LA UNE Opinion Politique panorama 26 juillet 2020 (0) (117)

Cameroun > Tel père tel fils: Ferdinand Ngoh Ngoh Sur les traces de Paul Biya

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Nommé contre toute attente le 9 décembre 2011 au poste de Secrétaire général à la présidence de la République- il n’avait jamais été ministre – la natif de Minta, duplique à la perfection la stratégie biyaenne sous l’aile d’Amadou Ahidjo.

L’opinion le dépeint à volonté furtif, insaisissable, omniprésent et taiseux. Déjà acceptables comme traits de ressemblance avec son patron et maître. Doté naturellement de ces armes létales, si rares et précieuses dans l’écosystème politique camerounais, Paul Biya a jugé utile de l’équiper d’une autre encore plus puissante et massivement destructrice: la délégation de signature. Il peut de ce fait sortir ce bazooka à tout moment en agissant sur ” haute instruction du chef de l’État”.

Et là, tout le monde se met à carreau, même le Premier ministre qui est administrativement son supérieur hiérarchique. N’est-il pas ministre d’Etat dans le gouvernement du chief Ndion Ngute du 4 janvier 2019? Il faut par ailleurs préciser que le Décret n°2019/043 du 5 février 2019 lui accordant délégation permanente de signature n’a pas été rendu public. C’est en mai de l’année dernière qu’il a commencé à tourner en boucle sur les réseaux sociaux soulevant des vagues d’émotions contrariées de la classe politique. Au finish, l’unanimité s’imposait à tous, brutale et implacable.

Cette délégation permanente de signature est la preuve que Mr Biya est au bout du rouleau et c’est difficile de donner du tort à ceux qui estiment que les manœuvres malsaines et basses se trament dans les arcanes du pouvoir”,

avançait le député Jean-Michel Nintcheu du Sdf.

Ngoh Ngoh, sans être dieu a de ce fait en apparence tous les atouts, toute l’attitude de voler non loin de l’altitude des êtres élevés. Dans cette configuration de contingences, même le destin semble jouer en faveur de ce diplomate de 59 ans avec qui on établi un lien filial avec la première dame du pays, Chantal Biya. Et ce n’est pas rien! 

Dessin de destin

La délégation permanente de signature du président de la République donne à son détenteur de mettre tout le monde d’accord sur l’onction conférée par le Prince. Si Paul Biya lui conserve sa confiance depuis bientôt dix ans, c’est une preuve par neuf qu’il répond au lourd et exigeant cahier de charges à un poste particulièrement glissant. Lui le quinzième en fonction, semble dans la même posture que Paul Biya sous les ailes d’Amadou Ahidjo.

Il avait occupé le même poste de 1968 à 1975 et ne le quitta que pour aller s’emparer des rênes du gouvernement. Sept ans plus tard, il se verra les portes du Palais grandement ouvertes. Pour cela il eût fallu procéder à une modification constitutionnelle en 1979 pour lui accorder le dauphinat présidentiel. Est-ce le même destin qui attend le discret diplomate qui exécute dit-on sans réserves toutes les instructions de son mentor? 

On ne peut ici s’empêcher de se demander si la campagne virulente contre une succession de gré à gré au sommet de l’État n’est pas née parce qu’il y avait une entente fusionnelle entre les deux hommes forts au moment de l’État. Dès lors, une certaine opinion scrute chaque session parlementaire aux fins d’entrer dans une autre dimension dans le combat politique, d’activer les réseaux dormants de toutes parts pour complexifier la matérialisation d’une révision constitutionnelle. 

C’est précisément la crainte de la création d’un poste de vice-président de la République qui conférerait à ce dernier le statut de dauphin du président de la République qui continuerait le mandat en cours qui fait toutes les gorges chaudes.  Et là encore les regards sont surtout tournés vers Ferdinand Ngoh Ngoh et dans une moindre mesure le Premier ministre ou Louis Paul Motaze, le ministre des Finances.

Si Paul Biya devrait faire le pari d’un tel choix dans la dévolution du pouvoir, il se mettrait de ce même coup à dos une frange importante de la classe politique, recrutée même dans ses propos rangs et par dessus tout, exposerait ce dernier à des coups les plus tordus dans la compétition politique. Paul Biya ne peut pas avoir oublié la galère que lui infligea ses collaborateurs, ouvertement ou subrepticement, surtout entre 1979 et 1982, période où il fut constitutionnellement établi ou consacré comme le dauphin d’Ahidjo.  Il est donc fort à parier que Paul Biya joue avec le temps, déterminé à préserver à son éventuel poulai le feu nourri et croisé des multiples prétendants au trône qui ont fourni leurs armes au cours des decades.

En prison, au sein du gouvernement ou au sein de l’opposition, ils se bousculent , pour beaucoup en sous-marin, au portillon de l’ambition au trône présidentiel. Paul Biya le sait, que cette ambition soit putative ou constitutionnelle, il doit y mettre un doigt pour contrer les élans des plus intrépides, incontrôlables. De ce fait, de part la masse de confiance qu’il a déjà manifestée à l’endroit de son Secrétaire général, peu serait surpris si d’avance Paul Biya s’engageait dans la voix risquée de succession, de voir Ferdinand Ngoh Ngoh au peloton de tête de la short list. 

