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Cameroun > État de santé de Paul Biya: Entre rumeurs et théorie du complot

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L’audience accordée par Paul Biya à l’ambassadeur de France au Cameroun, jeudi, continue de cristalliser l’attention des opposants au régime de Yaoundé, qui mettent en doute son authenticité.

La rencontre entre Paul Biya et Christophe Guilhou, ambassadeur de France au Cameroun, était censée répondre aux interrogations sur l’état de santé du président camerounais et faire taire les rumeurs, certaines affirmant même la mort de Paul Biya. Mais la réapparition sur les écrans du locataire du palais d’Étoudi, qui n’était plus apparu en public depuis le 11 mars, alors que le Cameroun ne comptait encore que deux cas de Covid-19, est loin d’avoir rassuré les sceptiques.

Selon l’ambassadeur Christophe Guilhou pourtant, c’est un président Paul Biya « toujours alerte » qu’il a rencontré au cours de cette audience, jeudi 14 avril. « Nous avons eu une très longue discussion », a-t-il ajouté, dans une courte prise de parole à sa sortie du palais présidentielle, lors de laquelle il a également évoqué les aspects de la coopération France-Cameroun qui furent au centre de ses échanges avec Paul Biya.

Ultimatums et rumeurs tenaces

La veille de cette rencontre, mercredi, Maurice Kamto, qui a plusieurs fois dénoncé le silence présidentiel, avait provoqué un emballement médiatique en annonçant avoir saisi l’Assemblée nationale afin qu’elle « constate la vacance du pouvoir ». Point d’orgue d’une série d’ultimatums adressés par l’opposant au chef de l’État camerounais dont « l’absence prolongée et inexpliquée » était qualifiée « d’inacceptable » par le leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC).

Malgré la sortie de Paul Biya, qui ne s’est toujours pas exprimé sur la pandémie du Covid-19 au Cameroun, les rumeurs continuent d’agiter la sphère publique. Pour les plus sceptiques, les images de la rencontre n’ont en effet pas permis de lever le doute. Certains, sur les réseaux sociaux, n’hésitent pas à qualifier la vidéo de « montage ».

Franklin Nyamsi, universitaire Camerounais basé en France, prétend même que les services de communication de l’Ambassade de France à Yaoundé – qu’il affirme avoir contacté – , « n’avaient aucune connaissance d’une telle audience » et que Guilhou est « probablement allé à cette audience sans en informer ses propres services ».

Depuis lors, il a initié une pétition pour le départ de l’ambassadeur de France au Cameroun, au motif de « graves ingérences et de manipulation éhontée de l’opinion publique ». Elle compte à ce jour 9 700 signatures. En « off », une source de Jeune Afrique au sein de l’ambassade de France dément cependant toute tentative contact de la part de Franklin Nyamsi.

Inversion des positions

Ces derniers jours ont vu un renversement des postions. Les groupes d’opposants qui saluaient hier les déclarations d’Emmanuel Macron sur la crise socio-politique du Cameroun lors d’une vidéo prise en marge de son passage au salon de l’agriculture, critiquent désormais la position de la France…

A contrario, du côté du parti au pouvoir à Yaoundé, qui avait haussé le ton après les déclarations du président français, on défends désormais Paris face aux attaques que son ambassadeur essuie. « Les propos vexants et agissements maladroits de certains frères ne doivent en aucun cas décourager nos amis », a notamment commenté le secrétaire général du RDPC au pouvoir, Grégoire Owona.

Face à la polémique, Christophe Guilhou s’est exprimé dimanche au cours d’une émission politique diffusée sur la télévision nationale. Au cours de cette interview, l’ambassadeur de France a pris le soin de relativiser ses positions, notamment à propos de l’état « alerte » du président camerounais.

« La presse m’a demandé comment j’avais trouvé le président Biya, j’ai répondu que je l’avais trouvé comme il était lors de mes précédentes audiences », s’est-il contenté d’expliquer à ce sujet.

Pas de quoi convaincre les sceptiques, encore une fois. « Il faut craindre que Christophe Guilhou ne se soit prêté à une farce de mauvais goût », affirme l’économiste Christian Penda Ekoka, un proche de Maurice Kamto.

Alors que le Cameroun a franchi le cap des 1 000 cas de personnes atteintes par le Covid-19, la crise sanitaire que connait le deuxième pays le plus infecté d’Afrique subsaharienne semble toujours reléguée au second plan, bien derrière les interminables joutes politiques qui animent la sphère publique.


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