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Autochtonie – Cameroun > Douala : le procès des chefs Sawa au gouvernement

Respect des us et coutumes, violations foncières, multiplicité des déclarations d’utilité publique, vie chère … Les chefs traditionnels Sawa du Wouri ne tarissent pas d’accusations et de revendications. Indexés : le gouvernement, les administrations locales et des opérateurs économiques. Au bout du compte est brandi un risque de crise sociale.

Par panorama
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Par Joseph OLINGA N.

Le ton est ferme et un brin désobligeant. Et, si l’assemblée des chefs traditionnels Sawa du Wouri se veut un regard sur l’actualité nationale, elle a à cœur de mettre en relief les préoccupations des peuples issus des berges du Wouri. Au cours de la rencontre qui s’est tenue le 29 mai 2022 au canton Njo Njo, village Bonadouma, les têtes traditionnelles couronnées de la ville de Douala n’ont pas manqué de dire au gouvernement et aux chefs des administrations publiques du département du Wouri leurs vérités. Des accusations et préoccupations qui portent sur la cherté de la vie, le développement de la ville de Douala, leur perception de l’adressage sur les rues de la capitale économique camerounaise, la question foncière, le cas spécifique des déguerpissements de Dikolo, la place des chefferies traditionnelles dans les us et coutumes Sawa mais aussi un regard sur la décision du ministre des arts et de la culture de taxer l’organisation des cérémonies traditionnelles.

Vie chère

Le spectre des «émeutes de la faim» hante la communication de l’association des chefs traditionnels des villages Sawa du Wouri. Le communiqué signé le 19 juin 2022 souligne un risque un risque de déflagration sociale si les mesures ne sont pas prise par le gouvernement pour endiguer la hausse des prix des produits de consommation courante sur les marchés. «La ville de Douala qui est un volcan, pourrait ne pas se relever d’une nouvelle crise alimentaire ou sociale.» De même que les chefs traditionnels Sawa dénoncent la prolifération des produits avariés et de contrefaçon sur les marchés et autres lieux de commerce de la ville de Douala.

«Les administrations en charge des secteurs concernés sont interpellées et seront tenues pour responsables, si elles continuent par complicité ou par passivité,  à ne pas sévir durement et fermement contre ces auteurs des attentats contre la santé des populations.» De même que les chefs traditionnels Sawa du Wouri martèlent que «Le peuple attend des réponses et des solutions à ses difficultés existentielles quotidiennes.»

Identité locale

C’est une double interpellation que l’association des chefs traditionnelles Sawa du Wouri adresse aux collectivités territoriales décentralisées et au gouvernement. Sans ambages, l’association des chefs traditionnelles Sawa du Wouri dénonce l’identification des rues et places de Douala avec des noms importés. A ce propos, la première préoccupation exprimée est «que des monuments soient érigés en la mémoires des héros nationaux dont notamment Douala Manga Bell.» De même que l’assemblée des chefs traditionnels Sawa du Wouri relativise le nom de baptême du monument du «soldat inconnu» de Bonanjo.

«Ils demandent que le monument dédié au soldat inconnu, devienne un monument dédié à tous les soldats camerounais morts pour préserver l’intégrité du territoire, que ce soit pendant les guerres mondiales ou actuellement dans les divers fronts internes.»

Exigence à laquelle les chefs traditionnels Sawa annexent l’identification des rues et artères de Douala par les noms des personnalités locales, ceux des essences des forêts et des faunes locales ainsi que les noms des cours d’eau.

«Pour remplacer les noms issus de la colonisation ou imposés par le voisinage.»

«Patrimoine Sawa»

La question foncière occupe une place de choix dans les accusations et revendications formulées par les chefs traditionnels Sawa du Wouri.

«L’association des chefs traditionnels (coutumiers) des villages Sawa du wouri s’indigne du non-respect de la législation en matière foncière, qui fait du chef traditionnel (coutumier) un million essentiel dans le processus d’établissement du titre foncier.»

