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Cameroun > Gouvernance universitaire La Sup’ptic au bord de l’explosion

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Depuis la nomination de Félix Watching, le 4 décembre 2017 au poste de directeur de l’Ecole nationale supérieure des Postes, des télécommunications et des technologies de l’information et de la communication (Sup’ptic), l’école est entrée dans une zone de turbulence sans fin.

Entre insubordination aux tutelles académique et technique, maltraitance du personnel, climat de tension permanente et démobilisation du personnel, tout schématise la descente aux enfers de ce haut de formation.

Insubordination aux tutelles technique et académique
La Sup’ptic est placée sous la tutelle de trois ministères. Celui chargé des Enseignements supérieurs assure la tutelle académique, les Postes et télécommunication veille à la dimension technique de l’école alors que le ministère des Finances assure directement la tutelle financière de cet établissement de référence en matière des télécommunications au Cameroun. Au regard d’un faisceau de correspondances adressées à Félix Watching par les deux premiers ministres de tutelle dont Le Messager s’en est procuré copie, il ressort clairement que le Directeur en poste oppose une résistance éprouvée à Jacques Fame Ndongo et Minette Libom Li Likeng.

Plusieurs fois, les deux ministres ont écrit au Directeur pour lui enjoindre de payer les arriérés dus aux enseignants sans que ce dernier se sente le moindre du monde concerné par ces appels de la hiérarchie. Tenez ! En date du 5 mars 2020, la tutelle académique de Sup’ptic, en l’occurrence le ministre de l’Enseignement supérieur (Minesup), tenait aux enseignants désabusés par le non-paiement de leurs droits auprès du Directeur, des propos très rassurants quant au dénouement rapide de cette affaire.

J’ai l’honneur de vous rappeler que toutes ces démarches en cours, en vue de l’apurement de vos arriérés de vacations. Comme vous le dites vous-mêmes, les instructions ont été données à tous les niveaux pour que cela soit fait. Je vous prie de patienter le temps que les financiers puissent en ce début d’année budgétaire mettre en exécution les instructions reçues de leur hiérarchie”.

Aujourd’hui, à l’approche de la nouvelle rentrée scolaire, soit 6 mois plus tard, les enseignants ivres de colère après leur Directeur, n’ont pas toujours perçu le moindre kopeck, vendangeant par le fait même la parole ministérielle de toute sa substance.

Bien plus, le ministre d’Etat, ministre de l’Enseignement supérieur, devant la détermination des enseignants sous contrat au Centre régional de formation des postes et télécommunication (Crept) qui dépend de Sup’ptic, d’attraire l’établissement et son Directeur devant les tribunaux pour abus de droit (refus de payer les salaires), nourrissait ces enseignants d’espoir.

J’ai l’honneur de vous faire connaître que le Directeur de Sup’ptic a été saisi pour suite à donner à votre action”.

Dans la même correspondance, le ministre dissuadait les enseignants de poursuivre la Sup’ptic et son Directeur devant les tribunaux en leur rappelant que

cette option devrait conduire l’administration à se dessaisir du dossier en attendant la décision de la justice y relative.

Comme on le voit, le Minesup doit aujourd’hui avaler des couleuvres, son autorité sur la Sup’ptic semble s’amenuiser un peu plus avec chaque jour qui passe aux yeux du corps enseignant.

En ce qui concerne le ministère de tutelle technique, le ministre des Postes et télécommunication, Mme Minette Libom Li Likeng, la relation n’est guère simple avec le Directeur de Sup’ptic. Elle aussi a rédigé plusieurs lettres enjoignant ou encourageant Felix Watching de payer les arriérés de salaires ou les droits des enseignants. Du côté Ngoa-Ekelle, personne n’accorde une oreille attentive aux exigences de la ministre de tutelle. Aux enseignants affligés et désemparés, elle leur annonçait ses diligences prescrites au Directeur de Sup’ptic pour que leurs droits soient payés dans les brefs délais.

J’ai l’honneur de vous faire savoir que, j’ai saisi à nouveau le Directeur de Sup’ptic pour une suite à donner et compte rendu”,

prescrivait-elle.

C’est dire que la ministre n’était pas à sa première lettre au Directeur pour lui demander de se plier au paiement des droits des enseignants. Toujours est-il qu’on peut noter en définitive que le 11 juin 2020, s’adressant par correspondance toujours au Directeur dans une note avec pour objet, requête de certains enseignants de l’ex-Enspt au sujet du paiement de leurs arriérés de vacation, elle assenait :

J’ai l’honneur de vous transmettre ci-joint le dossier de paiement des arriérés de vacation introduit par les anciens de l’Enspt. Compte tenu de la pertinence des pièces versées au dossier, vous voudrez bien le soumettre au Conseil de direction de l’Ecole en vue de susciter une résolution devant conduire à l’extinction de ce contentieux et m’e rendre compte”.

Peine perdue, car de juin à nos jours, rien n’a changé.

Une grève lancée à la rentrée prochaine
Aux termes de la Résolution du 22 mars 2018 relative aux rémunérations, indemnités de session et avantages accordés aux membres des conseils, aux responsables nommés et au personnels enseignants et non enseignants de Sup’ptic, sur proposition du Directeur, les indemnités des membres du Conseil des enseignants, des études, de la recherche scientifique, est fixé et à disposition de tout le personnel.

