LA UNE Opinion Société panorama 7 octobre 2020 (0) (101)

Cameroun > Regard: Travestissement du métier d’enseignant

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Comme chaque année depuis 1994, le 5 octobre marque la journée mondiale des enseignants. L’édition de cette année 2020 a eu pour thème : “Enseignants : leaders en temps de crise et façonneurs d’avenir”.

Fait sans précédent, la pandémie du coronavirus pose de nouveaux défis au système éducatif déjà soumis à des fortes contraintes et incite à repenser les méthodes de dispensation des cours. Si antérieurement, les seigneurs de la craie incarnaient la posture d’enseignants par vocation, aujourd’hui, certains sont devenus des enseignants par effraction.

L’enseignant camerounais ne paie plus des mines tant il a perdu sa vocation d’antan. L’on se souvient des maîtres d’écoles primaires avec leur cahier de préparation, qui se dévouaient, corps et âme, mains et pieds liés, à l’enseignement. Rigueur, attention, suivi régulier, évaluation, autorité, respect de soi et d’autrui étaient, entre autres, des principes cardinaux qui régulaient son savoir, son savoir-faire et son savoir-être. La perception du métier d’enseignant fut, à cette époque-là, un sacerdoce. Pourtant à l’heure actuelle, l’enseignement devient une passerelle pour s’affranchir de l’engrenage du chômage ambiant. Des potentiels apprenants à l’Ecole normale supérieure(Ens) de Yaoundé se forment pour avoir un matricule, se positionner dans les strates bureaucratiques et nourrissent des enjeux opportunistes et carriéristes. C’est le propre de certains enseignants qui, après être sortis de L’Ens, passent quelques années dans les salles de cours et migrent dans les bureaux des ministères pour espérer devenir chef service, sous-directeur, directeur d’une administration donnée.

Aujourd’hui, n’enseigne que celui qui n’a pas pu s’intégrer dans d’autres champs de la division du travail. L’on entend, de plus en plus, des demandeurs d’emploi poser telle question: est-ce qu’il n’y a même pas de collèges, où je peux dispenser des cours? Dès qu’il réussit à avoir l’opportunité de bénéficier d’un statut d’enseignant -fût-il vacataire-, il use des cahiers des anciens élèves des classes concernées au point de basculer dans la théâtralisation du rôle de lecteur expliqué que plutôt celui d’enseignant par vocation maîtrisant, en bonne et due forme, les canons universels des méthodes d’enseignement. Il s’agit là d’une image troublante du niveau décadent dans différentes écoles. Toute chose qui se répercute dans les résultats matérialisés par les piètres performances scolaires. De manière explicative et compréhensive, deux déterminants structurel et conjoncturel permettent d’analyser le processus de la substitution des enseignants par vocation à des enseignants par effraction.

D’un point de vue structurel, la libéralisation forcée de l’économie camerounaise a débouché sur des taux de chômage touchant progressivement les nouveaux diplômés des nouvelles générations depuis 1990. En effet, certains corps de métier facilement accessibles ont alors joué le rôle de soupape d’insertion socioprofessionnelle. Le journalisme et l’enseignement en sont deux cas patents. A ce titre, la profession d’enseignant a commencé, depuis la naissance de la récession économique en 1985, à absorber une frange importante de chômeurs sans véritable profil pour ce noble métier.

Serge Aimé Bikoi, Journaliste éditorialiste, Sociologue du développement. Rédacteur en chef Panorama papers.

Sur le plan conjoncturel, la multiplication des écoles et l’élargissement de l’offre de l’emploi dans le secteur éducatif n’ont pas été suivis de mécanismes d’intégration socioprofessionnelle contrôlés. Au lieu de créer, par exemple, des centres de mise à niveau ou de recyclage des enseignants du privé, L’État a continué de subir l’augmentation des recrutements anarchiques dans ce giron y voyant plutôt une solution conjoncturelle au problème exubérant du chômage structurel ambiant. Resukattst des courses: l’enseignant par vocation se retrouve sur le marché de l’emploi rivalisé par des aventuriers de tout acabit, qui ne jurent que par l’appât du gain facile.

Serge Aimé Bikoi


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