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Cameroun > Entre clash et humiliation: Le basculement dans la société spectacle

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Le dernier cas en date est celui de Lady Ponce fait, le 30 mars 2020, ayant enregistré 53 mil vues en l’espace de deux heures de temps. Par contre ceux faits par des officiels gouvernementaux, atteignent, à peine, deux mil vues. Pourtant, ils portent sur des sujets d’intérêt public. La propension, pour les internautes, à accorder un culte aux directs des musiciens d’ici et d’ailleurs traduit l’intérêt du bas-peuple pour les faits divers, objet de toutes les attentions.

La société camerounaise est une société spectacle arc-boutée sur les faits divers sociaux, politiques et culturels. Tout ce qui est en rapport avec la scenographie de l’ambiance, de la jouissance, de la jactance et de la réjouissance tient en haleine des masses populaires. Des individus ont la propension à faire foule lors des spectacles d’artistes-musiciens locaux et étrangers. Pourtant, si l’on organise des conférences-débats auxquels ils sont librement invités, peu de personnes font acte de présence. Il est, en effet, plus aisé, pour des mélomanes et des fanatiques, de débourser de l’argent pour acheter un ticket d’entrée pour un spectacle que d’aller à un débat public, dont l’entrée est libre et gratuite dans une salle contenant moins de 100 personnes, où des thématiques républicaines sont posées. Cette élaboration conduit à constater que la réflexion et la discussion autour des sujets d’intérêt public ne tient pas en haleine le maximum de personnes. A contrario, des concerts d’artistes-musiciens captivent davantage l’attention des cibles juvéniles si bien que les lieux de spectacle sont bourrés d’une marée humaine.

C’est le même parallèle qui mérite d’être établi relativement à la comparaison entre les directs réalisés par les stars de la musique, du sport et du cinéma et ceux faits par les officiels gouvernementaux. Tous les directs organisés par les stars du monde artistico-culturel drainent un nombre exubérant d’internautes. Par contre, toutes les conférences des ministres de la République projetées sur la toile, ces de deniers jours, sur l’actualité du Coronavirus enregistrent une faible représentation des internautes sur ces entrefaites.

Il est aussi possible de comprendre ce phénomène à la lumière d’un déterminant social, celui de la psychose qui règne dans l’environnement social. Le fait de parler régulièrement des chiffres devenus exponentiels des patients atteints de Coronavirus et des cas de morts enregistrés autant ici qu’à l’extérieur du pays entraîne une sorte d’angoisse existentielle ou une peur d’avoir peur, laquelle fait naître une dépression, un stress permanent si bien que les couches locales expriment le besoin de détourner leur attention vers autre chose. D’où le basculement, voire le déferlement autour des faits divers, qui leur permettent de purger leur conscience des problèmes auxquels ils sont confrontés. L’envie folle de découvrir autre chose en terme de faits divers départie de l’actualité morbide du Covid-19 participe de la catharsis sociale, dont le dessein est de se divertir et de s’affranchir des problématiques existentielles de la vie courante. Mais, le fait de se défouler, en écoutant les clashs entre artistes-musiciens ou leurs directs n’est que de courte durée tant l’on retombe toujours dans la réflexion sur les problèmes conjoncturels qui restent et demeurent. Sans conteste, l’on ne s’éloigne guère de la spirale de la psychose du moment, à savoir celle du Coronavirus, qui transcende, voire surplombe, qu’on le veuille ou non, l’actualité ambiante. Tellement c’est devenu c’est devenu un fait social total.


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