LA UNE Opinion Politique panorama 20 juin 2020 (0) (38)

Cameroun > Révision constitutionnelle: Pour un refus d’aller au charbon des élections?

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Le leader du Mrc a lancé le « non à une succession de gré à gré » au sommet de l’Etat en janvier 2019.

L’éventualité d’une révision de la Loi fondamentale est aujourd’hui interprétée peu ou prou comme une manœuvre qui participe d’une telle succession. L’opinion enfiévrée au sein d’une société politisée et plus que jamais divisée. La Constitution camerounaise n’est pas taillée sur une pierre telle que la table des lois donnée par Dieu à Moïse au Mont Sinaï. Elle est écrite sur du papier et le pouvoir constituant a donné aux politiques les possibilités de la réviser en toute légalité.

La Constitution du 18 janvier 1996, en ses articles 63 et 64, ouvre une grande brèche en son sein pour une éventuelle révision. On y apprend que cette révision appartient concurremment au président de la République et au Parlement. Or pour l’heure, les mécanismes constitutionnels de dévolution du pouvoir sont bien connus.

S’il y a la vacance constatée au sommet de l’Etat, l’article 6(4a) dit clairement que la présidence par intérim est assurée par le président du Sénat. « L’intérim du président de la République est exercé de plein droit, jusqu’à l’élection du nouveau président de la République, par le président du Sénat, et si ce dernier est, à son tour, empêché, par son suppléant, suivant l’ordre de préséance du Sénat », est-il précisément écrit. Mais qu’est-ce qui pour l’instant fait problème au point où une frange de l’opinion veuille réviser cette stipulation constitutionnelle si on se fie aux nombreux bruits qui agitent les chaumières et officines. On entend dire, que l’actuel président du Sénat et son second, parce qu’ils sont nommés et non élus, ne jouissent pas assez de légitimité à tout au moins pour prétendre assurer une présidence par intérim.

Est-ce donc là, une source suffisante pour le pouvoir, de réviser l’article 6 pour confier une sorte d’intérim, non plus au président du Sénat mais à un vice-président qui ne sera plus tenu par quelconque obligation constitutionnelle ? Il se susurre que ce dauphin présidentiel qui sera organisé dans la loi fondamentale devra, en cas de vacance constatée par le Conseil constitutionnel, terminer le mandat en cours et à la fin de celui-ci, organiser de nouvelles élections auxquelles il sera candidat. Curiosité, pour l’heure il sera nommé car s’il faut qu’il soit élu en même temps avec le président de la République comme ce fut le cas au Gabon avec le tandem Léon Mba /Omar Bongo, il va falloir organiser une nouvelle élection présidentielle. Alors que l’opinion publique est chauffée à blanc, dans une société plus que jamais politisée et même divisée, le pouvoir camerounais est conscient qu’il joue gros sur ce coup. Tout se passe exactement comme si les Camerounais s’étaient accordés pour que Paul Biya tienne les rênes du pouvoir sans encombre mais se regardent aujourd’hui en chiens de faïence au sujet de la manière et de l’identité de celui qui lui succédera. L’évidence, qui est le chemin le plus serein est la consultation populaire.
En Afrique, on ne parle pas de successeur d’un chef de son vivant

En Afrique, disait le président ivoirien Houphouët Boigny, on ne parle pas du successeur d’un chef de son vivant. Pendant son long règne, il en avait été ainsi même si de toute évidence, il avait placé en orbite Konan Bédié mais cela n’aura pas été suffisant pour qu’il aille au delà d’un mandat à la tête de l’Etat. Il avait vu juste car il savait qu’il y avait des jeunes loups aux dents longues qui avaient eu le temps de fourbir leurs armes. Tous les hommes politiques visent le pouvoir suprême, il ne fait pas se leurrer. Parmi eux était un certain Laurent Gbagbo, remuant et insaisissable qui avait déjà infligé au « vieux » pleins de tourments.

Les fils légitimes et putatifs du premier président ivoirien, se succèdent au pouvoir bon gré mal gré, aux toussotements du suffrage universel. L’heure où on fabriquait les chefs d’Etat est bien révolue. Il doit se jeter dans la mêlée, dans la bataille pour mériter le suffrage de ses concitoyens. Comme le vieux avait raison.
En ce qui concerne le Cameroun, le Premier ministre Paul Biya qui a succédé à Ahmadou Ahidjo n’a connu le vrai baptême du pouvoir qu’en 1992 quand il s’est frotté au suffrage universel du peuple camerounais.

S’il est sorti vainqueur du scrutin, il en est né un autre Paul Biya, avisé du pouvoir qui est celui du peuple. Si donc le régime créait un poste de vice-président, la vérité et la seule est qu’en 2025, il sera bien tenu de se frotter à la rugosité du suffrage des Camerounais, et ce que le pouvoir redoute de toute évidence aujourd’hui, pourrait se produire dans une dimension grandeur nature. Si un tel président est léger, quel que soit la nature du système électoral, il se dégonflerait en se frottant à un tel suffrage.

Pour un apaisement de la société camerounaise d’aujourd’hui et de demain, il appartient au seul président de la République d’œuvrer pour léguer un cadre de compétition politique équitable où les uns ne domineront pas sur les autres, mais un cadre de consensus. Le président de la République tient les clés pour cela. En politique, c’est déjà un acquis que ce n’est plus un atout de faire des cadeaux politiques. L’actualité récente est explicite.

Léopold D’assistance Ndjidjou, Journaliste éditorialiste.

Abdoulaye Wade se préparait à transmettre le témoin à un de ses favoris, la rue en a décidé autrement. En Côte d’Ivoire, le Premier ministre mis en selle par Alassane Ouattara, connaît déjà les pires difficultés.

Au Gabon, Ali Bongo qui avait été placé en pole position par son père, a failli mordre la poussière en 2017 et aujourd’hui ses ennuis de santé n’ont pas cessé de faire grand bruit dans tout Libreville. Un chef africain décidément ne connaît pas son successeur. Il laisse en sage à ceux qui viennent après lui, le soin de continuer la course avec les moyens de leur génération. Là encore Houphouët Boigny nous parle à l’Afrique francophone.


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