Home Politique Afrique Cameroun > Installation du préfet du Noun: Patricia Ndam Njoya se rebelle contre son musèlement
Afrique - Une - 1 semaine ago

Cameroun > Installation du préfet du Noun: Patricia Ndam Njoya se rebelle contre son musèlement

Ce mardi 12 janvier, cette cérémonie présidée par le gouverneur de la région de l’Ouest, a été ternie par la volonté manifeste des autorités de mettre le maire au banc de touche.

Sa réaction a plongé l’assistance dans l’émoi. Chronique d’une cérémonie cousue de péripéties.   
Aucun discours! Rien! Le gouverneur de le région, arrivé quelques instants, vient tout juste de terminer avec la revue des troupes. Installé maintenant à la tribune, l’assistance attend, comme prévu dans le programme, le discours d’ouverture qui sera prononcé par Madame le maire de Foumban. Courcircuitant tout, prenant tout le monde à contre-pied, le protocole annonce directement l’allocution du gouverneur qui va enchaîner certainement avec la passation de commandement entre les préfets sortant et entrant.

Patricia Ndam Njoya proteste, et le fait savoir au gouverneur à côté duquel sont assis le préfet entrant, Um Donacien et le ministre délégué auprès du ministre des Transports, Nji Njoya Zakariou d’une part et Boyomo Donatien, le préfet sortant de  l’autre. Le ton monte, autant à la tribune officielle qu’au niveau des espaces réservés aux partis politiques. Awa Fonka Augustine, le patron administratif et Donatien Boyomo se concertent. La délégation de l’Union démocratique du Cameroun (Udc), constituée principalement de maires et des députés du département du Noun, est sur le point de quitter les lieux quand la lucidité se saisit à nouveau des organisateurs. Le protocole sauve in extremis les meubles en lançant à la sauvette que l’assistance est priée de suivre le discours de madame le maire. La foule exulte. C’est une sorte de bras de fer inopportune. Qui ne veut pas que Tomaïno Ndam Njoya parle? Dans la foule, les jurons intempestives fusent. « Bon Dieu, pour une fois, ne peut-on faire les choses comme il se doit dans le Noun? », « On l’a chassé du Noun! Avant de partir, il croit pouvoir humilier notre maire! Ça ne se passera pas ainsi ! ». « L’Udc et son président pensent que le Noun est à eux? « , ils se trompent lourdement lance un militant du camp adverse. Après les évènements de la « Porte d’entrée » dont la réfection a tenu toute la République en haleine, n’était-il pas de bon ton de calmer le jeu?

Le gouverneur lui-même va enfoncer un clou en assénant dans son discours que ce n’est pas un impératif selon les textes que le maire parle en pareille circonstance ! Si une telle coutume est actée, c’est juste pour magnifier la volonté de vivre ensemble, précise le maître de la cérémonie. En principe, souligne-t-il, lui seul qui préside  l’installation est tenu de prononcer un discours. Le second anichroche qui va marquer ce moment solennel était en route, juste après le discours de Patricia Tomaïno Ndam Njoya. A peine a-t-elle terminé son discours, que le protocole annonce que c’est au  tour d’une élite du Noun de  prendre la parole. Ce que du coup proteste l’Udc car le programme ne prévoit nullement  qu’une élite, entendez bien du Rdpc, même si cela n’est pas expressément dit, s’exprime. Au moment où cette élite prend la parole, un peu comme pour équilibrer le passage du maire, la foule massivement, proteste et se met à chanter. Celui qui parle, est très peu suivi, et ce n’est qu’à la fin de son discours que le calme revient. 

La politique éclipse la neutralité de l’administration

Cette cérémonie aura encore pour longtemps sa place dans la mémoire collective du Noun et même au niveau national. Comment dans une cérémonie publique, la préséance du politique sur le droit jette le discrédit sur l’administration, sur le service public, qui a pour pierre angulaire la neutralité. De quel parti politique est le gouverneur de la région de l’Ouest ? Ou mieux, de quel parti politique est le préfet ou le sous-préfet d’une circonscription administrative donnée ? On ne devrait pas le dire ou le savoir car l’autorité administrative est par essence neutre et impartiale dans la conduite des affaires de la cité. Une fois que son action épouse les contours d’une quelconque coloration politique, dans les endroits à forte culture politique, tout le système social est mis à mal. Et c’est là qu’il faut donner du sens aux propos du gouverneur de l’Ouest, confessant du haut de la chaire, à l’entame de son intervention: « Je suis triste, oui doublement triste! ».

C’est dit, mais comment en sommes-nous arrivés là ? Il est aussi vrai et le patron administratif de la région l’a relevé, la puissance publique, le monopole de la force appartient à l’administration. C’est pourquoi le gouverneur a mis vivement en garde la population de contester de manière aussi véhémente à l’avenir l’action des pouvoirs publics. Il a précisé que son silence du jour ne signifie  pas faiblesse et qu’à l’avenir les choses ne s’arrêteront pas à ce niveau. Mais comment est-ce que la population ici perçoit ou reçoit l’action du gouverneur en très bonne intelligence avec le préfet sortant ?

C’est de toute évidence, la dimension politique à ciel ouvert qui fait problème. Le parti au pouvoir existe mais notre société a un besoin urgent de travailler encore pour que nos autorités administratives soient de moins en moins conotées  politiquement parlant, au quotidien. Il en va des chefs traditionnels car une fois qu’il arbore d’une manière ou d’une autre une bannière partisane, sa communauté sombre dans la division, au nom de la politique. Ainsi va Foumban, ainsi va le Noun. Un département qui à tout point de vue est un laboratoire de notre démocratie en construction. Les tares d’aujourd’hui, avec le temps vont s’affiner, et laisser la juste place à la loi, à ce qui doit être, au bonheur ou au bien être de tous rêvé par le législateur.

Léopold DASSI NDJIDJOU, depuis Foumban, Envoyé spécial

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Check Also

Cameroun > Résolution 1325 de l’Onu: La société civile revoit sa copie pour le 2ème Plan d’action national.

Un atelier d’une trentaine d’organisations de la société civile (Osc) s’est tenu à cet eff…