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Cameroun > Rapport de Ngarbuh: Le mea culpa embarrassé du gouvernement

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A qui en réalité s’adresse la communication gouvernementale du 28 avril? A l’opinion ou au chef de l’État? Un peu les deux, dirait-on. De manière savante et subtile, comme il sied d’ailleurs aux diplomates, Emmanuel Sadi règle tout d’abord proprement les comptes à cette presse incorrigible sur la ligne, têtue sur les bords. Cette presse qui “a dénoncé ce qu’elle considère comme des mensonges proférés naguère par le gouvernement au sujet desdits événements”. Le mépris de René Emmanuel Sadi à l’égard de “ces pourfendeurs d’obédiences diverses”, qui sont “toujours les mêmes” est attaché à la détermination de cette dernière de vouloir à tout moment jeter le discrédit ou l’anathème sur l’action gouvernementale. Pour ce qui concerne les événements de Ngarbuh, cette presse là, s’est encore illustrée en propageant que” les résultats de l’enquête confondent le gouvernement”.

L’autre phase de cette diatribe enflammée de René Emmanuel Sadi contre une certaine presse ou opinion, vient de toute évidence, de “sa connaissance très limitée du fonctionnement de nos institutions”, ce qui la réduit à pondre des “commentaires tendancieux, incongrus et inopportuns”au quotidien comme fruits de sa valeur intrinsèque. Le pic de l’oraison funèbre du Mincom au cours de sa messe dite contre cette presse téméraire, est de la dépeindre jouissive, “sans scrupules et sans vergogne”, “qui exulte et jubile à l’idée de voir plusieurs têtes tomber”. Entendez bien les têtes des ministres. C’est bien fait car le gouvernement vient de rendre coup pour coup, la balle est désormais au centre. Ce faisant se dédouane-t-il de quelconque accusation ou reproche à son compteur? A l’évidence, on penche pour la négative.

Mea culpa devant le chef de l’État

La sortie du gouvernement une semaine après le Rapport est une consécration de l’aveu du gouvernement qu’il reconnaît sa part de responsabilité dans tout le ramdam qui a émaillé les regrettables événements de Ngarbuh. C’est de bonne guerre car de l’immeuble Étoile, on ne sait pas toujours se qui se trame au Palais de l’unité. Il va sans dire que le Rapport dédouane à suffisance la communication gouvernementale donnée “sur un compte rendu volontairement biaisé. Compte rendu sur lequel le gouvernement a initialement fondé sa communication”. Mais ce pourrait être pour la forme en attendant le boomerang présidentiel! Un autre fait qui montre explicitement que cette sortie est plus portée à la “haute attention” du président de la République, est la magnificence de son action mis en relief par le Porte-parole.

Le gouvernement ovationne le génie présidentiel d’avoir retourné visiblement le mal en bien. “Oui, le plus important, dirons-nous, c’est de louer, d’exalter, de magnifier l’acte du président de la République qui est sans conteste, un exemple de courage politique, celui d’un président de la République conséquent, fidèle à ses principes et à ses engagements, soucieux de construire
et de préserver l’image d’une armée Camerounaise forte, responsable et exemplaire.” l’Alléluia du gouvernement aux différentes mesures présidentielles en faveur de Ngarbuh témoigne de ce que du mal est sorti le bien. La communication de Sadi est de ce fait un hymne à l’unisson de de la Présidence et du gouvernement. Il y a donc une osmose entre les deux institutions républicaines. Suffisant pour avoir la confiance du Prince? Difficile de répondre.

Dans les dédales de la communication gouvernementale

En troisième lieu, le Porte-parole de l’équipe Joseph Dion Ngute, dans sa volonté de la boucler à cette presse inculte des pratiques gouvernementales, éclaire sa lanterne sur ce fait “C’est au gouvernement qu’il incombe, en premier, et le plus promptement possible la responsabilité de s’adresser à l’opinion nationale et internationale pour lui donner l’essentiel des informations qu’elle est en droit d’attendre”. Cet enseignement du Mincom souffre d’un vide parce qu’il ne dit pas ce que doit faire l’opinion entre la commission des faits et la déclaration gouvernementale. Dans le cas de Ngarbuh, les faits ont eu lieu dans la nuit du 13 au 14 février, et c’est le 18 que la communication est faite. Quatre jours de flottements et d’incertitudes, dans un monde global avec les réseaux sociaux le plus souvent à l’assaut de l’information crue, dans le feu de l’action. Comment dès lors comprendre le gouvernement qui demande de se référer à lui pour la bonne information? Quand il réagit le plus souvent, et toujours très tardivement, c’est pour essayer vainement de déconstruire une opinion forgée, profondément ancrée sur une question donnée. Avant la sortie du gouvernement sur Ngarbuh, les informations les plus saugrenues avaient fait flores. La communication de René Emmanuel Sadi sur le tard, ne pouvait donc que aigrir les sensibilités dans un tel contexte. Le temps qui cadence la communication gouvernementale lui est donc de ce fait préjudiciable. Un deuxième exemple qui corrobore la difficile adéquation du temps à la communication gouvernementale.

Le résultat des enquêtes de Ngarbuh est publié le 21 du mois en cours. Le gouvernement ne croit pouvoir en dire un mot qu’une semaine plus tard, c’est-à-dire le 28. Dans ces deux cas on saisit à rebrousse poils les enseignements du Mincom. On peut tout de même se demander s’il n’indique pas sans le dire aussi que le ministre d’État, Secrétaire à la Présidence de la République aurait dû passer par le gouvernement pour publier les résultats de l’enquête? Il est clair que le rapport, communiqué par la Présidence a fragilisé certains ministres qui avaient réagi sur la question. Il était de ce fait compris que leurs postures communicatives en rupture avec le Rapport d’enquête allait alimenter les choux gras de certaines parutions. Ce temps joue en faveur du mea culpa du gouvernement car on prend du temps pour ne pas se tromper. Surtout avisé qu’il est, que la première victime en temps de guerre est la vérité.


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