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Cameroun > Massacre de Ngarbuh: Des militaires et gendarmes sacrifiés

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Fin de la polémique. Après la vague contestation qui a suivi le massacre des civils dans le village Ngarbuh, région du Nord-ouest dans la nuit du 13 au 14 février dernier concernant la recherche des auteurs, les masques des auteurs de ces crimes odieux viennent de tomber. Dans un communiqué signé et rendu public ce jour par le Sg/Pr Ferdinand Ngoh Ngoh, Paul Biya donne finalement raison à Human right watch, cette organisation des droits de l’Homme qui, dès sa première réaction, avait accusé l’armée camerounaise d’être derrière ces actes tragiques et pathétiques. Car la commission d’enquête mixte ouverte le 17 février 2020 par le Mindef, Joseph Beti Assomo, pour faire la lumière sur le déroulement de ces événements tragiques, et établir les responsabilités des différents acteurs, a déjà rendu sa copie. Après avoir effectué des descentes sur le terrain, la commission d’enquête a abouti aux conclusions suivantes: le village de Ngarbuh, situé dans l’arrondissement de Ndu, département du Donga mantoung, région du Nord-ouest, était devenu un centre de regroupement des terroristes sécessionnistes et un pole logistique de ravitaillement en armes, munitions et combustibles des groupes sécessionnistes situés dans le département du Bui et une partie du département du Ngoketundjia.

À en croire les résultats de ce rapport publiés dans le communiqué du Sg/Pr, ces terroristes se livraient à des exactions diverses contre les populations locales (vol de bétail, viol, agressions, etc), ce qui justifiait une intervention des forces de défense et de sécurité aux fins de protéger ces dernières. Pour ce faire, une mission de reconnaissance a été autorisée le 12 février 2020 par le chef de bataillon Nyangono Ze Charles Eric, commandant du 52e bataillon d’infanterie motorisé (Bim) de Nkambé et le sergent Baba Guida, chef du groupe mixte, de Ntubaw la conduisait. Le détachement a quitté la base de Ntubaw le 13 février 2020 à 22h avec un effectif de 3 militaires et 2 gendarmes. Au cours de la progression, le chef de détachement a pris l’initiative de se faire accompagner par 17 membres d’un comité de vigilance local. À l’entrée du village de Ngarbuh, le groupe s’est séparé en deux équipes pour ratisser les quartiers Ngarbuh 2 et Ngarbuh 3. Arrivé dans le quartier de Ngarbuh 3, lieu de la tragedie, l’équipe dirigée par le sergent Baba Guida et composée du sergent Sanding Sanding Cyrille, du soldat de première classe, Haranga et de 10 membres du comité de vigilance, a donné la source sur la base des informations communiquées par un terroriste repentit et un paysan de la zone.

Après l’échange des tirs au cours desquels 5 terroristes ont été abattus et plusieurs armes saisies, le détachement a découvert que 3 femmes et 10 enfants ont péri du fait de son action. Pris de panique, les trois militaires aidés par certains membres du comité de vigilance, ont tenté de masquer les faits par des incendies. Revenu à Ntumbaw, le sergent Baba Guida, qui a conduit l’opération a adressé à sa hiérarchie un compte-rendu volontairement biaisé. “Compte-rendu sur la base duquel le gouvernement a initialement fondé sa communication”, révèle le communiqué. Au plan des responsabilités, la commission a établi que: le chef du bataillon Nyangono Ze Charles Éric, connaissant pourtant la sensibilité de la zone de Ngarbuh, où il existe de vives tensions intercommunautaires, n’a pas personnellement supervisé l’opération menée par ses hommes; le sergent Baba Guiga, a associé des civils armés à une opération militaire, n’a pas maitrisé ses hommes au cours de ladite opération, a ordonné l’incendie des maisons et volontairement travesti le compte-rendu de l’opération et son bilan; le gendarme Sanding Sanding Cyrille, a participé à une opération ayant causé la mort de plusieurs personnes et des incendies des maisons; le soldat de première classe, Haranga, a participé a une opération qui a causé la mort de plusieurs personnes et des incendies des maisons; lesdits membres du comité de vigilance engagés à Ngarbuh 3, non encore identifiés, ont fait de même.

Ferdinand Ngoh Ngoh souligne que le président de la République ayant pris connaissance du rapport de la commission d’enquête, a prescrit les mesures suivantes : l’ouverture d’une procédure disciplinaire contre le chef de bataillon Nyango Ze Charles Éric et tous les militaires ayant participé à l’opération de Ngarbuh; l’arrestation du sergent Baba Guida, du gendarme Sanding Sanding Cyrille et du soldat de première classe, Haranga Gilbert ainsi que des 10 membres du comité de vigilance impliqué dans les événements tragiques de Ngarbuh 3 et l’ouverture d’une procédure judiciaire contre eux. En précisant que les militaires concernés sont d’ores et déjà à la disposition du Tribunal militaire de Yaoundé, il ajoute que les membres du comité de vigilance concerné, sont eux, activement recherchés. Bien plus, le chef de l’État a ordonné l’exumation des corps des victimes afin de leur donner, aux frais de l’État, une sépulture digne et finaliser les constats nécessaires à la manifestation de la vérité; le recensement des ayant droits des victimes par l’autorité administrative, aux fins du versement par l’État, des indemnisations et compensations appropriées; le renforcement de la sécurisation du village Ngarbuh notamment par la création d’une base militaire et l’érection d’autres services publics qui devraient permettre une meilleur protection des civils contre des éventuelles exactions des groupes armés, le retour des personnes déplacées et l’apaisement des tensions intercommunautaires. Ferdinand Ngoh Ngoh déclare in fini que le président de la République rassure les familles endeuillées qu’il veillera à ce que “justice soit faite”.


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