Sur le chemin des instructions

Ferdinand Ngoh Ngoh est loin d’être un tigre en carton comme certaines naïfs veulent distiller. Sur le terrain des batailles politiques, il assène des coups à ses adversaires politiques directs tout comme il en reçoit. On peut de ce fait commencer par le Premier ministre ( Pm) qu’il a recadré le  13 août 2019. Il écrivait à Dion Ngute une lettre ayant pour objet ” mise en conformité des entreprises et établissements publics, avec les lois n°2017 /017 et 2017/011 du 12 juillet 2017″.

J’ai l’honneur de vous faire connaître que le chef de l’État demande au Pm, chef du gouvernement, de bien vouloir rappeler aux chefs des départements ministériels assurant la tutelle technique des entreprises et établissements publics, que le pouvoir de nomination des organes sociaux desdits structures relève de la compétence exclusive du Président de la République. A cet égard, il faudra bien leur faire savoir qu’en attendant les très hautes décisions du Chef de l’État, les responsables en poste devront continuer à exercer normalement leurs fonctions”,

prescrit-il au chief Dion Ngute.

Au cours du Grand dialogue national organisé à Yaoundé du 31 septembre au 4 octobre 2019, présidé par le Pm, les bureaux de Ferdinand Ngoh Ngoh étaient connexes pour avoir de toute évidence un oeil sur tout ce qui se passait. L’autre figure susceptible de faire ombrage au natif de Minta dans l’accomplissement de son destin, comme rapporté à plusieurs reprises par l’opinion, est Louis Paul Motaze. Les deux ont croisé le fer au sujet du dossier de la Can. Au bout du compte c’est Ferdinand Ngoh Ngoh qui aura le dernier mot car le pilotage de ce dossier sera confié à une cellule logée à la Présidence.

Le second point de friction a porté sur le prélèvement de la Tva sur l’assurance vie dont s’opposaient les professionnels du secteur des Assurances. C’était dans le cadre du budget de l’État 2019. Louis Paul Motaze convoqua une réunion de concertation et y convia naturellement le Directeur général des impôts, un proche de Ngoh Ngoh. Ce jour-là, ce dernier ne daigna point répondre à l’invitation et les sous-entendus fleurirent de toutes parts. Au finish, le ministre des Finances se vit obligé d’abandonner son projet de redressement fiscal sur les compagnies d’assurances. Un dernier acte où Ngoh Ngoh a renvoyé le Minfi dans les cordes, s’est joué en janvier 2020. Un contentieux opposait l’institution fiscale aux Brasseries du Cameroun ( Sabc). C’est Ngoh Ngoh qui tenta une réconciliation entre Modeste Mopa Fatoing et Emmanuel de Tailly, le Directeur général de la Sabc. Motaze, le Minfi fut ignoré.

A côté de ceci, l’homme de confiance de Paul Biya a aussi des amis. C’est donc dire qu’autour du ministre d’État Secrétaire général à la présidence de la République, il se construit un réseau que la presse internationale met sur scène de temps en temps. Ainsi, on apprend à cet effet que Louis Georges Njipendi, le Directeur général de Camair-Co est l’un de ses proches tout comme Victor Mbemi Nyaknga (Société nationale de transport d’électricité), Bertrand Pierre Soumbou Angoula (Enam), Antoine Félix Samba ( Inspecteur général des services administratifs et budgétaires), Joseph Ngoh (Agence de régulation des Marchés publics), Jean Paul Simo Njonou, ex-conseiller économique à la présidence ( Société nationale de raffinage). Il en va de même du Secrétaire d’État à le Défense, l’un de ses anciens collaborateurs au Minrex, Galaxy Yves Landry Etoga  qui dirige les gendarmes.

En définitive, tous ces acquis ne pèsent pas une plume d’oiseau dans la balance à côté de la fidélité et de l’intégrité attendues de lui dans l’exercice de ses fonctions au quotidien. 
C’est par ailleurs un homme de première main qui oeuvre avec discrétion dans la guerre contre Boko Haram. Déjà le 25 janvier 2015, il signait un communiqué annonçant au nom de Paul Biya, la libération de Nitsch Eberhard  Robert de nationalité allemande, élevé en juillet en 2014 au Nigeria par la secte Boko Haram.

Journaliste Editorialiste, Panorama papers.

Le 15 octobre de la même année, il signait un autre annonçant que Paul Biya a accepté, dans le cadre de la guerre contre la secte islamiste, que les gouvernements américains et camerounais ont convenu du déploiement à Garoua d’un détachement de personnels de l’armée américaine chargée de conduire les opérations de renseignements, de surveillance et de reconnaissance. Plus récemment, avec l’enquete sur les évènements de Ngarbuh, il lui est revenu de publier le rapport incriminant quelques soldats. Une preuve de la dimension de confiance que lui voue le numéro un camerounais. Ferdinand Ngoh Ngoh sur les traces de Paul Biya comme Paul Biya sur celles d’Amadou Ahidjo ? On y est, en attendant qu’en leur temps les doigts des anges tracent clairement son destin pour que tous le lisent distinctement. 

Léopold DASSI NDJIDJOU


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