit sur le Mrc:

Du point de vue légal, ont-ils qualité ? Il me semble que les deux partis que vous avez cités, un n’en a pas la qualité à partir du moment où il a zéro conseiller municipal. L’autre oui il est, certes, électeur, mais est-ce que le nombre de conseillers municipaux qu’il a lui permet d’avoir le nombre de conseillers régionaux, il me semble que non. Vous comprenez donc effectivement quel est le fondement de leurs revendications parce qu’ils veulent voir de quel poids ils pèsent et avoir voie au chapitre parce qu’ils sont, d’entrée, hors-jeu”.

Vu que le Mrc se prépare à opter pour une logique insurrectionnelle, Hilaire Kamga, expert en questions électorales, dissipe quelques nuances dans la conscience de plus d’un et donne un sens à cette terminologie, tout en plaçant le peuple au centre de ses responsabilités:

A un moment donné, le peuple est dans son droit et même certains instruments internationaux le traduisent, à l’instar de la Charte africaine sur la démocratie, les élections et la gouvernance, qui consacre la souveraineté du peuple, qui peut s’exprimer à tout venant à la réalité lorsque des régimes, des personnes utilisent la manipulation des lois ou des constitutions pour se maintenir au pouvoir, alors en ce moment, le peuple qui est le seul souverain, en toute légalité, peut décider d’utiliser d’autres voies pour balayer le régime ou les régimes qui se donnent cette liberté sur le cadre légal comme instrument de manipulation des volontés du peuple”.

Le moment venu, le peuple, doté d’une maturité, saura s’il accordera les violons avec la symphonie de la dynamique insurrectionnelle fredonnée par le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc).

Serge Aimé Bikoi


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