Accueil Opinion Cameroun > 23 10 2018 – 23 10 2022: Résultats de la Présidentielle du 07 Octobre 2018

Cameroun > 23 10 2018 – 23 10 2022: Résultats de la Présidentielle du 07 Octobre 2018

Relisons, ensemble, l'analyse socio-anthropologique que j'avais faite des résultats de la présidentielle du 7 octobre 2018!

Par panorama papers
0 commentaire 325 vues

Par Serge Aimé Bikoi

Résultats de la présidentielle 2018: analyse socio-anthropologique des chiffres sous l’emprise de l’électorat tribal

Après avoir fait, il y a moins de 24 heures(c’était le 22 octobre 2018), une analyse quantitative des résultats de l’élection présidentielle 2018, il est idoine de passer à la phase de l’analyse qualitative des statistiques électorales rendues publiques par le président du conseil constitutionnel. Pour ce faire, l’intérêt est porté à un décryptage socio-anthropologique des résultats du scrutin sous l’emprise de l’électorat tribal. Dans l’optique d’aboutir à la construction de ce schéma interprétatif, référence est faite au paradigme du pouvoir de l’ethnie conceptualisé par Paul Abouna, Anthropologue culturel.

Au cours de la campagne électorale, une typologie du vote a été présentée et disséquée pour comprendre les déterminants du choix des électeurs. Point n’est besoin, une fois encore, de re-préciser ou d’élucider, à nouveau, le vote rationnel, le vote affectif et le vote identitaire puisqu’il s’agit des trois modalités qui ont été spécifiées en fin septembre 2018. Au vu des résultats de la présidentielle 2018, le Cameroun de Paul Biya, de Maurice Kamto, de feu Manu Dibango, de Roger Milla, de André Marie Talla, de Hubert Mono Ndzana, de Achille Mbembe, de Prince Afo Akom, de François Misse Ngoh, de Seidou Abatcha et de Charlie Gabriel Mbock n’est pas encore affranchi du vote ethno-régional. En effet, de 1992 à 2018, en passant par 1997, 2004 et 2011, les électeurs camerounais, pour la majorité démographique, votent pour un candidat en fonction des catégories tribales. D’où la permanence du vote identitaire.

Décryptage socio-anthropologique des statistiques électorales à l’aune du paradigme du pouvoir de l’ethnie

Le Social democratic front (Sdf) est l’entité politique qui prouve, une fois encore, que ses fiefs électoraux dits naturels sont, prioritairement, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest et, accessoirement, le Littoral et l’Ouest. En effet, Joshua Osih, originaire d’une zone anglophone dans le Sud-Ouest, candidat malheureux à la présidentielle 2018, a obtenu les meilleurs scores dans ces quatre aires culturelles. Le postulant de la principale formation politique de l’opposition camerounaise a réalisé, dans le Nord-Ouest, un taux de 10,41%; dans le Sud-Ouest, 12,72%; dans le Littoral, où il est député dans le Wouri-Centre, l’élu local a un score de 9,6% et à l’Ouest, Osih s’en tire avec 5,20%. Dans les six autres régions, les performances de Osih oscillent entre 0,91% pourcentage obtenu à l’Est et 2,11%, taux engrangé dans le Centre. Les meilleures performances réalisées par le 1er vice-président national du Sdf sont logées dans les zones anglophones au vu des chiffres. Si la crise sécuritaire n’avait pas continué de sevir depuis octobre 2016 et ce jusqu’à présent, avec les répercussions que ce contexte a créées en termes de dégâts matériel, financier et humain, si le taux de la démographie électorale, dans le Sud-Ouest et le Nord-Ouest, était autant élevé que lors des scrutins présidentiels antérieurs, les scores du Sdf auraient été plus accrus au point de contribuer à l’augmentation du pourcentage global enregistré par cette formation politique de l’opposition camerounaise. En dépit de la considération des zones anglophones comme des girons électoraux de ce parti politique dirigé par la personnalité charismatique de la trempe de Ni John Fru Ndi, le chantre du “power to the people”, le fondateur du paradigme du “Biya must go”, il y a eu, somme toute, un vote-sanction de la minorité sociologique électrice dans ces zones, dont le Sdf a été victime. A preuve, le Rdpc y a raflé la mise: 81,76% dans le Nord-Ouest correspondant à 27.229 suffrages recensés et 77,69% équivalant à 45.819 votes acquis. Pourtant en 1992, année marquée par l’avènement de la démocratisation et de la libéralisation de la vie politique, le parti au pouvoir n’aurait pas pu bénéficier de ce score. C’était l’époque où Fru Ndi faisait, d’ailleurs, des émules sur la scène publique.

