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Cameroun > Accès à l’eau potable: Pourquoi le peuple a soif

Le Cameroun se joint au reste de la planète demain, 22 mars 2022, pour la journée mondiale de l’eau. Une commémoration qui tombe à pic au moment où les principales métropoles du pays (Yaoundé et Douala) renouent avec les coupures intempestives d’eau comme c’était le cas dans de nombreux quartiers de la capitale camerounaise le weekend dernier. Or, tout à côté, le choléra rôde. Pendant ce temps, à Dakar au Sénégal, se poursuit le forum mondial de l’eau. Une rencontre qui a lieu tous les trois ans et que les Nations unies veulent le plus grand rassemblement de la planète, des différents acteurs du secteur de l’eau. Il a pour but de trouver des solutions aux enjeux d’eau et d’assainissement à travers le monde, de renforcer l’engagement politique, et d’informer l’opinion publique.

Par panorama
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Une Enquête de Léger NTIGA

Au Cameroun, selon l’Institut national de la statistique (Ins), le taux moyen d’accès à l’eau potable est de 77% en milieu urbain et 45% en milieu rural. Au moment où le ministère de l’Eau et de l’Énergie (Minee) estime la production nationale d’eau potable à 824  456 m3/jour, sur un réseau de 6 875km. Portant le nombre d’abonnés en milieu urbain à 446  976. Tout à côté, l’écrasante majorité de la population trouve le précieux liquide à la source, au puits, dans les forages ou simplement dans les cours d’eau.

Mindjomo, une banlieue nord de Yaoundé, pourtant dans le département de la Lékié. Pour le commun des habitants de la capitale camerounaise, toute cette zone qui va du lieudit Dispensaire Messasi à la limite de Ekabita Mendoum non loin de Nkometou, porte la dénomination de Nyom. Très couru par la jeune et nouvelle aristocratie de Yaoundé, le coin s’enrichit chaque jour un peu plus, de nouvelles habitations. Tous standings confondus, elles vont de la case plein pied, aux bâtiments à étages plus connus sous la dénomination de «R+). A côté des natifs de cette localité, les nouveaux occupants sont pour l’essentiel, des travailleurs et commerçants exerçants à Yaoundé. La vie y est belle. L’herbe généralement fraiche, permet de respirer à poumons écartés. Cependant que l’eau y est rare. Et chaque ménage se débrouille comme il peut.

C’est le cas d’Étienne Ndanga qui y a élu domicile voici un an. Pour son approvisionnement en eau, il a fait aménager un puits que tout son voisinage appelle «forage». D’ailleurs c’est le principal point de ravitaillement de tout le village. Pour certains, il s’agit d’une eau d’usage courant. Pour d’autres, cette eau est propre à la consommation. «Je ne peux me permettre de dire qu’elle est propre à la consommation. Les ingénieurs en charge de l’entretien disent qu’elle mérite un traitement supplémentaire pour être consommée. C’est d’ailleurs ce que je fais faire pour la maisonnée. Mais pour le reste du quartier, j’ai placé ce robinet pour la fourniture du voisinage. Il convient pour chacun de la traiter davantage», explique Étienne Ndanga lorsqu’on lui demande si l’eau issue de son puits est potable.

Capacité de 3000m3

Comme lui, de nombreux autres habitants ici, ont aménagé des points d’eau qu’ils fournissent aux voisins. C’est le cas de Juliette Mangue qui dispose d’un château d’eau d’une capacité de 3000m3. «A notre arrivée dans ce village il y quatre ans, nous n’avions pas de point d’eau. Les enfants allaient tout faire laver dans le cours d’eau en contrebas. C’est alors que mon époux et moi avons pensé qu’il était bon, de faire aménager les puisards qui servaient au stockage de l’eau à l’époque des travaux de construction. Nous les avons transformés en puits équipés de suppresseurs pour monter de l’eau dans le château. Et depuis lors, nous sommes à l’abri des problèmes d’eau. Nous en fournissons au voisinage en conseillant de ne pas boire. Nous préférons recourir aux eaux de table», développe de son côté, Juliette Mangue.

Comme dans cette partie des environs de Yaoundé, les bas-quartiers et la banlieue de la capitale camerounaise souffrent de la question de l’accès à l’eau. Les populations recourent à tout pour accéder à ce liquide vital. Comme c’est le cas au quartier Émana, au Nord de Yaoundé, non loin du Palais de l’Unité qui abrite la présidence de la République. Au fond du lieudit Borne fontaine Émana, en contrebas, se trouve une étrange source. Le cadre est sommairement aménagé à la main par les usagers dont les files d’attente matin et soir, ont fini de pétrir les lieux. L’on va chercher l’eau non pas dans les entrailles de la terre, mais dans une sorte de toiture en terre. Comme s’il y avait eu un éboulement dont le talus en voute laisse échapper des filets d’eau. C’est ici que viennent s’abreuver les populations. «Cette eau est très bonne. En plus de sa fraicheur, elle potable. Elle sort directement des couches argileuses qui la filtrent», commente Gérald Moute, sourire aux lèvres.

