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Société - 2 semaines ago

Cameroun > 27ème journée mondiale de l’enseignant: Maurice Kamto interpele les acteurs

Enseignantes, Enseignants,
Mes chers compatriotes,

Depuis 1994, les pays du monde célèbrent, le 5 octobre de chaque année, la Journée mondiale des Enseignants en commémoration de la signature par l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (Unesco) et l’Organisation Internationale du Travail (Oit) de la Recommandation concernant la condition du personnel enseignant de 1966. Cette célébration a donc pour but de sensibiliser les Nations à l’importance de la fonction des enseignants dans une structure sociale et d’examiner la qualité du travail des formateurs de tous les niveaux dans le monde.

Dans notre pays, en lieu et place des discussions constructives autour des principaux sujets qui ont motivé l’institution de cette journée pouvant ainsi permettre d’aboutir sur des recommandations dans le sens de l’amélioration de vos conditions de travail, le régime en place a plutôt orienté les acteurs du système éducatif vers une sorte de célébration festive dans le seul but de vous éloigner de vos revendications fondamentales concernant à la fois vos conditions de travail et la situation générale de notre système éducatif qui se détériore de manière systématique, sous nos regards désenchantés.

Notre système éducatif, comme vous le savez, souffre des orientations inadaptées au contexte d’un monde où la compétitivité intellectuelle prend la dimension d’un instrument d’évaluation de la grandeur des Nations et de la puissance des États. Aussi, en l’état actuel des choses, notre pays ne pourra guère prétendre assurer un meilleur avenir aux prochaines générations alors qu’il a laissé prospérer des défaillances manifestes dans son système éducatif.

Des établissements scolaires et universitaires sont créés un peu partout sans que les efforts de construction des campus adéquats ne suivent. Les ministères du secteur de l’éducation reçoivent chaque année les plus importantes dotations budgétaires de l’État alors que sur le terrain, on ne voit pas grand-chose de ce qui est réalisé avec ces dotations colossales. Nos écoles, nos collèges, nos lycées et nos universités, fonctionnent avec des bâtiments vétustes, inadaptés à un enseignement de qualité.

Par ailleurs, en 39 ans d’exercice du pouvoir, le régime en place a fait de votre corporation une frange des fonctionnaires déconsidérés, en la brimant systématiquement lorsqu’elle formule et revendique ses droits légitimes et en la clochardisant alors qu’on s’attendait à ce qu’elle soit mise dans de meilleures conditions de travail, afin de donner le meilleur d’elle-même pour une éducation d’excellence de la jeunesse camerounaise. Le statut spécial applicable au personnel de l’État du secteur de l’éducation, qui a pourtant fait l’objet d’une loi adoptée à l’Assemblée nationale depuis 2001, n’est pas entièrement appliqué ; alors même qu’il aurait déjà fallu, à ce jour, avancer dans les réformes y relatives pour redonner aux enseignants la place qui est la leur dans notre société.

Les violences physiques et morales en milieu scolaire dont certains enseignants ont été les cibles récemment rarappellent la nécessité de tout mettre en œuvre pour préserver l’intégrité physique et l’autorité de l’enseignant. Bien plus, la situation désespérée que vivent les personnels enseignants dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où une guerre injustifiée continue d’être menée, est, à plus d’un titre, préoccupante. L’État doit se rappeler de son rôle régalien de protéger les populations en général et ses agents en particulier, lesquels sont en outre contraints d’exercer leurs missions dans un contexte de guerre, pris entre deux feux.

En dépit de tout ce qui précède et de ce que cela occasionne comme frustrations qui ont plongé certains d’entre vous dans la misère et le désespoir, vous n’avez perdu ni courage ni espoir, restant fidèles à votre noble mission d’éducateur et de dépositaire de la morale publique. Je vous exhorte à demeurer résilients, à toujours donner le meilleur de vous-mêmes, au seul nom de la République, pour permettre à nos jeunes compatriotes de continuer à garder l’espoir d’un Cameroun meilleur.

C’est l’occasion de rendre un hommage particulier aux enseignants vacataires pour leur dévouement presque sacerdotal au service de cette grande cause qu’est l’éducation, moule de la citoyenneté républicaine, et clef de l’avenir de la prospérité et de la grandeur nationales.
Comme vous le savez, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (Mrc) porte le plus grand intérêt aux questions relatives à l’éducation et à la formation dans notre pays.

La modernisation du système éducatif est le deuxième de cinq grands chantiers prioritaires de son projet de société visant à transformer le Cameroun. Il consiste pour l’essentiel à la mise en place d’un système éducatif qui très tôt éveille les esprits de nos enfants à la connaissance de leur histoire pour mieux forger leur personnalité et une identité nationale et africaine, leur curiosité et leur sens critique, et, ensuite, allie les connaissances techniques, la recherche scientifique, l’innovation technologique, la professionnalisation et la création des richesses.

La mise en œuvre d’un tel chantier exige sans doute l’implication d’un personnel enseignant plus motivé, plus respecté et trouvant une place de choix parmi les priorités nationales. Telle est notre ambition, tant il est vrai que c’est la fondation sans laquelle rien de durable ne peut se bâtir. C’est pourquoi nous comptons sur les acteurs du système éducatif aujourd’hui et demain.

Maurice Kamto

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