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Cameroun > Marche du 22 septembre: Le coeur du pays bat dans la rue

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Le jour tant attendu est arrivé, laissant l’opinion mondiale sur les rivages de toutes les expectatives.Le Cameroun livre ses particularismes à la face du monde.

La grande surprise engendrée par la décision du Mrc et de ses alliés d’effectuer cette marche prévue depuis une semaine réside à deux niveaux. Premièrement, il est difficile de comprendre pourquoi le Mrc et ses alliés ont exposé clairement la date de leur marche, conscients de la classique posture de l’Administration territoriale à interdire systématiquement toutes les marches que le Mrc a initiées antérieurement. Depuis le contentieux électoral de l’élection présidentielle, c’est une donnée constante sur toute l’étendue du territoire national.

Pourquoi donc indiquer clairement au pouvoir la date de la marche? On peut tout critiquer au sein du Mrc mais personne ne peut sans risque de se tromper, penser que le parti de Maurice Kamto soit une famille de naïfs ! Ce jour va donc nous livrer au propre comme au figuré, les dessous de cette niaise posture.

En deuxième lieu, on peut se permettre de penser que le Mrc, en indiquant précisément la date du 22 septembre et ce depuis le septembre, espérait un éventuel rapprochement avec le pouvoir aux fins  d’une rencontre au sommet entre Paul Biya et Maurice Kamto pour vider la plaie qui existe entre les deux hommes de toute substance purulente. La blessure allait de ce fait entamer son processus de cautérisation graduellement.

Là encore, même si cette piste était avérée, il  faut avouer que ce n’est pas la première fois qu’une telle initiative est sollicitée en vain des rangs du Mrc. L’année dernière, alors que Maurice Kamto et ses alliés étaient incarcérés à Kondengui, on se souvient que son avocat Dupond Moretti, aujourd’hui garde des sceaux en France, avait clairement exprimé au cours d’un point de presse, la volonté de Maurice Kamto de rencontrer Paul Biya pour solder définitivement le passif de l’élection présidentielle. En vain! 

Pour terminer avec ce chapelet d’incompréhensions de cette marche du Mrc, il faut convoquer et interroger son objet: le départ de Paul Biya ! Le Mrc, une fois de plus, contrairement à ses habitudes n’en a fait aucun mystère. Il n’en faut pas plus  pour mettre en branle tout le sérail. C’est donc dire que toutes les initiatives sont prises pour que la mobilisation soit à défaut d’être Impossible,  réduite à sa plus simple expression. Bien plus encore, il est difficile de rêver qu’au Cameroun, la foule en vient à déloger Paul Biya du Palais.

C’est une marche pacifique improbable qui se dessine, car aux quatre coins stratégiques des villes de Yaoundé, Douala et Bafoussam, les forces de sécurité ont investi les lieux. Ce qui au demeurant annihile toute possibilité de marche là où elles sont. A Yaoundé particulièrement, par la qualité de la mobilisation des hommes en tenue, il est envisageable une scène de chasse à l’homme. Question: que vise donc le maintien de la marche du Mrc si d’emblée son objet est phagocyté de toutes parts?

Le piège de la violence tous azimuts

Les forces de sécurité postées aux points névralgiques des villes vont assurément courir le risque de s’exposer à l’usage disproportionné de la force pour discipliner les fauteurs de trouble. Ce faisant, ceux qui de l’intereur comme à l’extérieur du pays appellent à un encadrement de ces processions voulues pacifiques ne vont pas se faire prier pour monter au créneau et coudre à grands traits sur toutes les bavures recensées.

Le théâtre de la rue de ce fait, est le champ de prédilection pour tous les adversaires du régime de Yaoundé tant de l’intérieur que de l’extérieur. Certainement que le pouvoir est conscient du fait que toute descente programmée sur ce terrain glissant est le lieu où beaucoup d’acteurs en mal d’opportunisme  politique, tirent leur épingle de jeu, coiffant tout le monde au poteau.

C’est le lieu ici d’être d’accord avec  Issa Chiroma Bakary, qu’il s’agit d’une boîte de Pandore dont il faut s’interdire de soulever un pan car il pourrait en sortir des esprits maléfiques particulièrement méchants et remuants, assoiffés de sang. L’autre face hideuse de cette possible confrontation du langage de la rue, est liée au temps de la descente dans cette arène.

A Yaoundé, en temps normal, la citadelle capitale a expérimenté plusieurs fois la psychose des engins explosifs. Si à chaque occasion la police n’a pas toujours été disserte sur la question et particulièrement sur l’identité des auteurs, on peut s’inquiéter si ce 22 septembre n’est pas un jour béni pour ces entrepreneurs du mal. On se souvient du dernier en date, au Minfopra où tous les services ont été arrêtés et le personnel évacué pendant toute une journée.

Il y a eu aussi des explosions à Mokolo et à Damas, laissant des blessés sur le carreau. On ne va plus revenir sur Tsinga, Melen et Emana, toujours à Yaoundé. Ce sinistre rappel de mémoire interpelle particulièrement la vigilance de tous ceux qui seront dans ce milieu de tension, aussi bien les forces de sécurité que les marcheurs. C’est là une déclinaison de cette incertitude au moment où le cœur du pays bat la chamade dans les rues du pays. Que nous réserve l’après 22 septembre ? 
Léopold DASSI NDJIDJOU 


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