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Politique - 6 septembre 2021

Afrique francophone: Coups d’état militaires contre coups d’état constitutionnels et électoraux

Des militaires des forces spéciales, une unité d’élite de l’armée guinéenne avec à leur tête le Lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, ont annoncé le 05 septembre 2021 avoir renversé, puis arrêté le Président Alpha Condé qui dirigeait le pays depuis fin 2010.

Selon le chef des putschistes, les raisons qui justifient leur coup de force sont les suivantes: la situation sociopolitique et économique de la Guinée, le dysfonctionnement des institutions républicaines, l’instrumentalisation de la justice, le piétinement des droits des citoyens, l’irrespect des principes démocratiques, la politisation à outrance de l’administration publique, la gabegie financière, la pauvreté et la corruption.

A moins d’un incroyable retournement de situation, le coup d’état semble consommé ; tout au moins, la fin du pouvoir du Président Alpha Condé est désormais actée. Car on imagine mal qu’il soit libéré par ceux qui le maintiennent en détention, pour à nouveau retrouver le fauteuil présidentiel.

Comme à son habitude et par principe, la communauté internationale avec en tête, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest(Cedeao), l’Union Africaine, le Secrétaire Général de l’Onu et la France, ancienne puissance colonisatrice, condamnent le coup de force intervenu à Conakry et appellent globalement au retour à l’ordre constitutionnel en Guinée.

C’est à peu près les mêmes réactions que cette communauté internationale avait eu après le renversement du Président Malien Ibrahim Boubacar Keita le 18 août 2020, puis du Président de la transition Bah N’Daw le 25 mai 2021 par le Colonel Assimi Goïta.
Dans le cas du Tchad, les réactions ont été plus nuancées après l’arrivée du Général Mahamat Idriss Deby Itno à la tête du pays le 20 avril 2021, à la suite de la mort officiellement au front de son père, le Maréchal Idriss Deby Itno, alors que la constitution tchadienne ne prévoyait pas un tel schéma successoral.

Comme on l’observe, le coup d’état militaire intervenu en Guinée est le 03ème en l’espace d’un an dans des pays d’Afrique noire francophone. La faiblesse des institutions présentées comme démocratiques dans ces pays, peut expliquer ces révolutions de palais.
Dans le cas guinéen par exemple, Alpha Condé après une quarantaine d’année dans l’opposition est finalement arrivé démocratiquement à la tête du pays en 2010 sur la base d’une constitution qui limitait à deux(02), le nombre de mandats consécutifs pouvant être effectués par un Président de la République.

En 2020, il a initié une réforme pour doter la Guinée d’une nouvelle loi fondamentale, puis a pu en profiter pour se représenter alors qu’il avait déjà effectué deux mandats de cinq (05) ans.
Alpha Condé sera alors réélu pour un 03ème mandat au 01er tour de l’élection présidentielle du 18 octobre 2020 avec 57,89% des suffrages. Mais les résultats de ce scrutin ont été fortement contestés notamment par son principal opposant, l’ancien Premier ministre, Cellou Dalein Diallo qui s’était même autoproclamé vainqueur.

Avant et après cette élection, de nombreux opposants sont morts au cours des manifestations réprimées par le pouvoir, et d’autres ont été arrêtés et écroués. Le coup d’état militaire qui a renversé le Président Condé apparaît donc comme une réponse au coup d’état constitutionnel et électoral qu’il a lui-même perpétré avant.

Dans les deux derniers cas de figures, la communauté internationale n’est pas souvent alerte. Et pourtant, la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (Cadeg) entrée en vigueur le 15 février 2012, condamne des processus de modifications constitutionnelles qui aboutissent à la perpétuation d’un pouvoir.

Des militaires Guinéens, Maliens et Tchadiens ont expliqué pourquoi ils avaient décidé de prendre au moins de manière temporaire le pouvoir. Mais dans des pays où des institutions fonctionnent à peu près normalement, c’est sur le terrain politique que tous les problèmes majeurs qui se posent à la cité sont résolus. Dans des grandes démocraties, c’est généralement à travers des élections.

Eric Boniface Tchouakeu, Chef de Chaîne Radio Siantou. Conseiller éditorial et founding father de Panorama papers

En Afrique noire francophone particulièrement, cette voie n’est presque jamais explorée en cas de difficulté majeure à cause des doutes légitimes sur la crédibilité des systèmes électoraux mis en place.
Pour réduire, voire éradiquer le phénomène des coups d’état militaires, il faut trouver une solution à l’équation de la dévolution du pouvoir en mettant un accent particulier sur la transparence électorale. Cela conduira indubitablement ensuite à l’instauration d’un véritable Etat de droit et à l’amélioration de la gouvernance, qui sont deux solides remparts contre les injustices et qui accompagnent la démocratie, perçue jusqu’à nos jours comme la forme de gestion des peuples la moins mauvaise.

Eric Boniface Tchouakeu

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