«Nous nous battons ainsi depuis que les entreprises ont lancé les travaux de construction de cette bretelle qui conduit au Mont Febe en passant par le lycée d’Emana. Pour les autres besoins en eau, l’on recourt aux différents puits et forages. Mais pour l’eau de consommation, faute de moyens, nous nous contentons de cette source», se laisse aller Matin Sigue. A la question de savoir si les populations ne courent pas le risque de contracter une maladie hydrique en ces heures de choléra, M. Sigue soutient que «l’eau de cette source est saine. Nous la buvons depuis plus de 15 ans personne n’est tombé malade». Et pourtant au cours d’un échange avec l’ingénieur en hydraulique, Pierre Mennang, l’on apprend que «cette eau est douteuse. Il suffit de voir les habitations en amont, pour se rendre compte que la nappe phréatique est souillée. Ce point d’eau mérite des travaux d’aménagement.»

Au moment où l’opérateur public en charge de la fourniture en eau potable dans le pays, Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater), dit avoir réalisé 5000 branchements sur les 6 000 prévus au réseau, deux ans après le lancement dudit projet, soit un taux de réalisation de 83,3%, ses potentiels clients se débrouillent comme ils peuvent à travers le pays pour avoir accès à l’eau.

Approvisionnement à risque

  • Les populations exposées aux maladies hydriques
  • Les conditions d’accès à l’eau favorisent le développement de nombreuses affections et épidémies.

Les moustiques se développent dans les mêmes sources que celles dans lesquelles les humains s’approvisionnent. De même, les recensements réalisés dans différents dispensaires en zones rurales démontrent qu’une majorité des consultations sont dues à des maladies hydriques. Ces maladies hydriques peuvent être classées en deux grandes catégories: les maladies liées aux micro-organismes et produits chimiques et les maladies liées à manque de structures d’assainissement et d’hygiène. Selon le ministère de la Santé publique du Cameroun (Minsante) et l’Organisation mondiale de la santé (Oms), en 2019 le taux de mortalité liée à la mauvaise qualité de l’eau, était estimé à 45,2 décès pour 100 000 habitants.

Dans ces statistiques, il a été démontré que les maladies hydriques touchent plus, les enfants. Au sein de la commune de Guider, qui se situe dans la région Nord du Cameroun, le déficit d’eau potable est à l’origine de 256 cas d’hospitalisation et de 14 décès enregistrés dans les formations sanitaires en 2020. Les enfants de moins de cinq ans représentent 65,23% des cas d’hospitalisation. Aissatou Hamma, une ménagère de ce coin, décrit sa souffrance: «Que faire, sans eau, en cette période, les rivières sont à sec. Nous avons entendu que le chef de l’État va nous doter des forages mais on ne voit rien. Les communes ne font rien et lorsqu’un forage est réalisé, il n’est pas de qualité. Je vous assure que seuls les forages réalisés par le Plan national de développement participatif (Pndp) sont fiables».

Pérennité des ressources

Face cette situation, l’État camerounais, les instances intergouvernementales, des bailleurs de fonds et des organisations non gouvernementales (Ong) se mobilisent pour améliorer l’accès à l’eau potable. C’est ainsi que le Cameroun s’est aligné sur les objectifs des Nations unies. Le pays s’est engagé à intégrer le Plan d’action national de gestion intégrée des ressources en eau (Pangire). Ce plan, mis en valeur par le sommet mondial sur le développement durable qui s’est tenu à Johannesburg en 2002, permet d’améliorer la gestion des ressources en eau tout en préservant l’environnement et en assurant la pérennité des ressources. Depuis lors, le gouvernement camerounais adapte ses stratégies afin de répondre aux objectifs fixés.

A l’heure actuelle, le Pangire s’est adapté à l’Agenda 2030 fixé par l’Onu. Notamment à tout l’objectif N°6: «Garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau». Depuis 2004, la gestion de l’eau au Cameroun est décentralisée, ce sont les communes qui sont chargées de mettre en place les infrastructures nécessaires à la distribution de l’eau pour leurs habitants. Pour autant, les difficultés rencontrées par les services publics comme le manque de moyens financiers, empêchent d’atteindre les objectifs visés. C’est pourquoi des bailleurs de fonds sont mobilisés et mis à contribution.

