LA UNE Opinion Politique panorama 22 août 2020 (0) (208)

Cameroun > Putsch au Mali: Des leaders d’opinion s’expriment

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Le coup de force de Bamako suscite des vagues de réactions à travers le continent et la Communauté internationale.

Alors qu’on espérait qu’avec l’intervention de la Cedeao, le pays avait amorcé le virage de la paix, l’armée est sortie subitement des casernes pour s’emparer du pouvoir. Chaque jour qui passe, la junte conforte son assise au pouvoir. Le challenge aujourd’hui est de faire pression pour la libération du Président Ibrahim Boubacar Keïta (Ibk) et ses collaborateurs. En Côte d’Ivoire et en Guinée, confrontés à la rue qui grogne, on retient son souffle, apeuré par l’effet domino. Que pense l’opinion camerounaise sur la question des coups de force ? La classe politique et la société civile parlent.

Hon. Tomaïno Ndam Njoya, Maire de Foumban chargée de la Direction de l’Udc jusqu’à la Convention nationale en 2021.

Bamako nous rappelle que les valeurs démocratiques doivent être protégées

Les règles bien conçues mises en place, respectées et appliquées éloignent, d’une part, des terrains des violences et, d’autre part, de l’invocation de la souveraineté nationale pour empêcher les interventions d’origine extérieure ; que cette invocation de la souveraineté provienne du pays où le problème se pose, les tenants du pouvoir veulent maintenir le statu quo ou de ceux, pays et institutions internationales, qui sont sensés intervenir parce que les problèmes des droits humains, de dignité, de vie se posant brutalement, il y a cette nécessité d’agir.
Les évènements de Bamako viennent nous rappeler que les valeurs républicaines et démocratiques sur lesquelles sont bâties nos Nations doivent être protégées ; fragilisées, le bien-être des populations et la vie du pays tout entier sont en danger permanents. Nous sommes interpellés sur l’importance du dialogue et du consensus dans la gestion et lors des crises, afin d’éviter tout risque de précipitation qui a mené dans ce cas à un coup d’Etat. Nous condamnons toute violation des droits humains, toute forme d’égoïsme qui compromet le contrat social, et exaltons le respect des principes démocratiques et républicains qui mettent le peuple au centre du pouvoir.

Nkou Mvondo, Capitaine exécutif du parti Univers.

Univers condamne fermement…

Le coup d’État qui vient de se produire au Mali est regrettable et le parti Univers condamne fermement toute prise de pouvoir politique par des moyens non- démocratiques. Nous devons, dans tous les pays africains, nous investir pour l’avènement d’un État de droit, pour le triomphe de la légalité, toutes choses qui doivent être réelles, avant de parler de Démocratie. Ceci dit, tout peuple a les dirigeants qu’il mérite.

Alice Sadio, leader d’opinion

Le coup d’État était devenu presque qu’inévitable

Ce coup d’État est la preuve s’il en fallait encore que le peuple est le seul souverain et qu’en situation de crise aiguë, seul ce peuple est en capacité légitime de reprendre sa souveraineté afin de la confier à une nouvelle équipe dirigeante. Il se trouve qu’ Ibrahim Boubacar Keïta a failli dans l’accomplissement de la mission régalienne de tout gouvernement, à savoir assurer la sécurité et le bien-être des populations. Le coup d’État était devenu presque qu’inévitable au égard de la situation sécuritaire devenue chaotique avec ses corollaires que sont le ralentissement de l’activité socioéconomique et donc du mal vivre des populations depuis 2014. Comme dans la partie septentrionale du Cameroun avec Boko Haram, des commerçants et fonctionnaires y subissaient le calvaire des kidnappings et assassinats récurrents. Mais la goutte qui a débordé le vase est assurément la main basse sur la démocratie dont s’est rendu coupable le régime de Bamako en s’arrogeant plus de 30 sièges de députés légitimement acquis à l’opposition afin de se tailler une majorité parlementaire au forceps. La grogne s’est transformée en bras de fer et le bras de fer a conduit à une prise de position de l’armée. Il faut cependant noter la forte implication de l’autorité religieuse dont l’aura auprès des populations est assez perceptible. Cette énième éviction d’un dirigeant africain par la rue et les armes devrait interpeller nos dirigeants sur l’urgence de l’abandon de cette mentalité pouvoiriste qui en fait des clowns des temps modernes et donc les peuples africains en ont marre. L’Afrique n’émergera véritablement que lorsque les entrepreneurs politiques intégreront la culture de la bonne gouvernance qui implique la reddition des comptes et l’art de savoir quitter le fauteuil présidentiel par la grande porte.

