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Société - Une - 2 semaines ago

Cameroun > Snobisme: Le Chan de l’exclusion des pauvres

Le gouvernement va organiser le galop d’essai de la Can sans la classe indigeante. Comme toujours, ce sera une histoire « des grands ».

Le Chan 2021 lève ses rideaux dans 72 heures. Dans l’optique de procéder aux différents travaux liés à l’embellissement de la capitale politique, siège des institutions de la république, la ministre de l’Habitat et du Développement urbain (Minhdu) a engagé un processus de nettoyage de la ville. Célestine Ketcha Courtes a, dans une approche de dialogue social, fait savoir aux sans abris qu’ils ont convenu qu’ils libèrent, sans délai, pour l’image du pays et permettent aux hôtes de voir les grandes réalisations de Paul Biya. Au-delà de tout, cette approche d’occultation de la pauvreté à des fins d’embellissement de la ville participe à faire honte à l’image du Cameroun.

Le Cameroun est devenu un pays qui a honte des images et des visages de la pauvreté à l’approche imminente des événements politiques, économiques ou sportifs. Chaque fois que le pays de Paul Biya est l’organisateur d’un événement national, voire international nécessitant l’accueil de plusieurs pays étrangers, des autorités officielles s’escriment résolument à redonner à la métropole politique ou économique une couche de juvénilisation. Par le passé, au sein de la ville de Yaoundé, les figures gouvernementales se débarrassèrent des malades mentaux, des enfants de la rue, des vieilles carcasses abandonnées depuis des lustres dans les coins de la capitale. Cette action était diligentée sans qu’il n’y ait, à long terme, une politique publique de réinsertion sociale de ces couches défavorisées. Aujourd’hui, l’on prend les mêmes, l’on recommence. La ministre de l’Habitat et du Développement urbain (Minhdu), en charge de l’assainissement des villes, a, pour ainsi dire, lancé une campagne de confinement des misérables camerounais au rang desquels figurent, entre autres, les sans abris, les malades mentaux, les pauvres, les enfants de la rue et les réfugiés. Pour une figure en charge de la regulation de l’espace urbain, il s’agit de dépouiller la ville de toutes formes de souillures et de scories susceptibles de couvrir de discrédit l’espace environnemental et de ternir l’image des grandes réalisations, slogan resté, jusqu’ici, creux et pompeux.

Pour les autorités du « Mboa », les pauvres participent à la dégradation de l’identité du pays et constituent, chose curieuse, une face hideuse des grandes réalisations. Le Cameroun n’arrive donc pas à se départir de la représentation de la métamorphose de son environnement face à l’imminence des grands événements internationaux. C’est sur ces entrefaites que les chantres de la mal gouvernance s’attèlent, fortuitement, à déconstruire et à déconstruire le cadre urbain. Comme si ledit événement grandiose n’avait pas été, murement et antérieurement, pensé ! En réalité, nous sommes éternellement face à la gouvernance par embuscade, où l’on ne focalise pas l’attention sur des politiques publiques de rénovation urbaine, sur des politiques publiques en matière d’habitat, d’insertion des couches sociales défavorisées, ainsi que sur des politiques publiques d’essor social, économique et culturel. Après la tenue de ce grand événement sportif, d’aucuns croiront que l’on aura chassé le naturel. Pourtant, il reviendra au galop.

Les mêmes chiens errants rejailliront dans l’espace public; les mêmes malades mentaux enfouis dans les centres psychiatriques, le temps du Chan, seront, à nouveau, libérés et retrouveront leur asile; de vieilles carcasses seront, à nouveau, déportées dans les lieux visibles; des enfants de la rue investiront, à nouveau, les grands centres urbains et commerciaux et avenues surpeuplées meublant le quotidien ambiant des déviances sociales; les tas d’immondices coloniseront après l’espace social sans scrupule et sans vergogne; le désordre urbain refera surface sans mécanisme de contrôle social.

Serge Aimé Bikoï, Journaliste. Sociologue du développement. Rédacteur en Chef Panorama papers

La vie normale, le temps du Chan, redeviendra anormale avec son cortège d’excroissances sociales. C’est malheureusement la triste réalité, où les politiques n’ont pas une vision globale, durable et viable en matière de projet de société de redéfinition des grandes villes.

Tant que les gouvernants ne penseront pas à la construction des politiques publiques en matière d’urbanisation, de santé, de logement, d’infrastructures routières et hôtelières, le pays restera, en permanence, à la traîne pour revenir parer au plus pressé à l’approche imminente des grands événements. Triste réalité camerounaise !

Serge Aimé Bikoi, journaliste et Sociologue du développement.

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