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Cameroun > Nécrologie: Tout un peuple pleure Manu Dibango, sa « légende », son « icône »

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PLe Cameroun est en deuil. Le pays pleure sa « légende », son « icône », son « plus grand artiste », son « grand Manu ». Mardi 24 mars, Manu Dibango s’est éteint en France des suites d’une infection respiratoire causée par le Covid-19. Le saxophoniste de 86 ans luttait depuis plusieurs jours contre ce dangereux virus. Sur son compte Facebook, où sa famille a annoncé sa mort, des milliers de fans ont exprimé leur « peine », leur « tristesse » et adressé un dernier au revoir à leur idole.

« Je suis fort triste ce jour, grand Manu. Merci pour l’immense œuvre musicale que tu laisses à l’humanité. Tu as été une voix qui a éveillé les consciences dans différents domaines de la vie. Merci papa Groove », lance Ghislain. « Quel homme il était, au-delà même du musicien qui nous a offert tant de bonheur », renchérit un autre internaute.

Sur les réseaux sociaux, des réactions d’inconnus, d’hommes et femmes politiques, de célébrités camerounais s’enchaînent. Ceux qui l’ont connu partagent des anecdotes ou des photos prises lors de rencontres avec l’artiste ou durant ses concerts. Tous saluent unanimement « l’immense star », « le saxophoniste éternel » ou se remémorent son « grand rire ».

« Extrêmement humble »

« Quand vous lui posez une question, il éclate de rire. Ça vous met de bonne humeur. C’est l’image que j’ai gardée de lui », raconte, nostalgique, Annie Payep. La journaliste qui l’a interviewé à deux reprises se souvient d’une star « extrêmement humble, pas du tout protocolaire », dont la musique traversait les générations.

C’est d’ailleurs bercé par ces mélodies dès son plus jeune âge qu’Alain Rodrigue Oyono, né en 1984, a construit sa carrière. Pour des jeunes saxophonistes comme lui, « papa Manu » était une « icône ». En 2008, il partage une « scène réelle » avec son idole, lors d’une foire musicale dans le nord du Cameroun. « Je ne l’ai plus jamais lâché. J’ai eu l’opportunité de vraiment apprendre de lui. On s’est plusieurs fois appelé. Il m’a toujours donné des conseils. C’est une grosse perte », témoigne-t-il.

Pour de nombreux jeunes artistes ou comme pour ceux déjà mondialement connus, Manu Dibango était un modèle. D’après l’écrivain Arol Ketchiemen, Manu Dibango peut traduire à lui seul « toute l’histoire de l’Afrique contemporaine » sur le plan culturel et politique. L’auteur du livre Les Icônes de la musique camerounaise explique, par exemple, que le saxophoniste a été témoin de la table ronde ayant conduit à l’indépendance du Congo-Kinshasa. Il fut aussi le compositeur du fameux hymne Akwaba VGE qui a accueilli le président français Valéry Giscard d’Estaing en visite en Côte d’Ivoire en 1978.

« Une encyclopédie vivante »

« Manu Dibango était le patriarche de la musique camerounaise. Il a eu le mérite de s’exercer à la pratique de la majorité des rythmes camerounais : makossa, bikutsi, assiko, mangambeu, bolobo… Manu Dibango a surtout été une école », souligne M. Ketchiemen, rappelant que son orchestre a accueilli et révélé plusieurs grands noms de la musique nationale.

« C’est une icône, une encyclopédie vivante, une grande âme, une étoile. Il est très humain malgré toute son envergure, malgré toute sa dimension », énumère Pit Baccardi, qui parle toujours de sa « source d’inspiration » au présent, comme si le Covid-19 ne l’avait jamais emporté. Le rappeur et producteur, directeur du record et publishing chez Universal Music Africa, a eu la chance de collaborer avec Manu Dibango sur plusieurs projets. Ils ont même chanté Vivre, un titre de son album Juste moi.

« Il est rassurant d’entendre les galères par lesquelles il est passé et où cela a abouti. On prend conscience qu’on a beaucoup de chemin à parcourir et qu’il est nécessaire de persévérer », résume M. Baccardi.

« Une générosité et une humilité sans frontière »

Car Manu Dibango, né à Douala en 1933, a commencé au plus bas de l’échelle et a conquis le monde entier avec des titres comme Soul Makossa qui a inspiré des artistes de renommée internationale comme Michael Jackson ou Rihanna. Jamais il n’a pris la grosse tête, multipliant au contraire les collaborations avec les anciens et la jeune génération. Pit Baccardi se souvient d’ailleurs de la dernière « chose grandiose » faite par son « papa ». Tayc, un jeune artiste camerounais, voulait chanter avec Manu. « Je l’ai appelé à 15 heures. A 15 h 02, j’avais la réponse positive », confie le rappeur et producteur.

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Henry Njoh, virtuose du makossa au Cameroun, ami de Manu Dibango « depuis au moins 60 ans », se dit inconsolable : « Je me suis mis à pleurer lorsque son fils Michel m’a appelé pour m’annoncer la nouvelle hier. » Il raconte que c’est Manu Dibango qui l’a découvert alors qu’il était un très jeune musicien. « Il m’a beaucoup apporté. J’ai fait de grands voyages grâce à lui. C’était mon grand frère et grand ami, un monument », ajoute-t-il. L’auteur d’Age d’or, sorti en 1994, confie que Manu et lui projetaient de travailler dès décembre 2020 sur un album commun pour la paix au Cameroun.

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Au-delà de la sphère culturelle, la mort du saxophoniste a fait réagir le monde économique, humanitaire et politique. Dans un communiqué rendu public mardi soir, Paul Biya, le président de la République, s’est attristé de la disparition d’un « talentueux » auteur-compositeur et chef d’orchestre, « très apprécié et reconnu »« Heureusement, un artiste ne meurt jamais. Il nous lègue un héritage incroyable », témoigne Nourane Fotsing, députée et femme d’affaires qui a assisté à l’un de ses concerts. Pour elle, comme pour de nombreux autres Camerounais, « le grand Manu » vivra à jamais à travers ses œuvres.

Maurice Kamto, principal opposant, a également réagi sur son compte Facebook, saluant « un génie de la musique, d’une générosité et d’une humilité sans frontière »« Son héritage à l’Afrique et au monde est immense et traverse les générations », écrit-il.


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