Panorama papers s’interdit de divulguer ici les montants fixés qui reviennent à chaque catégorie professionnelle au cours de ces assises. Il en va de même du Conseil des professeurs tout comme du Conseil de discipline. Depuis 2019, ces droits ne sont pas versés aux enseignants en dépit de la tenue de plusieurs Conseils. A ceci, il faut ajouter les frais inhérents aux soutenances, aux travaux spéciaux, aux concours et autres qui sont gelés.

En plus de ceci, les enseignants ont soulevé certaines exigences dans un préavis de grève qui devait commencer le 9 mars 2020, se traduisant par une suspension pure et simple de la participation des enseignants aux cours, aux activités de formation connexes, ainsi qu’à toutes tâches administratives relevant de la compétence des enseignants. Quant à la durée de la grève, il est précisé

aussi longtemps que dureront nos récrimination”.

Ce projet de grève a été remis en cause par l’arrivée du Coronavirus au Cameroun. Au nombre des griefs soulevés, on peut retenir entre autres : la reconstitution des carrières respectives (avancements et nominations) de tout le personnel enseignant ; l’adoption définitive de la grille salariale de tout le personnel de Sup’ptic ; le remplacement du Directeur d Sup’ptic aux fonctions de président du Conseil des enseignants, des études, de la recherche et scientifique ; le paiement des arriérés d’indemnités diverses dues aux enseignants ; l’élaboration d’un plan lisible de formation des enseignants, eu égard aux exigences d’enseignement dans le supérieur au Cameroun ou la mise en place d’un cadre d’échange empreint de respect mutuel entre la direction de Sup’ptic et les enseignants.

Avec la prochaine rentrée, les enseignants promettent de remettre ces exigences sur la table. En clair cela signifie que la rentrée sera inaugurée ici par une grève dont nul ne sait quand il s’achèvera, au regard de la qualité de la relation qui existe entre l’école et les différentes tutelles.

Un environnement vicié
Au sein de cette école, dire que l’ambiance est morose est un euphémisme. On reproche au Directeur de ne respecter aucun personnel et de n’en faire qu’à sa tête. D’abord, sa première chasse a été lancée contre les amis de l’ex-Directeur au sein du campus. Ils ont ainsi, pour beaucoup été mis de côté ou muselés. Il en va ainsi des secrétaires, des agents d’entretien ou de certains enseignants permanents.

Dans cette panoplie, il se raconte qu’un chef de département est décédé récemment de frustrations multiformes. Curieux ! Qu’importe, cette nouvelle trahit toute la dimension de la dégénérescence du climat des relations entre le Directeur et son personnel. Bien plus, les collaborateurs dont Félix Watching s’attache les services ne sont pas toujours à la hauteur de la tâche, comme il se susurre au campus. Dans cette veine, la Directrice adjointe (Da) par exemple, nommée par le même décret présidentiel, serait aux plus mauvais termes ou à couteaux tirés avec son supérieur.

Cette dernière qui a pour mission d’animer la vie pédagogique au sein de l’école, est le plus souvent bousculée dans son couloir de compétence par son chef. On retient qu’elle a récemment mis sur pied les équipes pédagogiques dans le but d’associer les jeunes enseignants à la dispensation des cours assurés par les professeurs. Ce faisant, elle tenait à mettre les pieds des jeunes à l’étrier et de régler par le même coup le monopole des cours tenus par certains enseignants.

Mal lui en a pris car le Directeur a annulé cette initiative au motif qu’on a retiré les cours aux anciens pour les donner aux jeunes. Bien entendu, qu’elle avait été mal comprise car il était question que les jeunes assurent les Td pendant que les anciens tiennent les cours magistraux.
Par ailleurs, au Sein du campus, beaucoup des collaborateurs de Félix Watching l’accusent de méchanceté gratuite.

Il est content de voir ses collaborateurs dans la dèche”,

largue un de ses proches collaborateurs.

A la préoccupation de comprendre une telle attitude, Panorama papers s’est rapproché de l’ex-directeur, Mr Dongo. Ce dernier a clairement explicité au téléphone que depuis qu’il est parti de Sup’ptic, il a décidé de ne plus parler des affaires de cette institution mais reconnaît que son remplaçant a opté pour une itinéraire dont lui seul perçoit le sens. Pourtant, ici, il est indiqué que son prédécesseur a tout fait pour lui faciliter les choses du temps où il était étudiant.

Une fois en poste, il a tout fait de lui rendre la vie difficile, au point de solliciter l’audit de sa gestion, comme pour dire qu’il doute de sa gestion. Dans ce sens, on peut continuer à explorer les mésaventures ou la pérégrination des personnels sous l’ère Felix Watching, qui rame décidément à contre-courant. Pour terminer, un responsable qui requiert l’anonymat estime que la nomination du Directeur de Sup’ptic est une surprise pour tout le monde.

Lui qui « a été bombardé » au sommet, au-dessus de tous ceux qui ont assuré sa formation au sein de l’établissement. Aujourd’hui, trois ans après,

on constate un sacrifice des poids lourds de l’Ecole (chefs de division, chefs de département…), les frustrations du personnel, le mal vire en général, la pratique de la sorcellerie, la perte des enseignants compétents, la manque de motivation, la baisse des effectifs, la mauvaise qualité des enseignements, la mauvaise gouvernance, la perte progressive de la renommée internationale”,

assène-t-il enragé avant de se ressaisir et de dire que le gouvernement seul sait ce qu’il veut.

Joël Onana


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