Des raisons pour les chefs traditionnels Sawa du Wouri d’y voir «une volonté de suppression et de neutralisation de l’attestation coutumière ou de l’abandon du droit coutumier.» constat qui, au demeurant, soulignent en chœur les chefs Sawa du Wouri, apparaît «comme une tentative de réduire davantage le rôle du chef coutumier, au bénéfice du représentant de l’administration.» Des administrateurs, du reste, taxés d’orchestrateur «des tripatouillages et magouilles».

Déclarations d’utilité publique

A en croire un dignitaire de la communauté Sawa du Wouri,

«la plus grande menace de trouble à la paix sociale, dans la ville de Douala,  réside dans les expropriations qui se multiplient. Les populations autochtones feignent de ne pas savoir ce qui se passe mais elles attendent de pieds fermes.»

Des propos qui sonnent en échos des accusations formulées par les chefs traditionnels Sawa des villages du Wouri.

Des notabilités qui indexent des «opérateurs économiques et leurs relais dans les sphères décisionnelles» qui, selon eux, obtiennent à leur avantage des déclarations d’utilité publique (Dup) appartenant à des communautés, en violation de la réglementation en vigueur. Des déclarations d’utilité publique, indiquent les mêmes sources, qui sont devenues caduques «du fait de la non-réalisation des projets concernés.»

L’association des chefs traditionnels Sawa des villages du Wouri affirment que de nombreux exemples existent dans la ville de Douala.

«Le peuple est invité à la vigilance et à la mobilisation au cas où les comploteurs passeraient à l’action.»

Onde de choc

A l’observation, la question des expropriations pour déclaration d’utilité publique, sur la zone de Dikolo-Bali, reste en travers de gorge au sein de l’association des chefs Sawa des villages du Wouri et dans le Ngondo. A l’issu de leur assemblée générale, les chefs Sawa des villages du Wouri formulent l’exigence que

«la partie du site de Dikolo qui n’est pas concernée par la déclaration d’utilité publique doit être restituée aux familles propriétaires, qui doivent par ailleurs recevoir totale indemnisation de leurs immeubles détruits.»

De même que les deux entités pensent que la procédure des victimes initiée par les autorités administratives va en contresens des aspirations communautaires et préfigure d’un passage en force. Des raisons pour l’association des chefs traditionnels Sawa des villages du  Wouri et le Ngondo de déduire que

«L’onde de choc qui partirait de Dikolo, en cas de passage en force, pourrait se propager dans tout le Sawa Land et dans tout le pays. Tellement le peuple en a marre d’être paupérisé et roulé dans la farine au profit de quelques-uns.»

Et de marteler que

«Dikolo n’est pas une question Sawa. Ce n’est pas une tribu contre un individu ou contre une autre tribu. Dikolo, c’est le camerounais Lambda qui demande que l’Etat le protège et respecte ses droits.»

Chefferie traditionnel

Il en est de la dévolution successorale. Dans une adresse au ministre de l’administration territoriale, le Ngondo rappelle que «La dévolution successorale dans les chefferies traditionnelles (coutumières) du Wouri se fait de père à fils et selon la primo géniture, au sein de la famille exerçant coutumièrement le commandement traditionnel.» Un principe qui respecté, selon eux, limiterait les contestations intra communautaires. Principes violé depuis quarante ans par l’administration, au mépris de ses propres lois sur la chefferie traditionnelle. Dans le même sillage, les chefs traditionnels Sawa du Wouri invite l’administration

«à la réouverture du dossier de reclassification des chefferies, afin que cesse cette incongruité qui fait que le Wouri n’a que des chefferies de premier degré (06)  et des chefferies de troisième degré (66). Selon les lois en vigueur, Douala devrait avoir au moins trois chefferies de troisième degré par canton.»

Taxation des manifestations culturelles

In fine, les chefs traditionnels Sawa des villages du Wouri ainsi que le Ngondo rejettent la décision du ministre des arts et de la culture de taxer les manifestations et évènements culturels. «Cette décision est incompréhensible, à moins qu’elle ne vise à tuer la culture.» Tout en précisant que le montant de 50 mille Francs Cfa exigé par le Minac pour l’organisation des évènements culturels correspond à l’indemnité mensuelle accordée aux chefs traditionnels, l’association des chefs traditionnels Sawa des villages du Wouri souhaite la convocation d’une rencontre explicative avec le ministre des arts et de la culture.

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