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Cameroun > Message à la Nation du 19 mai 2020: L’intelligence médiatique pour tordre le cou au “Biyawood”

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Paul Biya, de toute évidence a minutieusement préparé son adresse à la Nation, du moins plus que les traditionnelles livraisons où on image sans grande peine les différentes séquences de ce moment, en l’occurrence les 10 février et 31 décembre à 20 heures. Le premier fait de surprise est venu de la rupture de la cadence habituelle des messages du président de la République à la Nation.

La communication du 19 mai est de ce fait une singularité liée peu ou prou à l’annulation des festivités de la fête nationale. Il y avait déjà, on ne va pas l’oublier, des mots d’ordre de manifestations lancés par certains activistes politiques, appelant les Camerounais à descendre dans la rue au cas où Paul Biya ne parlerait pas à son peuple. L’annonce de son message en mi-journée étouffait déjà en elle-même dans l’œuf les intentions de certains de descendre dans la rue et aiguisait un peu plus la curiosité nationale sur le retour en scène médiatique de Paul Biya.

La deuxième surprise, liée ou détachée de la première, a été la mise en scène de Paul Biya avant son discours. Il a été question, par des images qui se veulent irréfutables, résistantes à tous les artifices de Photoshop et autre « deep fake », de dé-radicaliser l’opinion qui croit dur comme fer que Paul Biya n’est plus de ce monde. Il était donc prioritaire de faire comprendre à cette frange de la population, de visu, que le chef de l’Etat était bel et bien vivant et qu’on ne leur présentait nullement un film truffé de trucages, ce que la toile appelle « Biyawood ».

L’acte un de cette intelligence est la mise en relief de Paul Biya qui arrive sur le théâtre de son allocution. Il n’est pas seul, mais avec ses proches collaborateurs à l’instar du ministre Directeur du cabinet civile, tous portant des masques, à l’exception de Paul Biya comme au cours de ses deux précédentes apparitions, en audience la première fois avec Christophe Gilhou et par la suite avec François Louncény Fall. Là aussi, ce n’est pas habituel de présenter ses proches colorateurs et les hommes de presse impliqués dans l’exercice de diffusion de son message. C’est de toute évidence intentionnelle dans la volonté démonstrative.

L’acte deux est construit du passage en revue du ministre de la communication et de l’équipe des médias officiels invités pour la circonstance. René Emmanuel Sadi, se tient aux avant-postes avec Charles Ndongo, le patron de la Crtv. La troisième séquence se focalise sur la photo des experts d’images bien connus du milieu de la presse. Ils sont aussi là, les outils de travail en main, avec en toile de fond l’estrade où sera dite la grande messe, un fond bleu, la bannière tricolore et un pot de fleur. Paul Biya n’y est pas encore. Enfin, on le montre au pupitre en pleine allocution.
Une démarche discursive, voire empirique qui assène un violent coup dans la fourmilière des partisans du « wood », à l’image des «wood » de Hollywood, Bollywood et Nollywood.


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