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Cameroun > Marche du 22 septembre: Une aventure ambigüe du pouvoir

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La marche appelée par Maurice Kamto et ses alliés a livré son implacable verdict d’impossibilité de manifester. Un jeu à la roulette russe à laquelle s’aventure le pouvoir à la face des gendarmes du monde. 

Hier nous nous demandions à quel jeu joue le Mrc en mettant sur le marché toute sa stratégie. Dans la foulée, nous cachions notre peine et surprise sur l’objet de la marche. “Marcher pour le départ de Paul Biya du pouvoir!,” carrément et crânement ! Pour autant, nous n’étions pas dupes que le  leader mrciste et les siens sont réputés être de véritables renards, rompus à la tâche de jouer au jeu du chat et à la souris avec le pouvoir, l’enfummant le plus souvent pour mieux protéger la portée de ses actions!

Les forces de l’ordre et de sécurité en savent quelque chose depuis la dernière présidentielle. Et si la marche du 22 septembre, pompeusement dédiée au départ de Paul Biya n’était qu’un gros stratagème pour pousser le pouvoir à sombrer dans ses propres travers ? De Douala à Bafang, en passant par Baham, Bafoussam et Yaoundé, ces villes dont les images nous sont parvenues ont de toute évidence semé de l’ivraie dans le champ de blé de la toute quiétude du régime de Paul Biya ce  22 septembre!

Partout, la marche a été stoppée par des actions policières qui ont découragé beaucoup de partisans et de sympathisants. Même si on annonce déjà un mort à Douala et beaucoup d’arrestations dans les rangs du Mrc, la question la plus préoccupante est celle cerner de quoi sera fait le lendemain. Aux yeux du pouvoir, c’est déjà un acquis qu’il s’agit d’une insurrection matée dans l’oeuf. Dans cette logique, les faucons du régime,mus à jamais par la politique jusqu’au-boutiste d’en découdre avec le Mrc, jusqu’à son extermination totale ne devraient pas jubiler outre mesure car le plus dure semble à venir.

En lisant la lettre ouverte des avocats de Maurice Kamto commis à cette  marche, adressée à Paul Biya, on append que la partie ne fait que commencer. La chose la plus compliquée dans l’affaire est que les avocats de la communauté internationale commencent à pointer du nez en adressant des menaces à peine voilées au sommet de l’exécutif.

A Paul Biya, par exemple, Amsterdam and Partners Washington, ont indiqué qu’ils tiendraient pour responsables toutes les autorités camerounaises responsables de toute violation des droits humains au cours de cette marche. Et ce n’est pas tout, ces avocats confient avec hardiesse qu’ils sont commis à la défense des droits de Maurice Kamto et des siens, et qu’ils mettent en garde les autorités camerounaises de l’arrêter une fois de plus comme ce fut le cas l’année dernière. Comme on le voit, la partie à laquelle joue le pouvoir est drue et serrée, dangereuse ou mortelle comme la roulette russe. Cette balle, l’unique logée dans le fusil, tourne inexorablement au fur et à mesure qu’on appuie sur la gâchette.

La question n’est plus de savoir dans quelle tempe elle va péter, mais à quelle autre occasion. De toute évidence, en voulant trop tirer sur une corde, elle finit toujours par couper. 
La clé du dialogue toujours sur la table
La puissance publique est le monopole exclusif du pouvoir. Aucun Camerounais équilibré ne peut contester le fait que Paul Biya est le président de la République du Cameroun. Pour autant cette prérogative suprême ne saurait l’exoréné de la nécessité ou de l’urgence de dialoguer avec son opposition. Même en France l’extrême droite a réussi le tour de force de se tailler une place de choix dans le débats républicains. Qui mieux que Paul Biya, au cours de son long magistère a su recourir au consensus?

On l’a vu avec le Sdf dans les années 1990, la Tripartite et récemment le Grand Dialogue. Rt pourquoi pas de prise de langue avec le Mrc? A la sortie de l’élection contestée du 7 octobre 2018, des législatives et municipales du 9 février dernier, tous les observateurs et les puissances avaient convié le pouvoir à procéder à une révision du système électoral et particulièrement du Code électoral. Certains étaient allés plus loin en précisant qu’il fallait le faire avant d’organiser de nouvelles des élections au Cameroun. C’est dans ce trou d’air que Maurice Kamto et les siens se sont engouffrés. Pourtant au sortir de la contestation électorale de 2018, alors que le leader mrciste était incarcéré, Dupond Moreitty, son avocat avait dit toute la sollicitation du prisonnier de rencontrer Paul Biya en vue de solder en tête à tête le contentieux de cette élection.

Il est passé aujourd’hui comme un fait irréfutable au sein de l’opinion, que le gouvernement avait  réagi de la plus hermétique des façons, en signifiant que Paul Biya n’etait pas l’alter ego de Maurice Kamto. Ce 22, au moment où les rues poussent les soupirs d’enfantement de ce que nul ne présage, l’aile dure du pouvoir devrait se mordre les doigts car si on sait comment cela a commencé, il en va autrement de sa fin. Sur ce point, cela n’aura pas été faute de conseils ou de sonnettes d’alarme tirées régulièrement. Comme le sage avait vu juste. Quand Dieu veut perdre un peuple. Il le rend fou.
Léopold DASSI NDJIDJOU


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