LA UNE Opinion Politique panorama 3 avril 2020 (0) (613)

Cameroun > Lutte contre le coronavirus: La catastrophe ou la thérapie Biya

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Dans les faits, la propagation se poursuit à un rythme exponentiel et des camerounais en meurent, faute de mesures de prévention efficientes.

Au départ, il s’agit d’une maladie infectieuse. Le Coronavirus provoque chez la personne atteinte une infection respiratoire plutôt grave, conduisant nombre de patients à la mort. Aussi, expliquent les spécialistes, le Coronavirus se transmet au contact physique, au contact des toux ou éternuements et au contact d’objet souilles. Le virus se posant sur des surfaces de nature diverses sur lesquelles il. résiste longtemps.

L’Organisation mondiale de la santé (Oms) ainsi que les autres organisations internationales et l’ensemble des pays du monde s’accordent sur le fait que la survenue de ce virus né en Chine, en décembre 2019, provoque le Covid-19, une maladie dont la propagation et l’absence de protocole médical connu en font une pandémie. Il s’agit d’un problème médical et scientifique de portée universelle.

Le Coronavirus est surtout un problème de santé publique étendu à tous les pays dont la lutte se limite pour l’instant à la prévention, plus que les quelques résultats ayant aboutis à la guérison de certains patients. C’est donc sans surprise que cette affection est devenue un problème nécessitant la mobilisation de moyens logistiques et économiques indispensables à son éradication.

Curiosités camerounaise

A travers le monde, les gouvernements ne font pas l’économie des ressources scientifiques, médicales, économiques et logistiques pour circonscrire et éradiquer ce fléau que l’on assimile volontiers à la peste, une pandémie qui a décimé plus d’un quart de la population du monde moderne au 14e siècle.

Dans tous les pays du monde, l’heure est au confinement et au respect strict des prescriptions édictées par la communauté médicale. Pour assurer la réussite de ces mesures, les gouvernements renoncent à nombre de projections économiques pour allouer des parts importantes de leur budget à la préservation des vies de leurs citoyens. C’est le cas en Asie, en Europe, sur le continent américain et l’Océanie, c’est aussi le cas tout proche de nous.

Le 30 mars 2020, une correspondance signée du Secrétaire général des services du Premier ministre, Séraphin Magloire Fouda, a annoncé le déblocage de la somme d’un milliard de Francs Cfa pour la lutte contre le Coronavirus au Cameroun. Un déblocage, indique le communiqué, ordonné par le président de la République, Paul Biya. La correspondance n’en dit pas plus sur l’usage réel de cette somme.

Calculette en main, la somme mobilisée -sur instruction du président de la République-, au prorata du nombre de camerounais reconnu par l’institut national de la statistique correspond à plus ou moins 40 Francs Cfa par camerounais pour lutter contre une pandémie qui mobilise des centaines de milliards par pays.

Dans la foulée, un autre texte annonce la création d’un fonds de solidarité nationale dont l’objectif est de lutter contre le Coronavirus. Un fonds dont la provenance des ressources dépend en grande partie des apports sociaux consentis par des donateurs de bonne volonté. Une démarche qui à défaut de délaisser les vies des millions de camerounais au bon vouloir d’hypothétiques donateurs consacre la démission du président de la République de son devoir de garant du bien-être et du mieux-être des camerounais.

«Le geste magnanime du président de la République», intervient plus de trois semaines après la découverte fortuite et officielle des premiers cas de contagion au Coronavirus. Bien avant, certains membres du gouvernement avaient fait montre de déni face à la menace de cette pandémie sur le Cameroun. A la hussarde, une série de prescriptions ont été édictées dans l’optique de circonscrire la propagation du virus.

Dans le même temps, malgré les appels à la prudence lancés par la presse et de nombreux autres observateurs, le gouvernement a fait la sourde oreille sur la nécessité de filtrer les entrees des personnes provenant des zones infectées sur le sol camerounais.

Contamination à grande échelle

Un mois après la détection des premiers cas sur le sol camerounais, les chiffres émis par le ministre de la santé indiquent que plus de 200 personnes sont affectées par la maladie et près d’une dizaine en sont morts. Dans le même sillage, le ministre de la santé prévoit que 3 800 personnes pourraient être contaminées à la mi-avril 2020. Des chiffres officiels relativisés par de nombreux experts qui pronostiquent sur un bilan dix fois au dessus des prévisions gouvernementales. C’est que sur le terrain, les prescriptions édictées par le gouvernement valent l’objet d’une annonce.

