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Afrique - 25 janvier 2022

Afrique francophone: Le printemps des coups d’Etat

L’épicentre du séisme qui n’arrête de faire des ravages dans les palais présidentiels est parti du Mali où Assimi Goïta a déposé Ibrahim Boubacar Keïta (Ibk) le 18 août 2020. Un trou d’air pour la grande muette dans différents pays.

Par Léopold DASSI NDJIDJOU

En réalité, au-delà du coup d’Etat en lui-même, c’est sa gestion tatillonne par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et les partenaires européens du Mali avec en tête la France, qui aura visiblement insufflé un vent d’encouragement dans les casernes de se jeter dans l’arène politique. Dire que la France et la Communauté sous régionale ont mordu la poussière au Mali dans leur volonté affichée et déclarée de restaurer l’ordre républicain au pays de Soundiata Keïta est un euphémisme.

Assimi Goïta, a marché sur toutes les règles qui lui ont été imposées après le coup d’Etat, sans que ceux qui lui donnaient des leçons de démocratie aient des moyens de le contraindre à quitter le pouvoir. En jaugeant le rapport de force, le truculent colonel a poussé même un peu plus loin ses pions en demandant à l’Armée française de quitter son territoire, impliqué et au cœur de l’opération multinationale Barkhane qui lutte contre les terroristes dans la zone sahélienne et au désert. C’est acté.

Comme pour ne pas arranger les choses ou les compliquer davantage pour les anti-putschs au Mali, la Russie de Vladimir Poutine a fait son entrée sur scène avec le groupe privé militaire Wagner qui veille sur la sécurité du chef de l’Etat et est prêt aussi à offrir ses services dans la lutte contre le terrorisme. On annonce ce groupe aussi bien en Guinée, en République centrafricaine et peut-être bientôt au Burkina. Dans cette mouvance, l’homme fort de Bamako a déclaré, sans aucune précaution, que les élections tant exigées par les partenaires de son pays se tiendront dans cinq ans. La réaction de la Cedeao ne s’est pas fait attendre. Tous les pays membres de la Communauté ont été invités à fermer les frontières pour asphyxier économiquement le Mali. C’est la goutte qui a fait déborder le vase au Burkina, dans un pays où régnait déjà fortement une odeur de coup d’Etat.

La descente de la population dans la rue pour contester cette décision sous régionale à l’encontre du peuple malien et surtout l’adhésion de Marc Kaboré à cette décision est venue jeter le feu aux poudres. Suite à cette manifestation, dans la nuit de samedi à dimanche, les casernes du pays se sont mutinées, et surtout les camps militaires Guillaume et Sangoule Lamizana. Tout ceci n’occulte en rien la corruption qui gangrène l’Armée de ces pays. Selon les sources sécuritaires, une cinquantaine de soldats ont perdu la vie dans le chaudron du nord du pays suite à une attaque djihadiste.

Les soldats, sous équipés et affamés ont été décimés, plongeant l’Armée dans une rancœur indescriptible vis-à-vis du pouvoir. Les évènements en cours au pays des hommes intègres doivent être interprétés en connexion avec la donne politique au Mali. Au moment où toutes les sources annoncent l’arrestation du président, la Cedeao parle en milieu d’après-midi de ce lundi 24 janvier de « tentative de coup d’Etat » et condamne « un acte d’une extrême gravité ».    

Comme il en avait été d’Alpha Condé en Guinée 

Mamady Doumbouya, tout comme Assimi Goïta (39ans) est un jeune officier de l’Armée guinéenne âgé de 41 ans. Les deux hommes ont une autre perception de la gestion du pouvoir. Ils semblent plus proches des conditions de vie de leur concitoyens. La chute de Condé est, selon cet ancien légionnaire de l’Armée française, liée à la corruption de son régime et surtout à la crise politique née de la modification de la constitution pour briquer un troisième mandat.

En 2018, il participe à une formation organisée au Burkina Faso par l’Armée américaine, réservée an particulier aux commandos des forces spéciales de la région. C’est à cette occasion, apprend-on, que le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya et Assimi Goïta vont se lier d’amitié. Avec la décision de la Cedeao de fermer ses frontières avec le Mali, la Guinée a refusé de suivre, compliquant un peu plus la volonté d’Accra de faire chuter rapidement le régime malien. Ce qui se passe à Ouaga suscite une seule lancinante interrogation. A qui le tour ?  La donne sécuritaire à la Zone névralgique des trois frontières, qui se situe aux confluents territoriaux du Mali, du Burkina Faso et du Niger, porte tous les regards vers le Niger qui pourrait à son tour faire les frais suite aux exactions djihadistes.

En réalité, aucun pays n’est à l’abri, car la condamnation mièvre et le manque d’actions conséquentes des communautés sous régionales, de l’Union africaine ou de la France ouvrent un vaste couloir aux putschistes de foncer sans inquiétude vers les palais présidentiels en Afrique francophone. « Le printemps » des pays d’Afrique francophones subsahariens par la baïonnette ? Pour la petite histoire, Marc Roch Kaboré avait été réélu en 2020 au premier tour tout comme Alpha Condé sortait de sa victoire électorale. Il en avait été de même d’Ibk au Mali.

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