Alimentation

  • 20 villes bientôt connectées à l’eau potable

Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater) agissant pour le compte du gouvernement camerounais, et l’entreprise indienne Wpil, spécialisée dans la mise en service et l’entretien des systèmes de pompage, viennent de signer un accord.

La Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater), pour le compte du gouvernement camerounais, et l’entreprise indienne Wpil, spécialisée dans la mise en service et l’entretien des systèmes de pompage, viennent de signer un accord de partenariat public-privé (Ppp) pour la construction des centres de production d’eau potable dans 20 villes du pays. Il s’agit de Bafia, Bokito, Mbandjock, Ombessa, Nanga Eboko, Ngoumou et Akonolinga dans la région du Centre; Manjo et Dibombari dans le Littoral; Bambui, Bambili, Nkambé, Bali et Fundong situées dans la région du Nord-ouest; Kumba et Mamfe, deux villes cosmopolites du Sud-ouest; Bana et Bansoa à l’Ouest et Ebolowa, le chef-lieu de la région du Sud.

Ce contrat vise la production en moyenne et au total de 300 000m3 d’eau potable par jour, et porte sur la conception, la réhabilitation et la construction de systèmes d’approvisionnement en cette denrée essentielle. Initié en 2018, il va nécessiter un investissement de près de 34 milliards de Fcfa. Dans sa mise en œuvre, en matière d’hydraulique, le projet bénéficiera de l’expertise de l’entreprise camerounaise Nkah Engineering. Elle sera notamment chargée de la fourniture et l’installation des pompes, la construction des réservoirs de stockage d’eau, la construction et la réhabilitation des systèmes d’approvisionnement en eau potable y compris des stations de traitement.

L’accord qui lie le Cameroun et Wpil rentre dans le cadre du plan directeur d’approvisionnement en eau du pays qui vise l’atteinte d’un taux de desserte de 85% en 2032.

Pour rappel, au Cameroun, la capacité installée de production d’eau est de 731 080 m3 par jour et une capacité totale de stockage d’environ 253 374m3. Dans un contexte où l’Institut national de la statistique (Ins) indique que le taux d’accès à l’eau potable était de 77% en milieu urbain, le Cameroun a entrepris depuis 2019, de mettre en œuvre des projets visant l’amélioration de l’approvisionnement en eau potable en zone urbaine et périurbaine pour atteindre un taux d’accès général de 75% avant la fin de 2022.

Les villes de Dschang, Garoua-Boulai, Garoua, Maroua, Yabassi, Meyomessala, Nkongsamba et Melong ont bénéficié de travaux de production, de transport, et de stockage, qui ont permis de porter à terme le niveau de production nationale en milieu urbain de 692 480m3 par jour à 731 080m3 par jour et celui de la capacité de stockage de 249 884m3 en 2017 à 253 374m3 actuellement.

Une abondante ressource

Malgré l’abondance des ressources, la majorité des habitants n’ont pas facilement accès à une eau propre à la consommation. En 2010, une étude réalisée par Global Water Partnership (Gwp) démontrait que les besoins en eau du Cameroun ne représentaient que 4,14% des ressources en eau disponibles du pays, ce dernier disposant d’importantes réserves. En effet, Gwp a évalué que la pluviométrie variait entre 561,1mm et 9763,9mm par an en fonction des régions. En comparaison, la France connaît une pluviométrie variant entre 500 et 2000mm par an. Par ailleurs, le Cameroun comporte cinq grands bassins et trois grands réservoirs souterrains. Cependant, le rapport démontre une variabilité forte entre les régions.

Les bassins les plus importants semblent être situés au sud, là où la pluviométrie est la plus conséquente. De même, le rapport souligne une variabilité importante causée par une certaine sensibilité aux facteurs externes, notamment ceux du réchauffement climatique. Pour ces raisons, une gestion de l’eau attentive et durable est nécessaire afin de faire face aux besoins du pays et de ses habitants. La répartition des ressources et des infrastructures entraîne d’importantes inégalités entre les zones rurales et urbaines. En zone rurale, seulement 43,5% des habitants ont un accès à l’eau potable, tandis que la majorité restante doit parcourir des trajets parfois longs et périlleux. Pour certains habitants, l’eau des rivières et marigots constitue la seule source d’eau accessible.

Or, pour être potable, ces eaux nécessitent un traitement ou un filtrage qui n’est que rarement réalisé par les consommateurs. Par ailleurs, l’accès aux points d’eau reste une véritable épreuve pour ces habitants puisque les routes empruntées sont très peu entretenues et fortement accidentées. De même, les sources d’eau étant sujette à de fortes variabilités en fonction de l’environnement, il n’est pas rare qu’elles tarissent lors de la saison sèche. Dans ce contexte, il faut compter plus d’une heure par jour chaque jour pour aller s’approvisionner en eau.

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