LA UNE Opinion Politique panorama 19 avril 2020 (0) (887)

Cameroun > Réapparition de Paul Biya: Entre pression de la France et réponse au Mrc

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Qu’est-ce qui aurait motivé Paul Biya de se montrer physiquement aux Camerounais? Est-ce parce que la France aurait exercé quelques pression sur lui? Ou bien a-t-il voulu éventrer l’initiative du Mrc qui demandait déjà au Conseil constitutionnel via l’Assemblée nationale d’ouvrir la constatation d’une vacance du pouvoir? S’agit-il d’une combinaison des deux hypothèses ou de la volonté délibérée de l’homme ? Tout est possible.

Pressions parisiennes

Paul Biya s’est affiché à la Crtv avec l’ambassadeur français Christophe Guilhou en train de déviser comme si tout était normal. Normal? Non! La rencontre entre les deux officiels aurait été bien préparée comme sur du papier à musique. De quoi ont-ils parlé? De la lutte contre le Coronavirus! Précisément de quoi les Camerounais ont demandé à cor et cri en vain de leur President. Déjà , dans les initiatives présidentielles de lutte contre la pandémie, le Fonds national de solidarité avec un milliard de Fcfa n’a pas encore fini d’animer la controverse.

A l’évidence, et comparaison n’est pas raison, la cagnotte du Cameroun est risible par rapport aux pays voisins et en Afrique. Dans cette lancée de curiosités, on constate que le Cameroun est le pays le plus affecté de l’Afrique subsaharienne derrière l’Afrique du Sud. Sur cette base de données alarmantes, la France a-t-elle encouragé Paul Biya de se mettre rapidement en scène pour être en première ligne dans la guerre contre le Covid-19? Si tel est le cas, il convient d’abord de se demander pourquoi le numéro un camerounais aurait eu quelques appréhensions à s’engager. On peut se demander s’il mesurait la limite des moyens financiers disponibles, laissant de fait le soin à son Premier ministre de se mettre au-devant de la scène avec la mise en oeuvre des vingt mesures prises, avec l’intention d’agir en amont pour apporter des correctifs si necessaires.

Cette problématique a tout son sens car le Cameroun est engagé sur les fronts sécuritaires dans le septentrion contre Boko Haram et au Noso contre les sécessionnistes. Cette situation a de toute évidence ont plongé les finances du pays dans le rouge. Le Cameroun a déjà mobilisé l’essentiel de son budget pour l’effort de guerre sur les différents fronts. Avec le nouveau front de Covid-19, plus subtil et plus budgétivore que les deux precedents, Paul Biya pourrait avoir le plomb dans l’aile de son engagement, à tout le moins tambour battant. Le prix du baril de pétrole qui ne cesse de dégringoler n’est pas fait pour arranger les choses. La France le sait très bien, elle qui a un regard sur les économies des pays de la zone franc à partir des fameux Comptes d’opérations logés au Trésor français. Bien plus encore, les exportations du pays servent à environ un tiers au paiement de la dette. C’est qu’on le veuille ou pas un pays au bord de l’étouffement qui est attaqué frontalement par Coronavirus. Maintenant ce ne sont pas les armes qu’il faut acheter, mais c’est principalement le plateau technique des différents hôpitaux, hors de fonctionnement ou complètement obsolètes pour beaucoup, qu’il faut renouveler. Le pays n’a pas assez d’argent pour répondre à tous ces besoins. Il se pourrait que dans une telle réalité, le numéro un camerounais ait trouvé nécessaire de se taire. Ceux qui au quotidien dictent aux chefs d’État africains des programmes à n’en plus finir, ou leur imposent la démarche à suivre en fonction des circonstances et des aléas, sont obligés d’entrer en scène. Ceci pourrait expliquer l’intervention de la France via son ambassadeur auprès de Paul Biya. Que peut faire la France pour aider le pays dans cette guerre contre le Covid-19?

Le premier levier sur lequel pourrait s’appuyer le pays de Macron, est la réduction de la dette pour donner un peu plus d’oxygène au Cameroun. Pour l’instant, personne ne peut dire exactement ce qu’il en sera. On sait par ailleurs qu’Emmanuel Macron a pris l’engagement de mener une offensive auprès des partenaires bilatéraux et multilatéraux des États africains pour un ajournement à défaut d’un effacement total de la dette. La Chine, va-t-elle l’entendre de cette oreille? Le deuxième levier sur lequel s’appuierait la France est la remise des dons, essentiellement des kits médicaux dans le cas d’espèce, ou des produits désinfectants et des masques de protection comme l’a reçu Dion Ngute des mains du diplomate français.

Les ultimatums et la saisine pour constatation de la vacance du pouvoir

De toute évidence, le pouvoir n’a voulu courir aucun risque lorsque Maurice Kamto franchi le rubicond en demandant à l’Assemblée nationale de saisir le Conseil constitutionnel aux fins de constater ou de prononcer la vacance du pouvoir au sommet de l’État. Bien que ces institutions soient dirigées par des fidèles de Paul Biya, on ne sait jamais très bien ce qui peut sortir au bout d’une telle initiative dans un environnement plus que tendu. Déjà le Mrc a réussi la prouesse de déposer le courier au Bureau de l’Assemblée nationale contre décharge. Ce qui en soit peut au regard du caractère hermétique et partisan de nos institutions susciter des inquiétudes au sein du pouvoir. En s’affichant donc en compagnie du diplomate français, Paul Biya signifie de toute évidence à Maurice Kamto qu’il est physiquement présent et en belle compagnie.

C’est une sorte de réponse du berger à la bergère. C’est évidemment fort de ceci qu’une certaine opinion affuble le diplomate parisien de proconsul français. Tout est dit. En suivant les différentes sorties de Maurice Kamto, il serait naïf de penser qu’elles n’aient aucunement contribuer à quoi que ce soit. Il accusait vivement le chef de l’État, en sa qualité de commandant des troupes, d’avoir déserté le champ en pleine guerre contre le Covid-19.

Léopold Dassi Ndjidjou, journaliste Éditorialiste

Par ses injonctions, il a de toute évidence froisser l’orgueil des tenanciers du pouvoir. Visiblement, Maurice Kamto n’ignorait pas que Paul Biya était vivant.

Il avait avoué qu’il se pourrait qu’il disparaisse des radars pour paraître plus tard en messie, pour secourir un peuple abandonné par ses collaborateurs. La question qui reste toutefois pendante est l’attitude du pouvoir à l’égard des initiatives humanitaires du Mrc, au moment où un million de masques à distribuer, est annoncé. Vers une rupture ou une synergie des initiatives de lutte contre l’ennemi commun?


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