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Politique - 15 juin 2021

Cameroun > Affaire Joshua Osih: Le Social Democratic Front au bord de l’implosion

Comme il fallait s’y attendre, les membres du Comité exécutif national (Nec) du Social Democratic Front (Sdf), réunis à Yaoundé le 12 juin 2021, ont finalement décidé de maintenir dans les rangs du parti son 1er Vice-Président national, le député Joshua Nambangi Osih.

Ce dernier avait été exclu du SDF par le Comité exécutif régional du Littoral le 21 mars 2021, sur la base de l’article 08(2) des statuts du parti selon lequel :

«est considéré comme auto-exclu, tout militant qui crée son parti politique, adhère à un autre parti, ou qui pose des actes ou fait des déclarations manifestement contraires à la ligne politique du parti.»

Aux sources du conflit

Les camarades de Joshua Osih dans le Littoral lui reprochaient notamment : sa

« gestion calamiteuse de la campagne de l’élection présidentielle de 2018, assortie d’une lettre de félicitations à son adversaire»,

candidat du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (Rdpc), Paul Biya, déclaré vainqueur par le Conseil Constitutionnel,

« alors que le Sdf dénonçait et continue de dénoncer les fraudes massives qui ont émaillé le processus. »

En rappel, Joshua Osih n’était arrivé qu’en 04éme position lors de ce scrutin présidentiel fortement contesté, avec un peu moins de 05% des voix, le plus faible score réalisé par un porte-flambeau du Sdf à une présidentielle en quatre participations.

Les membres du Comité exécutif régional du Sdf Littoral dénonçaient aussi chez le 01er Vice-Président national du parti, sa participation à la cérémonie de prestation de serment du candidat du Rdpc, et surtout sa

« rébellion contre les résolutions du Comité exécutif national du 13 mars 2021,à travers l’organisation d’une campagne médiatique pour démontrer qu’il a eu raison de signer la pétition »

des députés Camerounais, essentiellement membres du parti au pouvoir, rendue publique le 22 févier 2021 et adressée au Président des Etats-Unis Joe Biden.

Cette déclaration des députés Camerounais dénonce une autre pétition envoyée le 17 février 2021 toujours au patron de la Maison Blanche, par 42 membres du Congrès américain, dans laquelle ils demandent à leur Président, de suspendre le processus de rapatriement des Camerounais en situation irrégulière aux Etats-Unis, notamment parce qu’il y a, à leurs yeux des violations des droits de l’homme et la persistance de la crise anglophone au Cameroun entre autres.

Le 13 mars 2021, le Comité exécutif national du Sdf a de manière irréaliste, demandé aux députés du parti signataires de la pétition, à savoir Joshua Osih et 02 autres personnes sur les 05 élus du Sdf à l’Assemblée Nationale, de déployer la même énergie pour convaincre des parlementaires du parti au pouvoir, de signer une autre pétition permettant de faire inscrire la question de la crise anglophone en débat au parlement, ce qui n’a jamais été fait depuis le déclenchement de cette crise en octobre 2016 ; ou dans le cas contraire, de retirer publiquement leurs signatures de la pétition du 22 février 2021.

Or Joshua Osih continue depuis lors à soutenir qu’il a eu raison de signer la pétition querellée, et par conséquent n’envisage en aucun cas de retirer sa signature.
De même, comme il était prévisible, lui et ses autres camarades du parti n’ont pas réussi à convaincre les députés de la majorité, de signer une autre pétition pour faire inscrire un débat sur la crise anglophone à l’Assemblée Nationale.

Ces éléments auraient dû conduire les membres du Comité exécutif national du SDF à prendre rapidement une décision le 08 mai 2021 lors des assises de l’avant dernier Comité exécutif national, allant dans le sens de la confirmation de l’auto-exclusion du 01er Vice-Président national des rangs du parti, comme ce fut par exemple le cas dans le passé, pour Pierre Kwemo, exclu dans un premier temps par le Comité exécutif régional de l’Ouest, alors qu’il occupait le poste de 01er Vice-Président du Sdf.

Mais ce jour là, son cas a été confié pour avis préalable, mais non conforme, à la cellule juridique du parti qui disposait d’un délai de trois semaines pour rendre ses conclusions. Mais déjà pour les observateurs avertis de la scène politique et notamment du Sdf, l’issue du cas d’ «indiscipline » de Osih ne faisait l’objet d’aucun doute.

John Fru Ndi en protecteur de Osih
Il convient de noter que la très grande proximité de ce dernier avec le charismatique et inamovible leader du parti, John Fru Ndi, lui sert de bouclier de protection. On suppose en toute logique sur la base de cette proximité que John Fru Ndi était au préalable informé de tous les actes politiques majeurs, posés ces derniers temps par Joshua Osih.

Le député élu dans la circonscription du Wouri-Centre, a d’ailleurs toujours en vertu de cette proximité, eu à accompagner John Fru Ndi dans de nombreux rendez-vous pour des tractations politiques secrètes ou à découvert au sommet, comme lors de la rencontre avec le très influent Directeur du Cabinet de Paul Biya de l’époque, Martin Belinga Eboutou, pour discuter de l’organisation des élections sénatoriales de 2013, ou encore au cours de la rencontre entre le Président Français d’alors, François Hollande, et certains leaders politiques au Cameroun, le 03 juillet 2015, précisément dans les locaux de l’ambassade de France à Yaoundé.

Après la disparition de Joseph Mbah Ndam, Joshua Osih est probablement l’une des personnalités qui maîtrise le mieux le fonctionnement du Sdf dans ses rapports avec les autres en dehors de John Fru Ndi.
Le Sdf a-t-il renoncé à la lutte pour le changement ?

La dernière décision du Nec fragilise davantage le parti, non seulement parce que cela renforce la thèse selon laquelle il existe un courant pro-régime au sein du parti de la balance avec pour figure de proue, Joshua Osih; mais aussi parce que cette décision est plus qu’embarrassante pour tous les partisans d’une opposition plus incisive de la formation politique vis-à-vis du pouvoir incarné par le Rdpc.

Le 13 mai 2021 réagissant sur sa page facebook à la suite de la dernière décision du Nec, celui qui est encore le patron régional du Sdf–Littoral, le député Jean Michel Nitcheu a écrit :

Éric Boniface Tchoukeu, Journaliste éditorialiste. Chef de Chaîne Radio Siantou. Conseiller Editorial et founding father panorama papers

« Le SDF-Littoral a joué sa partition à savoir appliquer le 8(2) contre un militant qui présente la particularité de nuire considérablement et de façon permanente à l’image du parti. Le Nec en a décidé autrement. Les militants en particulier et le peuple épris de changement vont certainement tirer les conséquences qui s’imposent. La lutte pour un changement véritable dans notre pays continue malgré des vents et marées entretenus par ceux qui trouvent leur compte dans le statu quo au détriment de l’immense majorité des Camerounais.»

Ces mots du député Nitcheu, leader de la fronde interne anti Osih, semble avoir été choisis avec tact et n’invitent pas à l’optimisme s’agissant de l’avenir du Sdf, longtemps principale formation politique de l’opposition; tout au moins sur le plan électoral avec sa ligne politique actuelle dans un pays où le paysage politique a été remodelé ou est en pleine mutation.

Eric Boniface Tchouakeu

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