Afrique LA UNE Médias Société panorama 9 juin 2020 (0) (54)

Cameroun > Violation des droits humains: Un journaliste torturé à mort depuis 25 jours dans un camp militaire à Yaoundé

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Mandela Center International, ONG internationale à Statut Consultatif Spécial auprès des Nations Unies, porte à l’attention de la communauté nationale et internationale.

Le journaliste d’expression anglaise, Monsieur Kingsley FUMUNYUY NJOKA, porté disparu depuis le 15 mai 2020, aux environs de 6 heures du matin, a été retrouvé ce jour au Service Central des Recherches Judiciaires (SCRJ) du Secrétariat de la Défense (SED) de Yaoundé, chargé de la gendarmerie nationale;

Selon des informations bien documentées par Mandela Center International, Monsieur Kingsley FUMUNYUY NJOKA, Journaliste de profession, a été kidnappé dans son domicile à Bonabéri, dans l’arrondissement de Douala IV, le 15 mai 2020 à 5h56mn par quatre (04) agents de sécurité incognito dont une dame à l’insu de sa famille et surtout de sa femme allongée gravement malade au lit;

Dans le feu de l’action, sa famille a eu à déposer une plainte contre inconnu dans les services de la gendarmerie locale pour enlèvement;

Après l’avoir enlevé à 6 heures du matin, des hommes lourdement armés en civil, qui ont été plus tard identifiés comme des fonctionnaires de la police camerounaise, sont revenus quelques minutes après et ont fouillé son domicile à fond et en forçant son épouse sérieusement malade à les assister au cours de cette fouille systématique ;

Au terme de cet exercice sous la menace des armes, les policiers ont emporté trois ordinateurs portables et une somme environ 50 000 FCFA (cinquante mille francs) appartenant au sieur Kingsley FUMUNYUY NJOKA, sans que son épouse ne signe le moindre procès-verbal de saisie ;

L’homme de média a été transporté manu militari dans une voiture blanche avec la plaque d’immatriculation SN (Sureté Nationale) à la Brigade des Recherches de Ndobo, à Bonaberi momentanément avant d’être transféré à la délégation régionale de la sureté nationale, à Bonanjo-Douala;

Depuis la délégation régionale de la sureté nationale de la police de Bonanjo, il a été transporté, menotté et cagoulé ce même 15 mai 2020 du Centre du Renseignement Militaire (CRM), au Ministère de la Défense à Yaoundé où il a subi des actes graves de tortures, de traitements cruels, inhumains et dégradants lors de détention au secret pendant 23 jours avant d’être conduit au Service Central des Recherches Judiciaires du SED pour « exploitation approfondie » ;

Lors de sa longue détention incommunicado, outre des actes de torture de toute sorte, il a séjourné pendant plusieurs jours dans des conditions inhumaines, dans une cellule de fortune avant d’être transféré au SED;

A sa découverte ce 08 juin dans les locaux du SED, au terme de nombreuses tracasseries, son état de santé reste très préoccupant, car sieur Kingsley FUMUNYUY NJOKA est frêle, amaigri et pâle car il ne boit surtout que de l’eau parce qu’il est psychologiquement traumatisé après avoir été détenu au secret pendant vingt-quatre jours et affiche toutes les difficultés à s’alimenter ;

Après son enlèvement, il est soupçonné de parrainer les combattants ambazoniens et d’avoir été très critique dans ses sorties médiatiques, en particulier contre le régime de Yaoundé dans sa manière de gérer la crise depuis 2017;

Est lui également reproché d’être membre de plusieurs plateformes de médias sociaux (WhatsApp et Facebook) dans lesquelles des informations sur les activités en cours La crise dans les deux régions anglophones du Cameroun est partagée ;

Le collège d’avocats constitué de Me AKUWIYDZE Joseph, Me PEKUM Emmanuel et Me AMUNGWA Tanyi, tous avocats au Barreau du Cameroun, lui ont rendu visite ce jour vers 09h30 et ont pu avoir un échange avec lui dans le bureau de son enquêteur au SED;

Son enquêteur au Service Central des Recherches Judiciaires (SCRJ) fouille actuellement trois ordinateurs saisis à côté de son téléphone Android afin de vérifier la véracité des allégations portées contre lui;

Depuis son enlèvement, il n’a pu accéder ni à son conseil, ni à un médecin, ni à sa famille comme exigent les dispositions du code de procédure pénale ;

Le sieur Kingsley FUMUNYUY NJOKA, originaire de Kumbo, dans le département de division, région du Nord-Ouest est titulaire d’un diplôme en journalisme et communication de masse de l’Université de Zaria au Nigéria, et a travaillé avec Magic FM à Yaoundé et principal rédacteur du bi-hebdomadaire catholique “L’Effort Camerounais” paraissant à Douala;

Il s’agit clairement d’une arrestation illégale, sans aucun mandat ni titre de justice suivie d’une détention arbitraire qui est une violation du droit à la liberté et s’inscrit dans le non-respect du droit national et des standards internationaux auxquels la République du Cameroun a librement souscrit ;

Selon le Groupe de travail sur les détentions arbitraires auprès des Nations unies (créé par la résolution 1991/42 du Conseil des droits de l’Homme), « la privation de liberté est arbitraire lorsque la privation de liberté résulte de poursuites ou d’une condamnation relatives à l’exercice de droits ou de libertés proclamés dans les articles 7, 13, 14, 18, 19, 20 et 21 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et aussi, pour les États parties au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dans les articles 12, 18, 19, 21, 22, 25, 26 et 27 de cet instrument (catégorie II) » ;

Selon l’article 9 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme : « Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé »;

L’article 9(1) du Pacte international relatif aux droits civils et politiques stipule que: « Tout individu a droit à la liberté et à la sécurité de sa personne. Nul ne peut faire l’objet d’une arrestation ou d’une détention arbitraire »;

Le droit à la liberté de la personne mentionné dans l’Article 6 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples a été violé sur toute la ligne: «…Nul ne peut faire l’objet d’une arrestation ou d’une détention arbitraires. Nul ne peut être privé de sa liberté,…»;

La responsabilité de tous ces faits est ainsi CLAIREMENT attribuée à l’Etat camerounais en vertu du droit international, au terme des articles 4 et suivants d’une résolution 56/83 de l’Assemblée générale en date du 12 décembre 2001 sur la responsabilité de l’Etat pour FAIT INTERNATIONALEMENT ILLICITE.
EU ÉGARD À TOUT CE QUI PRÉCÈDE, MANDELA CENTER INTERNATIONAL :t

Condamne, avec des termes très durs, la détention arbitraire de ce journaliste qui n’a fait que son travail, contrairement aux principes fondamentaux des droits humains ;

Demande, avec toute la vigueur, aux autorités camerounaises de prendre immédiatement des dispositions pour qu’il soit consulté par un médecin et que des soins appropriés lui soient administrés;

Exprime son indignation totale en exigeant du pouvoir de Yaoundé de cesser immédiatement de laisser les militaires se substituer aux officiers de police judiciaire au Cameroun alors qu’ils n’en ont aucune compétence;

Exige, avec fermeté, du Gouvernement camerounais, sa libération immédiate et sans condition ;

Tient fermement le gouvernement camerounais entièrement responsable de tout ce qui pourrait arriver au journaliste Kingsley FUMUNYUY NJOKA;

Recommande vivement au Gouvernement Camerounais de se conformer scrupuleusement à ses engagements internationaux en vue de la protection effective des droits fondamentaux ainsi sont violés au quotidien avec le culte de l’impunité.

Fait à Yaoundé, le 08 Juin 2020 Le Secrétaire Exécutif Permanent


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