Opinion Société panorama 6 octobre 2020 (0) (101)

Cameroun > Rentrée 2020-2021 Quelle école pour la jeunesse camerounaise ?

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Pourquoi envoyons-nous nos enfants à l’école aujourd’hui ? Beaucoup de parents, par la qualité et la valeur du produit sorti au bout de la chaîne de la socialisation qu’est l’école se demandent si ce haut-lieu du savoir républicain n’est pas en crise au Cameroun.

Dans l’Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane, la Grande Royale, la sœur du chef des Diallobé, recommande aux siens d’envoyer leurs enfants à l’école pour apprendre « à lier le bois au bois », en d’autres termes ceci signifie appendre à édifier les maisons. Publiée en 1961, à l’heure des indépendances, soixante ans plus tard, la même question se pose avec tant d’acuité ! Si on peut à l’examen du répertoire des élites qui tiennent les manettes des appareils politico-administratifs ou financiers des Etats africains, apprécier le rôle de l’école à la veille et après la décennie postcoloniale, il en va autrement de l’école à partir des années soixante-dix qui a commencé à former des cadres qui en sortaient bardés de diplômes, mais incapables de s’intégrer dans le marché du travail.

C’est en réalité avec les premiers chocs pétroliers du milieu des années 70 que les pays africains ont commencé à éprouver des difficultés de trésorerie pour recruter tous les diplômés sortis de l’école. Mais curieusement alors que des jeunes au début des années 1980 commençaient à sortir en masse des universités et éprouvaient toutes les peines à s’insérer dans le circuit de l’emploi, l’Etat n’a pas daigné réorienter son éducation pour permettre à sa jeunesse de lui être utile au sortir de l’école.

Qu’est-ce que donc l’école si ce n’est un centre où l’Etat formate ou moule sa jeunesse citoyenne en fonction des objectifs qu’il s’est fixé à atteindre ? A quoi sert l’école si au bout de deux ou trois décennies sur les bancs, il est impossible qu’il soit recruté par l’Etat ou par le privé, à défaut d’être équipé tout au long de ce temps des capacités de s’installer et de réussir à son propre compte ? A quoi sert notre école d’aujourd’hui, si au bout de la chaîne, un jeune bardé de diplômes est incapable de rédiger un Cv. ou une lettre de motivation ? Comment se fait-il que les programmes scolaires du siècle dernier soient presque similaires à ceux d’aujourd’hui dans un monde numérique et virtuel ? A quand donc la mise entre parenthèses de nos différents programmes de plus en plus oiseux et chimériques, ne mordant sur aucune réalité préoccupante ? A quand donc nos jeunes devront-il enfin apprendre à lier le bois au bois au Cameroun ? Qui construit nos routes, nos stades, nos grands édifices, et bien d’autres encore ?

Il y a quelques années, dans cet océan d’incertitudes qui enveloppent la jeunesse une fois sortie de l’école, Paul Biya avait demandé la création des Lycées agricoles dans toutes les régions du pays. Aujourd’hui, le seul, le Lycée agricole de Yabassi n’a pas encore fait des émules, les autorités se donnent toujours le temps pour en créer d’autres. C’est donc comme on le voit, un problème de courage et de volonté politiques pour changer radicalement de cap, inverser la tendance en cours pour que les filières scientifiques et techniques prennent le dessus sur les filières littéraires. C’est une voie difficile certes mais une option à laquelle toute la communauté nationale y est conviée.

Si l’Etat ne le fait pas, ceci pourrait être interprété comme une forme d’arnaque de sa propre population qui a foi en l’Etat et ce dernier subséquemment est incapable de remplir sa part de marché. Quel cauchemar vivent les parents qui ont envoyé des enfants à l’école, dépensant de ce fait des sommes importantes et qui en fin de compte doit les voir se lancer dans des petits métiers précaires, sans lendemains ! Il est de la responsabilité de l’Etat de mettre un terme à cette saignée, de peur de paraître aux yeux de ses citoyens comme un Etat arnaqueur.

On n’invente plus la roue

L’Etat du Cameroun, plus que jamais est sous pression d’envoyer ses meilleurs jeunes à l’extérieur dans les filières de pointe pour copier chez les autres le “know how”. La capacité ne manque pas à notre jeunesse pour aller copier et venir dupliquer au Cameroun. C’est le chemin suivi par les pays émergeants. Le Cameroun ne sera pas émergent en 2035 s’il ne se donne pas cette ambition prioritairement à l’école. Les Chinois fabriquent des avions, les bateaux et l’espace n’est plus pour l’Empire du milieu un secret ou un mythe.

Son échec ou sa limitation dans ces secteurs vitaux de la puissance des Etats, a été levée par sa jeunesse qui est allé “tricher, voler, apprendre” comment font les autres en cachette. La vraie connaissance, celle qui développe les Nations est cachée et protégée. Si le Cameroun n’intègre pas cette dimension dans sa projection vers l’émergence, il va sans dire que c’est là un pari risqué. L’autre pôle d’innovation qui doit être un “must”, un impératif pour l’Etat du Cameroun est le développement des start-ups qui dans les pays émergeants sont le cœur et les poumons des entreprises de pointe. A l’image de la Silicon Valley aux Etats-Unis, l’Etat doit encourager les jeunes à se lancer dans les études poussées en informatique.

Journaliste Editorialiste, Panorama papers.

Ce sont eux qui implanteront plus tard ces start-ups. L’Iai-Cameroun est de ce fait une école sur laquelle il faut miser. Le troisième pilier est l’élevage et l’agriculture. L’importation de 165 vaches laitières de la France ce week-end doit être expérimentale pour permettre au pays à court ou moyen terme de sortir de la dépendance laitière. Bien plus, au lieu de céder les terres les plus arables aux multinationales, le pays doit le céder sans complaisance à ses propres citoyens pour une production agricole orientée en fonction des aires climatiques. C’est là une piste qui permet au Cameroun, par son école, d’apprendre à lier le bois au bois.
Léopold DASSI NDJIDJOU


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