Le vote identitaire s’est, dans la même veine, traduit, à quelques exceptions près, chez des concitoyens Bassa originaires des départements du Nyong et Kellé et de la Sanaga Maritime. Cabral Libii Li Ngué Ngué est Bassa d’Eseka et a bénéficié des meilleurs scores dans les départements mentionnés supra. D’après les statistiques électorales rendues publiques, le candidat malheureux à la présidentielle du Parti Univers a obtenu 61% dans le Nyong et Kellé et 38% dans la Sanaga Maritime. Que ce soit à Eseka, à Makak, à Nguibassal, à Boumyebel, à Matomb, à à Mandoumba, à Nkeng Likok, à Mayebeck, à Edea ou à Mom Dibang chez feu Augustin-Fréderic Kodock, Libii Li Ngué Ngué a été plébiscité. Louis Yinda Yinda, Directeur général de la Sosucam (Société sucrière du Cameroun), Perrial Nyodog, entrepreneur économique, et élite du Nyong et Kellé, Pauline Irène Nguene, Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe, respectivement ministres des Affaires sociales et des Transports, parallèlement élites desdits départements, Etienne Gérard Kack Kack, ancien Maire de Matomb, Bell Luc René, sénateur Rdpc du Centre, et élite du Nyong et Kellé, etc ont beau dépenser des liasses de millions de Fcfa et distribué des ingrédients électoraux (tee-shirts; polos; sacs; casquettes; pin’s; porte-clé) pour convaincre l’électorat des villages desdits départements de voter pour Paul Biya.

Mais la démographie électorale de ces fiefs culturels, fidèle au rituel du vote identitaire, a dit, trivialement, à ces élites politiques urbaines: “To ni nti bés bi millions di ntep man mbaii Cabral Libii” (Traduction: Même si vous nous donnez des millions de Fcfa, nous allons voter pour l’enfant du village Cabral Libii). Et effectivement, l’enfant du village des Bassa a été élu par ses frères, soeurs, cousins, oncles, tantes, nièces, parents et grands-parents (toutes composantes sociales réunies). Même l’Union des populations du Cameroun (Upc), administrative, alliée au parti du flambeau ardent, et dont Robert Bapooh Lipot est l’un des mandataires, a, de manière lamentable, échoué tant les jeunes, les adultes et les personnes du 3ème âge ont jeté leur dévolu sur le fils, le frère et, partant, sur l’enfant du village. Oui “Man mbaii” (l’enfant du village) a été élu et occupe le 3ème rang dans le classement des neuf prétendants.

Cependant, suffit-il de clamer, mieux de penser que seuls les Bassa du Littoral et du Centre ont permis à C. Libii Li Ngué Ngué d’occuper le 3ème rang au point de ravir la vedette à l’aspirant malheureux du Sdf? Que nenni! Il y a aussi, en dehors des électeurs originaires du Nyong et Kellé et de la Sanaga Maritime, des votants issus d’autres communautés ethno-régionales, qui ont choisi Libii. Par exemple, dans le septentrion et, singulièrement, dans l’Adamaoua, C. Libii a réalisé, contre toute attente, un taux de 11,30%. Le jeune leader politique vient en 2ème position après P. Biya, qui détient 79,77%. Même dans le Nord, le candidat du parti Univers occupe le 2ème rang avec 5,77%; il suit Biya, qui est, comme à l’accoutumée, largement en tête avec 81,62%. Libii a même gagné Garga Haman Adji dans le fief septentrional, qui lui était acquis antérieurement, du moins, dans le Nord. Le président national de l’Alliance pour la démocratie et le développement (Add) a mordu la poussière, en ayant, dans l’Adamaoua, le Nord et l’Extrême-Nord, les scores respectifs de 2,6%, 2,92% et 1,77%. Pourtant, le coordonnateur national du mouvement “11 millions de citoyens” y a enregistré respectivement 11,30%, 5,77% et 2,81%. Par conséquent, ce ne sont pas exclusivement les Bassa qui ont voté pour Cabral. Même les compatriotes nordistes ont élu le trentenaire.

