Opinion Société panorama 8 janvier 2020 (0) (253)

L’Eldorado: un ailleurs qui n’est pas toujours meilleur

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Cette jeune dame avait été, malgré elle, utilisée dans les réseaux de prostitution, mais n’a pas pu se relever face aux atrocités subies. Après avoir réussi à s’échapper de son tortionnaire grâce à une mobilisation médiatique, elle est retournée au Cameroun. Les mésaventures de cette esclave sexuelle inclinent à faire un ricochet sur les déterminants de la problématique de l’immigration clandestine.
Ces dernières années, l’Océan Atlantique est devenu le cimetière de milliers d’immigrants africains inconnus qui s’y noient, en tentant de gagner les Canaries à partir de la Mauritanie. Pour environ mille euros chacun, gagnés dans l’économie souterraine à Nouakchott, les clandestins venus de divers pays d’Afrique noire se lancent dans la traversée entassés à 40, 50 et, parfois, 70 sur des barques de pêche relativement robustes. Une panne de moteur ou une grosse vague sera mortelle. Les immigrants clandestins risquent tout pour ce voyage et savent que leur futur ne sera pas une sinécure. Certains y laisseront leur vie, d’autres seront renvoyés chez eux et une minorité, qui atteindra sa destination, sait que son existence n’y sera pas forcément aisée. Mais, les difficultés conjoncturelles auxquelles ils sont en butte dans leur pays inclinent de milliers de jeunes africains à préférer l’exode clandestin.
Mais pourquoi un tel afflux d’immigrés vers l’Eldorado? Pourquoi des migrants clandestins prennent-ils des risques frôlant le suicide? Ils se retrouvent face à un choix difficile: “avancer, c’est mourir; reculer aussi, c’est mourir. Alors, mieux vaut avancer et mourir”. Aucun homme ne quitte son pays pour le plaisir d’immigrer. “Mes oreilles résonnent encore d’un mot que prononçaient inlassablement les clandestins que j’avais côtoyés: le bonheur. Vouloir être heureux à tout prix, mettre sa vie en jeu et ne pas renoncer. Quelle que soit la difficulté. Quel que soit le temps qu’il faudra y consacrer. Un quitte ou double que nous n’osons plus regarder en face…” (Serge Daniel).
D’aucuns disent donc qu’ils sont sortis de leurs familles et de leur pays la rage au cœur avec l’envie de réussir. Ils clament, sans vergogne et sans scrupule, que le chômage et la pauvreté constituent la principale cause de l’immigration et le rêve et le mirage de l’Eldorado occidental. Soit! Autre cause non des moindres des trajectoires migratoires l’injustice sociale et la précarité. Depuis la fin de la guerre froide, les aides se sont effondrées à des niveaux jamais connus. L’Afrique ne joue plus son rôle de partenaire, et elle doit traiter à leurs conditions avec les grandes multinationales occidentales, et les institutions financières internationales. La lutte pour le pouvoir et l’accès aux richesses ont ouvert la brèche à des conflits intérieurs et extérieurs de plus en plus dévastateurs. Un Africain sur cinq vit une situation de guerre et la violence est en train de devenir le mode usuel des relations sociales entre cadets et aînés sociaux, entre riches et pauvres, entre ethnies et religions différentes.

Si même le risque de mort ne dissuade pas les migrants clandestins, comment agir? La prison? Ils s’en moquent. Le renvoi dans leur pays? ça coûte cher et ils reviennent. Surveiller les frontières encore plus? Coût exubérant et mission impossible. Alors que faire? Il nous faut d’abord prendre davantage conscience des nombreuses difficultés que les migrants rencontrent au quotidien bien qu’elles ne soient pas forcément les mêmes pour tous: une grande précarité au plan matériel (nourriture, entretien personnel, logement) et des difficultés d’accès aux soins, travail mal rémunéré, attitude d’intolérance d’une bonne partie de la population locale, sentiment d’abandon et d’isolement du fait de leur statut de clandestin. Aussi y a-t-il l’abus de pouvoir des forces de l’ordre et l’austérité des conditions de refoulement.

Serge Aimé Bikoï, Journaliste éditorialiste, Rédacteur en Chef Panorama papers. Sociologue du développement

A cause de cet état de choses, il est impérieux, pour les Africains, de cesser d’entretenir le complexe de la sublimation de l’Eldorado, appréhendé comme l’asile du meilleur et du bonheur, mais pourtant pourvu des scènes d’horreur, de terreur et d’horreur consécutives à l’avilissement des hommes et des femmes confrontés à la perte des repères socioculturels en occident.


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