Me Alice Kom, avocat au Barreau du Cameroun, défenseur des droits de l’hom.

Je salue ce coup d’Etat

Le coup d’état au Mali ne peut pas laisser un seul africain indifférent. Je salue ce coup d’Etat car il vient mettre un terme à la souffrance de ce peuple. Il ne pouvait pas continuer de vivre avec un seul individu qui lui a mis le genou sur la gorge pour lui empêcher de respirer. Ils ont voté des lois qui ne sont jamais appliquées, les élections qui sont truquées. L’armée malienne sur ce coup est une vraie armée républicaine qu’il faut saluer. Quant à la réaction de la communauté internationale, elle ne dit pas grand-chose quand elle parle du respect de l’ordre constitutionnel. Si vous prenez le cas camerounais, comment a-t-on pu organiser les élections alors que la devise du pays est paix-travail-patrie ? Je souhaite que tout le peuple malien se mette comme un seul homme derrière son armée. Elle a besoin d’être soutenue, y compris financièrement pour œuvrer à la libération du Mali.


Maximilienne Ngo Mbe, Directrice du Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique Centrale (Redhac)

Aucun coup d’Etat ne peut plus être toléré en Afrique

Le Redhac condamne le putsch qui a eu lieu au Mali. Le Redhac a un statut d’observateur auprès de la Commission africaine des droits de l’homme. Nous sommes respectueux des textes de la Commission. La charte africaine de la Démocratie, des élections et des droits de l’homme est claire. Aucun coup d’Etat ne peut plus être toléré en Afrique. L’Afrique doit se doter des institutions démocratiques fortes. C’est un challenge mais il faut y aller. Un putsch ne peut pas régler la question des institutions démocratiques fortes. Pour nous, il faut que le peuple malien qui a démontré d’ailleurs, qu’il peut pousser à la consolidation des institutions démocratiques, reste vigilant et demande à ces militaires de remettre le pouvoir au peuple. La deuxième chose est qu’on ne peut que demander la libération inconditionnelle et immédiate du Président et de tous ceux qui étaient avec lui. Exiger que son intégrité physique et morale soit garantie. Nous appelons de tous nos vœux l’Union africaine de tout mettre en œuvre pour que la situation au Mali se normalise. Que les institutions démocratiques rentrent dans un fonctionnement et que le peuple choisisse librement son Président. Les militaires doivent rentrer dans les casernes.

Saidou Maidadi, Secrétaire national à la communication et à la formation de l’Undp

Dieu en préserve notre pays

La prise de pouvoir par les armes ou par des moyens autres qu’électoraux ne garantit nullement la continuation du processus de démocratisation. Elle peut également amener n’importe qui au pouvoir. Dieu en préserve notre pays. Dans le même temps, notre parti réitère sa position que l’amélioration du processus électoral reste une priorité et une urgence.

Benoît Feudjieu, Conseiller Municipal de Yaoundé 7, Membre sous-commission communication comité central Rdpc.

Le monde avance aujourd’hui au rythme de la démocratie

Au regard de l’actualité malienne, je suis outré que nous vivions en 2020 l’opiniocratie dans ce pays très pauvre, un pays qui a fait l’expérience de l’alternance suite aux nombreux coups d’État, de Modibo Keita à Ibrahim Boubacar Keita affectueusement appelé Ibk. Le monde avance aujourd’hui au rythme de la démocratie, et il aurait été judicieux que cette armée jadis réputée guerrière s’occupe d’abord des Djihadistes qui tiennent le nord malien en otage. Une armée doit remplir sa première mission qui est la protection de l’intégrité du territoire, mais celle du Mali lorgne plus le pouvoir que toute autre chose. Les revendications peuvent se faire, la mauvaise gouvernance se vit même en France, les canaux de démocratie sont bien encadrés, on sanctionne par le vote. L’acte étant déjà posé, nous nous associons au reste du monde pour solliciter la restitution immédiat du pouvoir aux civiles pour que les élections libres soient organisées dans ce pays, et libérer le Président démocratiquement élu et ses membres du gouvernement.”

Léopold Dassi Ndjidnjou


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