S’agissant du cas Kamto, c’est une lapalissade de soutenir la thèse suivant laquelle le candidat malheureux du Mrc a été, majoritairement, élu par les populations de l’Ouest-Cameroun. A titre d’illustration, dans la région du soleil couchant, en dehors de P. Biya qui tient la vedette avec 48,19%, Maurice Kamto le talonne de près avec 30,26% et est, à cet effet, classé 2ème. De même, dans le Littoral composé, certes, d’une démographie cosmopolite, il y a, selon les statistiques contemporaines, une forte composante de la communauté de l’Ouest, qui est implantée et qui est représentée à près de 60%. Mus par une solidarité mécanique et agissante au sens durkheimien du terme, les agents originaires de cette communauté culturelle n’ont pas hésité à cibler et à plébisciter le tireur de penalty au point de parvenir à damner le pion à P. Biya. M. Kamto occupe la tête du classement dans le Littoral avec 38,60% contre 35% pour son dauphin. Même dans le Centre, où la communauté des originaires de l’Ouest est fortement représentée dans des arrondissements du département du Mfoundi, le Mrc occupe le 2ème rang avec 15,25%. Il suit directement l’homme du 6 novembre 1982, qui est en tête avec 71,10%.

Fils de Mvomeka’a dans la région du Sud, baptisé “pays organisateur” par feu Charles Ateba Eyene, P. Biya a, certes, gagné dans neuf régions du Cameroun avec des scores fort favorables, mais la meilleure performance réalisée par l’enfant du Sud, c’est effectivement et naturellement dans le Sud. L’homme-lion se taille la part du lion avec 92,91% équivalant à 181.346 suffrages obtenus au total.

En dépit des mésaventures dont sont victimes les couches locales du “pays organisateur”, les frères, soeurs et fraters de cette contrée ont préféré plébisciter le “Nnom Gui” avec un taux plus élevé que celui enregistré dans les huit autres régions, où il occupe aussi le haut du pavé. Les Bulu de Meyomessala, de Sangmelima, d’Ebolowa, d’Ambam, d’Akom 1 et 2, etc ont donc opté pour le maintien au pouvoir de leur fils, frère et père P. Biya, en accomplissant, bien évidemment, le vote identitaire.

Serge Aimé Bikoi, journaliste et Sociologue du développement.

C’est véritablement la matérialisation du vote tribal, qui détermine, majoritairement, le choix de l’électorat ethno-régional. Le vote est, par corollaire, régi par des considérations ethniques, voire ethnicistes afférentes à la manifestation du paradigme du pouvoir de l’ethnie théorisé par Paul Abouna, Anthropologue culturel.

à Lire Aussi

Laisser un Commentaire

About Us / QUI SOMMES NOUS

Comme son nom l’indique, Panorama papers est un site d’information générale qui traite l’essentiel de l’actualité mondiale dans ses grandes lignes. Nous possedons également une chaîne Youtube où vous retrouverez de grandes interviews et d’autres vidéos d’actualité. Panorama papers est un produit PANORAMA GROUP LLC. Nous travaillons avec nos propres moyens (sans mécène), pour vous servir une information libre et crédible.

NOUS CONTACTER

Revue de presses du 03 02 2023

© Copyright 2022 – PANORAMA GROUP LLC  All rights reserved. Deasigned by Adama Fofere Namen