Asie LA UNE Société panorama 13 avril 2020 (0) (1171)

Chine > Racisme et Xénophobie: Une étudiante africaine témoigne

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“Il y a certains Africains – nigérians, ghanéens, ou kenyans – qui sont revenus par un vol sur la Chine, à Guangzhou notamment. Apparemment dans le vol, il y avait des gens contaminés au Covid-19, deux personnes plus exactement. Partant de leur pays, le transit et autre, on imagine qu’elles ont eu le temps peut-être de contaminer un grand nombre de personnes ayant voyagé avec elles. Quand les autorités chinoises ont pris acte de ce qu’il y avait de nouvelles contaminations au Covid-19 sur le territoire chinois, leurs investigations les ont conduites, en fonction des malades, vers ce vol-là.

Elles ont immédiatement cherché à recontacter tous les passagers de ce vol. Apparemment ceux qui n’ont pas voulu coopérer, c’étaient deux ghanéens, qui ont fui. C’est de là que vient tout le problème. Les autorités chinoises ont commencé à les traquer pour les retrouver, car plus ils fuyaient, plus ils contaminaient des gens dans leur cavale. L’un des fuyards est allé se cacher chez l’un de ses amis, un étudiant africain, sans lui dire qu’il était traqué et potentiellement porteur du virus du Covid-19. L’étudiant l’a recueilli. Il a donc été contaminé.

Ce dernier, à son tour, a contaminé nombre de personnes dans son entourage et au-delà. On estime entre 100 et 200 le nombre de personnes qui auraient été contaminées par la faute de cet individu qui s’est rendu chez son ami. Il a finalement été arrêté et conduit dans un hôpital. Rendu sur place, il se serait mis à violenter l’infirmière et l’aurait même mordu à la main.
Le second Africain étant toujours en cavale, les Chinois ont fait un article de presse qui recapitulait les faits. Du coup, la population paniquée s’est mise dans une position où elle généralisait tout.

Les Chinois ne sachant pas faire la distinction entre les Africains des différents pays, ils se sont mis à fuir tout Africain rencontré sur le chemin, ils ne voulaient même pas l’approcher. Quand un Noir approchait, les gens fuyaient carrément. Ils s’imaginaient que ce pourrait être le Noir en cavale. Ils avaient peur d’être contaminés. C’est ainsi que la psychose s’est installée et a débordé au point de prendre des proportions graves. Jusqu’à présent, on n’a toujours pas retrouvé le second fugitif en question. Il est toujours en cavale. Et comme ce sont des businessmen de Guangzhou, des gens toujours en contact avec de nombreuses personnes, les autorités chinoises ont déduit de leur présence dans la ville qu’il valait mieux ne pas prendre de risque. Elles ont décidé de passer de maison en maison, question de faire le checking sur place. En fonction de cela, elles pourraient déceler qui est contaminé ou pas.

Finalement, elles ont opté pour le confinement de tout le monde et les mises en quarantaine massives afin de bloquer le maximum d’Africains à l’intérieur de la ville de Guangzhou pour qu’ils ne puissent pas changer de ville, ou qu’ils ne puissent pas fuir. Il s’en est suivi la mise en place d’un système pour bloquer tous les Africains de Guangzhou et leur faire des tests systématiques. Les chinois disent que les Africains sont plus résistants à la maladie, et que si une quarantaine fait 14 jours pour un Chinois, elle fera 28 jours pour un Africain. Or passés, les 28 jours, certains Africains n’étaient toujours pas libérés. Ils se sont entendu dire que leur quarantaine est maintenu jusqu’à nouvel ordre. D’où donc leur colère. Ils voyaient le péril qui menaçaient leurs affaires. Certains ont été confinés dans des hôtels où ils paient 1000 yuans/jr, dans lesquels on ne s’occupe pas d’eux.

Il se dit même qu’un ghanéen à fait la maladie durant sa quarantaine au point d’en mourir. De tels abus sont, semble-t-il courant à Guangzhou et, il paraît déjà aussi à Beijing déjà. A Guangzhou, certains ont payé leurs loyers et on les a mis dehors. C’est de graves injustices. Ce qui fait que nombre d’Africains s’interrogent sur les mobiles du gouvernement chinois. Cela dit, une vidéo circulerait d’une chinoise qui affirme que ces mesures ne touchent pas que les Africains. Les Russes auraient aussi subi, eux aussi, ces mesures drastiques. Mais rien n’est moins sûr.
Les Chinois disent que le problème viendrait de l’avion venu d’Afrique. On ne sait pas si les autorités chinoises vont généraliser ces mesures à toutes les communautés africaines de chine. C’est donc la grande anxiété. On connait le mode de fonctionnement strict des chinois : quand ils se sentent menacés, ils se foutent pas mal de la diplomatie, ils prennent des mesures radicales de façon unilatérale.

Bon, c’est normal aussi. Les Africains se plaignent de n’être pas prévenus à l’avance lors des descentes dans leurs domiciles, de n’être pas notifiés de ces descentes des documents officiels : des équipes débarquent juste chez vous entre 23h et 3h du matin, sachant élevée la probabilité de vos trouver chez vous dans cet intervalle de temps. Devant votre chambre, elles installent un appareil qui flashe ou scanne votre téléphone portable, ce qui vous rend traçable quelque soit l’endroit de la Chine où vous vous rendez, tous les déplacements que vous avez eu à faire. Ils ne blaguent vraiment pas.
Les ghanéens et les Nigérians seraient en train de s’organiser pour quitter la Chine. Ils appellent tous les Africains à faire bloc face à ces comportements. Or, certains Africains les accusent d’avoir mis tous les Noirs dans la merde. Ce n’est vraiment pas facile : les gens expulsés de leurs appartements, qui dorment dehors, qui sont abandonnés en quarantaine, qui se voient refuser l’accès dans des hôtels… C’est une réalité. C’est terrible.

Les Chinois prennent pour prétexte qu’ils ne veulent pas d’une recontamination, ils ont assez souffert comme ça. Ils disent qu’ils ne veulent pas que les efforts qu’ils ont consentis pour éliminer la maladie soient gâchés du fait de l’inconscience de certains étrangers. Mais clairement, il y a de plus en plus d’endroits où l’accès est refusé aux étrangers, Blancs ou Noirs. C’est officieux, pas officiel. On nous dit juste que c’est une décision de la police. Si on se fâche, la police nous demande de nous référer aux autorités supérieures, sachant évidemment qu’on ne pourra pas aller plus loin et qu’on n’aura pas de réponse : ne dit-on pas que qui ne dit mot consent. Ghanéens et nigérians, c’est sûr, organisent le rapatriement de leurs ressortissants. Et ils se racontent que dans certains pays Africains, les Chinois commencent à être pourchassés aussi”.


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