Faute de minimum vital, la majorité des camerounais continuent de vaquer à la recherche de leur pitance quotidienne. Du coup, personne, même le gouvernement ne peut objectivement indiquer le niveau réel de prévalence dans les trois principales villes touchées (Douala, Bafoussam et Yaoundé), encore moins dans les autres régions du pays.

Dans les faits, l’incivisme des personnalités administratives et politiques, l’admission des passe-droits et l’absence de moyens de détection dans les lieux à forte concentration humaine et en proximité ont fini par banaliser un mal qui se développe à la vitesse exponentielle à travers le pays. Curiosité camerounaise, s’il en est, les autorités administratives s’exercent désormais à lancer des avis à l’endroit des personnes ayant été en contact avec des personnes atteintes, dont certaines sont mortes à ce jour.

A la réalité, ces facteurs objectifs de contamination à grande échelle se nourrissent d’un mode de gouvernance qui ne se conforme pas aux exigences rationnelles, même en situation de crise universelle, comme cela est le cas. En tournant le dos à la dynamique mondiale de lutte adoptée par tous les autres gouvernants, le président de la République condamne, à coup sûr, ses concitoyens à mourir de cette épidémie dont les victimes se compte désormais en centaine de milliers à travers la planète.

Souveraineté et devoir présidentiel

Des sources proches du sérail ne manquent pas de rassurer à l’envie sur la stratégie secrète du président dont le nœud repose sur des levées de fonds auprès des institutions financières internationales pour lutter contre le Coronavirus. Des fonds qui pourraient être accordés au Cameroun d’ici fin avril. De là à déduire que le gouvernement camerounais dépend exclusivement du bon vouloir des bailleurs de fonds pour assurer la sécurité sanitaire des citoyens ?

C’est que, cette posture a pour conséquence de susciter le désaveu de la gouvernance Biya, même chez ses plus fervents laudateurs. Au-delà des considérations partisanes, sectaires et tribales, l’évidence, elle, reste inimmuable : Le Coronavirus tue ! A l’échelle nationale, il est loisible d’observer la chaîne de contamination qui se rallonge au fil des jours, sous le regard presque complice du principal décideur qui brille par une absence d’initiative doublée de condescendance face à une mort certaine pour tous.

Du coup, la thèse de la conspiration gouvernementale fait florès chez certains observateurs. Il en est de ces compatriotes qui pensent que l’attitude du gouvernement et de son chef traduit une volonté d’extermination de masse. Une appréciation du vécu de la gestion de cette épidémie chez nous qui se nourrit de l’expérience européenne au 14e siècle.

Période au cours de laquelle, face à l’épidémie de peste, certains gouvernements avaient pris l’option de laisser la contamination s’étendre au point où elle atteignît 80% de la population. La prévision étant qu’elle décroitrait d’elle-même, au fur et à mesure que les plus déficients allaient mourir. Une perspective qui laisse entrevoir la mort de près de 8 millions de camerounais si rien n’est fait.

Place aux actes

Le président et ses lieutenants peuvent-ils assumer cette option qui s’inscrit dans le registre de la sélection naturelle, non loin de l’épuration de masse ? Le président assume-t-il le ressentiment latent que génère sa posture vis-à-vis de la propagation de ce virus dans les masses populaires ? N’y a-t-il pas lieu de convenir avec certains analystes que le président, en réfutant la nécessité de mobiliser les moyens de l’Etat pour un confinement salvateur, fait un choix économique encore plus désastreux ?

Autrefois sujet de discussion en vogue chez les penseurs, la problématique des effets de la colère rejaillit à l’aune de la gestion gouvernementale face à cette crise sanitaire que l’on peut combattre. Pour les «fins connaisseurs» de l’homme-président, il est loisible d’expliquer ces silences comme des retraites sages. Seulement, peut-on se prévaloir de quelque sagesse lorsque des mois après le déclenchement d’une épidémie, les contaminations se multiplient menaçant de mort certaine des millions de citoyens?

Quel avantage y’a-t-il à abandonner ses concitoyens face a un péril que l’on peut prévenir à défa de le vaincre ? D’ici, l’on peut perce r le frémissement de quelques pi eurs se réclamant d’hypothétiques n idats du président pour dire le justifie if de ces incohérences. Une habitude sormais sans effet. Encore moins dan un contexte marqué par l’attente popui ire d’actes forts. Pour l’heure donc, exit les anges qui semblent submergés par le poids de la charge. Place aux actes du président de la République ! A moins que…


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