LA UNE Opinion Politique panorama 6 octobre 2020 (0) (162)

Cameroun > Séquestration de Maurice Kamto: Lumière sur les appréhensions du pouvoir

Partager

Deux semaines que cela dure, un an jour pour jour après qu’il soit sorti de prison au bout de 9 mois, Maurice Kamto se trouve dans une situation juridique difficile à expliquer. Ni liberté ni prison, en attendant le dénouement.

C’est son Conseil qui a de toute évidence le mieux explicité la situation que traverse Maurice Kamto. “Encagé” qu’il est sans qu’aucune notification sur sa situation ne lui soit servie est préoccupante. En utilisant ce mot, ses avocats ont voulu insister sur la déchéance que le pouvoir veut infliger par des moyens illégaux à leur client. C’est dire selon eux, qu’il perd de sa superbe dans cette affaire pour se retrouver à un rang inférieur, proche de l’état d’une bête qu’on domestique.

Et si le pouvoir voulait précisément déconstruire ce que certains appellent le mythe Kamto ? Est-il possible de faire marcher, de domestiquer un homme politique de cette envergure par la force après tous les désagréments qu’il a connu en si peu de temps dans la contestation politique ? Difficile ! Il n’enlève en rien que ce pourrait être dans le casting des stratèges du pouvoir une option centrale.

Si tel n’avait été le cas, comment donc comprendre qu’un homme qui fut ministre de la République en vient à être réduit à un tel traitement humiliant? Comment vit-il avec sa maisonnée sans aucune possibilité de sortir faire des courses? Lui-même dans une interview accordée à la chaîne de télévision Équinoxe exprimait toute son incompréhension, voire sa surprise devant la chape de plomb qui lui tombait dessus. Quelles appréhensions peuvent donc animer le pouvoir pour qu’on en arrive à ce stade de résolution dans l’équation Kamto dont l’issue est des plus pénibles à cerner.

Ôter à Maurice Kamto la capacité de conduire des marches

Le pouvoir a compris, qu’en dépit de toutes les menaces et des mises en garde contre les marches du 22 septembre dernier, rien n’y a fait. Maurice Kamto et les siens sont restés campés dans leur logique de marcher et de continuer à organiser des marches en appelant au départ de Paul Biya. Même séquestré, c’est selon, le pouvoir redoute toujours les descentes dans la rue car c’est un lieu où il est improbable de mesurer jusqu’où peut entraîner une mobilisation des partisans et sympathisants du leader du Mrc. Il est donc indiqué aux yeux du pouvoir de ne pas dessiner le diable au mur en montrant quelque laxisme ou tolérance sur les mouvements de rue.

Mais Maurice Kamto bloqué chez lui, il y a tout de même des voix qui se lèvent déjà pour demander d’autres mobilisations les jours à venir. Cet appel visiblement est minoré par le pouvoir avec les cadres de ce parti aux arrêts, en fuite ou qui vivent discrètement. De l’autre côté, le pouvoir en le séquestrant joue à quitte ou double. Il sait pertinemment dans quelles conditions il a libéré le leader du Mrc le 5 octobre de l’année dernière. Le régime de Paul Biya le sait très populaire et le séquestre tout de même comme pour mesurer la capacité d’engagement de ses militants.

Sur ce point, s’il y a des pressions qui viennent de l’extérieur, en interne on se demande si c’est l’homme qui a soulevé les foules à Bafoussam, à Douala ou à Paris qui est ainsi tourné au ridicule par le pouvoir. La question est de savoir comment le régime interprète une telle indifférence de ses partisans. S’agit-il d’une simple peur du gendarme ou bien attendent-ils une action de sanction des gouvernants pour se mettre en scène ? Sur ce coup, le pouvoir joue la prudence, montant tranquillement le dossier à charge contre l’homme politique comme l’a révélé le Porte-parole du gouvernement. Pourrait-on l’envoyer à nouveau au bagne? Pour quelles retombées ? Précisément l’effet inverse pourrait se produire.

La cristallisation politique se ferait dans ce cas désormais autour de sa libération comme il en était allé de fin janvier au 5 octobre de l’année dernière. Dans un tel contexte que gagnerait le pouvoir surtout quand on se souvient que les pressions multiformes ont été si vives que le tout réservé Emmanuel Macron s’en était ouvert en mondovision devant un activiste camerounais résidant en France en révélant qu’il avait imposé à Paul Biya de libérer Maurice Kamto, s’il voulait venir en France. Une sortie de piste très mal perçue à Yaoundé.

Imposer les termes d’une négociation à Maurice Kamto
Depuis qu’il est sous le blocus, Maurice Kamto semble avoir mis de l’eau dans son vin. Certainement pas assez au goût du pouvoir qui voudrait de toute évidence avant toute négociation, qu’il reconnaisse la victoire de Paul Biya à la dernière élection présidentielle et qu’il interdise par ricochet à ses partisans de l’appeler à l’avenir “Président élu en dehors de toute fraude électorale”, comme il en va régulièrement.

C’est une appellation qui dresse particulièrement les cheveux sur la tête de certains caciques du pouvoir. Est-ce possible dans les rangs du Mrc? Que demanderait Maurice Kamto? A défaut des deux préalables qu’il a toujours mis sur la table, il pourrait se contenter prioritairement de remettre au pouvoir les notes sur une révision consensuelle du système électoral dès la session parlementaire de novembre.

En ce qui concerne le cessez-le-feu qui serait déclaré par le pouvoir en accord avec la belligérance armée, cette issue serait très délicate et laborieuse dans l’immédiat. Négocier et obtenir un cessez-le feu des sécessionnistes en un laps de temps ne semble pas aussi évident qu’on pourrait le croire à moins de libérer les leaders séparatistes pour une assisse élargie, qui se situerait dans la mouvance du Grand dialogue national.

Or là, le pouvoir ne l’entendrait pas de cette oreille.
De la lecture des indices du terrain, les négociations dans le contexte actuel seraient favorables au pouvoir parce que précisément il a créé un rapport de force qui pour l’heure est défavorable à Maurice Kamto. Des ténors à l’exemple d’Alain Fogue et Bibou Nissack sont aux arrêts, ce qui complexifie la projection du Mrc en interne.

Journaliste Editorialiste, Panorama papers.

L’autre élément qui vient en droite ligne avec ce qui est dit précédemment, est l’engagement à ne plus demander aux Camerounais de manifester dans les rues pour faire tomber Paul Biya. Devant toutes ces sollicitations, que pourrait dire Maurice Kamto ? Telle est la grosse interrogation. Au finish, si telle est la voie vers laquelle va le dénouement de ce blocus né des marches du 22 septembre, on peut se demander si les rebondissements antérieurs du chapitre Biya-Kamto, n’auront pas plus desservi le pouvoir au lieu de le servir.
Léopold DASSI NDJIDJOU


Partager

Leave a comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *