Afrique LA UNE Société panorama 3 juillet 2020 (0) (58)

Cameroun#Guinée Equatoriale> Diplomatie militaire: Le pari gagnant de Joseph Beti Assomo

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La réunion de concertation des 29 et 30 juin dernier à Yaoundé entre la Défense de la Guinée Equatoriale et le Cameroun, a révélé un Mindef militaire et diplomate sur le coup. Une expérience qui va faire tâche d’huile dans le règlement des conflits.


L’ascendance du Cameroun sur la Guinée équatoriale dans cette affaire s’analyse sur deux plans. Premièrement, le fait que Malabo ait arrêté avec l’édification de son mur et par conséquent d’empiéter sur le territoire national, montre de toute évidence que le voisin du sud est reconnaissant du fait que sa démarche ne participe pas de la solution la plus idoine même si ce pays peut mettre sur la table des préoccupations sécuritaires convulsives depuis la tentative de coup d’état échoué du 24 décembre 2017.

Le Cameroun avait bien entendu joué le grand rôle car on se souvient que la police camerounaise avait arrêté des ressortissants étrangers dans la ville aux trois frontières de Kye Ossi. Il y avait donc lieu d’espérer que Malabo aurait nourri envers les autorités de Yaoundé une déférente reconnaissance pour avoir sauvé son régime. Que non ! Tous les rêves cauchemardeux de l’ancienne colonie espagnole viennent toujours du nord. En réalité, on estime à Malabo que la frontière avec le Cameroun est très perméable et laisse passer tout le monde, même les intrus de la pire espèce, qui n’ont absolument pas la citoyenneté de la Cemac.


Le deuxième point qui montre que le Cameroun tient le bon bout dans l’affaire est la tenue de ce conclave sécuritaire à Yaoundé. Par-là, on comprend que c’était le Cameroun qui était à la manœuvre pour que les choses se passent exactement dans le sens qu’il avait voulu. Avec la signature conjointe du document final par les ministres de la Défense des deux pays, Leandro Bekale Nkogo et Beti Assomo Joseph, il va clairement sans dire que les deux pays sont convenus de la tenue de la prochaine réunion à Malabo, « à une date à arrêter d’accord parties », il est exact que le pays de Paul Biya est certain que son voisin ne pourra plus se lancer dans la poursuite de l’édification du mur sans en référer à lui.

Un manquement à cette attente serait probablement interprété et compris comme la violation d’un Accord entre les deux pays pour ne pas dire la violation d’un pacte entre les deux hommes d’Etat. Pour l’instant, sur les plans juridique, politique, militaire et diplomatique, le Communiqué final de Yaoundé qui est un Accord entre les deux Parties, oriente et guide désormais la paix à la frontière entre les deux paix. On était habitué aux sauts d’humeur de nos frères du sud qui pour un rien fermait la frontière de manière unilatérale. L’espoir est de voir cette diplomatie militaire entre les deux pays se pérenniser pour une protection non seulement des frontières mais également et surtout des citoyens des deux Etats. Les plaintes des Camerounais de l’autre côté de la frontière sont permanentes, leurs droits les plus élémentaires et leurs biens ne sont pas toujours respectés comme il conviendrait dans un pays ami.


Une confraternité militaro-diplomatique
L’autre touche grandeur nature que le ministre de la Défense du Cameroun a donnée à ce conclave sécuritaire est l’accueil et le traitement fraternels accordés à la délégation équato-guinéenne. C’est mal connaître les politiques camerounais que d’envisager le contraire. On se souvient qu’au plus fort de la guerre entre le Cameroun et le Nigeria, aucun Nigérian n’avait été inquiété au Cameroun du fait de la guerre entre les deux pays. Dans le cas d’espèce de la crise frontalière entre le Cameroun et son voisin du sud, Joseph Beti Assomo n’a pas dérogé à la règle en traitant avec les plus grands honneurs ses convives républicains.

C’est finalement, aux dernières nouvelles, le mercredi que les frères du sud ont quitté le Cameroun à destination de Malabo. Ils sont partis convaincus que le Cameroun n’est pas une Nation hostile. Les nouvelles alarmantes qui arrivaient à Malabo du fait la presse camerounaise, libre avec sa diversité de tons, a dû amplifier leurs appréhensions sur les intentions réelles du Cameroun. Heureusement que Joseph Beti Assomo les a rassurés, précisant que cette critique de la presse n’épargne personne, le Premier des Camerounais au premier chef. Toute chose qui n’est pas concevable de l’autre côté de la frontière. Dans la crise actuelle à la délimitation entre le Cameroun et son voisin, l’option de Paul Biya pour la voie diplomatique semble mettre la Guinée Equatoriale au pied du mur face à ses propres responsabilités et par-dessus tout, lui rappeler ses engagements communautaires.

Avec l’accélération tous azimuts de la mondialisation, il est certain que l’ère des destinées singulières est entrée dans les musées de l’histoire des relations internationales. Si l’initiative équato-guinéenne d’édifier un mur fortifié à la frontière, est en lui-même est un acte délibéré de profaner le long fleuve agité de l’esprit communautaire en Afrique centrale, il se mue tout simplement en acte de provocation frontale quand la construction empiète sur le territoire camerounais. C’est à ce niveau que la stratégie camerounaise, faite de la prégnance de la diplomatie sur le militaire, est à tout point de vue pédagogique et s’impose en cas d’école. Les autorités de Yaoundé, auraient pu, avec les multiples descentes sur le site, tant militaires que politique, procéder à la destruction pure et ce simple de quelque œuvre qui entache sa souveraineté territoriale. Il n’en a été rien, une volonté certaine de construction d’une stratégie agissante d’endiguement du remuant voisin. Aucune nouvelle venant du terrain n’est venue faire état d’agissement de force militaire. Aucune ! Au plus, sait-on que Yaoundé a convaincu Malabo de surseoir à ce projet. Comment est-ce possible si le Cameroun n’a pas contraint militairement son voisin ?


L’expérience internationale du Cameroun
Il y a de toute évidence une force qui s’exprime à travers l’expérience sur la scène infranationale. Malabo ne perd pas de vue cette réalité et tient certainement compte dans la gestion de sa mésentente avec le Cameroun. Le premier indice plus parlant est le tact avec lequel le pays a réglé le conflit de Bakassi occupé par le Nigeria. Dans ce cas, le pays de Paul Biya a dû conjuguer le verbe des armes avec son grand voisin de l’ouest. Rien n’a montré que le rapport de force était en faveur du Nigeria. C’est du reste une raison évidente pour laquelle le pays d’Olusegun Obasanjo avait accepté au plus tôt d’aller à la négociation après le procès devant la Cour internationale de justice (Cij). Bien plus, il y la résilience des Forces de défense et de sécurité du Cameroun alors que le pays est attaqué sur plusieurs fronts. Il faut avoir des ressources pour tenir sur trois fronts majeurs brûlants : dans le chaudron du Noso, à lui seul trois fois plus peuplé que toute la Guinée Equatoriale ; dans le septentrion avec Boko Haram et à l’Est avec toute l’insécurité causée par la guerre civile en Rca.

Cette donne peut convaincre tous les éventuels candidats à un bras de fer de prendre du recul. La Guinée Equatoriale a bien suivi le Cameroun se battre sur tous ces fronts. Cela peut dissuader et appeler à la retenue et ce n’est que la voix de la sagesse. Beti Assomo, avec la grande muette, sans donc le moindre coup de feu, a atteint les objectifs d’une guerre. La diplomatie militaire, de ce fait s’est mise officiellement en branle pendant deux jours à Yaoundé avec tout le gratin de la défense des deux pays. Il est maintenant à souhaiter que la démarcation des frontières maritimes entre les deux pays soit exaltée car avec Malabo aux portes de Douala, les eaux territoriales du Cameroun se transforment en un corridor, un obstacle à la projection de la puissance du pays.
Léopold DASSI NDJIDJOU


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