LA UNE Opinion Société panorama 5 août 2020 (0) (128)

Cameroun > Les femmes: Cible des violences physique, symbolique et culturelle

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La violence à l’égard des femmes et des filles est l’une des violations des droits fondamentaux les plus fréquentes dans le monde. Elle ne connaît pas de frontières, qu’elles soient économiques, sociales ou géographiques.

A l’échelle mondiale, l’on estime qu’une femme sur trois sera victime de violences physiques ou sexuelles au cours de son existence. Au Cameroun, neuf femmes sur dix ont été, au moins une fois, victimes de violences physique, sexuelle ou émotionnelle de la part de leur partenaire. Ce problème est un défi pour les communautés qui doivent briser une culture du silence qui, souvent, maintient l’oppression, la discrimination et la servitude à l’égard des femmes.

Selon les Nations unies, 70% de femmes, dans le monde, sont victimes de violences au cours de leur vie et une femme sur cinq est victime de viol ou de tentative de viol. Plus de 130 millions de filles et de femmes ont subi des mutilations génitales, principalement en Afrique. Au Cameroun, 54% de femmes sont victimes d’abus psychologiques, 50% des violences économiques, 24% des adolescentes ont subi le repassage des seins et 1,4 % ont été victimes de mutilations génitales féminines.

Selon L’association de lutte contre les violences faites aux femmes (Alvf), les statistiques démontrent, ces dernières années, qu’au niveau national, 55% des femmes ont déjà subi différentes formes de violences au moins depuis l’âge de 15ans. 20% de femmes ont été forcées d’avoir leur premier rapport sexuel. 14% des femmes ont déclaré avoir subi des violences alors qu’elles étaient déclarées enceintes. 29% de femmes déclarent avoir été victimes des violences à n’importe quel moment de leur vie. Il est aussi à noter que 51% des actes violents ont été commis par les maris ou les partenaires. 48% des victimes disent n’avoir jamais parlé à personne de la violence qu’elles subissent ou qu’elles ont vécue.

A ces violences exubérantes, s’ajoutent les violences culturelles, notamment celle qui fait de la gente féminine une machine à procréer. Dans la culture nordiste, une fille n’est pas permise de passer devant les hommes avec les chaussures aux pieds. Dans la communauté de l’Ouest-Cameroun, la virginité de la femme est une vertu obligatoire. D’où le bannissement des filles-mères avec des méthodes répressives et parfois inhumaines. La liberté féminine est constamment bafouée.

Les filles sont l’objet de dénigrement et leur sexe avili par la complicité des traditions. Le corps de la femme est humilié dans son intégrité pour être enfin confisqué par le chef de famille. Lorsqu’un homme meurt, sa femme doit subir des épreuves : les rites de veuvage qui sont accompagnés des rites d’innocence. Il s’agit de justifier son innocence par des rites corporels. La femme étant considérée comme un bien familial, celle-ci devenant veuve est contrainte de s’unir à l’un des hommes de sa belle-famille pour perpétuer la lignée.

La plupart de ces actes de violence sont perpétrés par une personne connue du survivant et nombre d’incidents sont prémédités. Généralement, certaines violences ont été perpétuées par des peesonnes connues et proches des victimes. Très souvent, ce sont les familles ou les proches qui tolèrent ces violences et rendent ainsi la dénonciation difficile.

A cause de cet état de choses, il est urgent de considérer la problématique des violences comme une pathologie natioanle. Il est aussi judicieux de promouvoir l’accès équitable des filles et des garçons, des femmes et hommes à l’éducation, à la formation et à l’information. Améliorer l’accès des femmes aux services de santé, notamment en matière de santé de la reproduction. Dans la même veine, promouvoir l’égalité des chances et d’opportunités entre les femmes et les hommes dans les domaines économiques et de l’emploi. Promouvoir un environnement socioculturel favorable au respect des droits de la femme. Renforcer la participation et la représentativité des femmes dans la vie publique et la prise de décision.

Serge Aimé Bikoi, Journaliste Editorialiste, Rédacteur en chef panorama papers. Sociologue du développement.

Aussi faut-il renforcer le cadre institutionnel de promotion du genre et inciter les communautés à briser la culture du silence par complicité de la femme elle-même dans ses attitudes d’acceptation passive et la culture du silence par la domination masculine. C’est l’occasion opportune d’interpeller, dans le même sillage, l’ensemble des réseaux associatifs féminins et féministes afin qu’ils restent plus vigilants dans le processus de dénonciation des violences faites aux filles et aux femmes. S’enliser dans un mutisme cathodique incline à les épingler pour avoir, contre toute attente, abandonner leur rôle d’éveil critique.

Serge Aimé Bikoi.


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