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Cameroun > Affaire Siewe Wilfried: Le Conseil en appelle à la respectabilité de la justice

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Le cas Siewe Wilfried, cet Allemand d’origine camerounaise n’a pas encore cessé de défrayer la chronique depuis février 2019.

Abasourdi par les péripéties qu’enfante si bien la procédure de l’affaire, le Conseil a tenu à sensibiliser les tribunaux et l’opinion sur l’urgence d’œuvrer pour la respectabilité de la justice camerounaise. Les regards tournés vers le juge d’appel ce jour.
La défense de l’affaire en s’ouvrant à la presse aux fins de sensibilisation de l’opinion « car cela peut arriver à chacun de nous », a tenu à préciser que le président de la Cour a récemment décidé du jugement de l’affaire en session. Le dossier a été appelé pour la première fois, a-t-elle rappelé, le 22 juin et il a été renvoyé au 25, donc ce jour. « Notre problème s’agissant du cas de ce client, Siewe Wilfried, est qu’il s’est retrouvé dans un dossier où il n’a pratiquement aucune attache avec ceux avec qui il est accusé. Il n’est pas du Mrc, ni un Ambazonien, il s’est retrouvé un peu comme un cheveu dans la soupe », s’est émue le Conseil constitué des Maîtres Ambroise Marcel Mong et Henry Kouokam. Ils sont frustrés parce qu’à l’audience on le considère comme un membre du Mrc ou de la cause Ambozonienne. Ils ont tenu à insister qu’on refuse de voir que c’est quelqu’un qui a un statut particulier dont le cas devrait être apprécié de façon séparée. « C’est la difficulté à laquelle nous sommes confrontés dans cette affaire. L’occasion nous est donnée avec votre présence d’essayer de sensibiliser les juridictions et même le Cameroun sur le cas de ce Camerounais qui aujourd’hui a perdu son emploi parce qu’il est ingénieur. Il travaillait à Siemens. Son contrat a été rompu en avril 2020 parce que sa société ne pouvait pas continuer à attendre indéfiniment. C’est depuis février de l’année dernière qu’il a été placé en détention. Aujourd’hui, c’est quelqu’un qui non seulement a perdu son emploi mais il est privé de liberté pour des faits totalement inexistants. C’est pour cela que nous avons attiré l’attention pour que la presse puisse faire écho de ce cas qui extrêmement triste qui n’honore pas notre justice » ont confessé les deux avocats.
Arrêté pour rien
La narration des faits qui ont emmaillé la procédure depuis l’arrestation de leur client est à tout point de vue similaire à ceux rapportés par Franz Kafka dans son roman le Procès. La seule différence qu’ici Joseph K. le héros est un personnage fictif alors que Wilfried Siwe est bien vivant, en chair et en os. La bizarrerie de son affaire commence par les mobiles de son arrestation. Dans le roman on apprend que Joseph K ; fut arrêté un matin alors qu’il n’avait rien fait. En ce qui concerne Siewe, son avocat est prolixe. Mr Siewe Wilfried a été interpellé le 18 février 2019. Il est un Allemand d’origine camerounaise. Il est venu passer ses congés au Cameroun avec sa femme et ses deux enfants. Ce jour-là précisément, il devrait rentrer en Allemagne, mais dans la journée, il s’est employé à faire certaines photos pour immortaliser leur voyage. Il a ainsi filmé la Cathédrale de Yaoundé, la Poste centrale, et il est monté au niveau du Palais de justice où il a commencé à filmer. Malheureusement pour lui, le même jour passait en audience l’affaire de Mr Kamto. Quand les policiers l’ont vu en train de filmer le Palais de justice, ils l’ont interpellé et lui ont demandé de remettre son appareil photo et il s’est exécuté. Ils lui ont demandé de détruire les photos qu’il a eues à faire.
Un jeu de malchance ou les errements de notre justice ?
Par la suite, en consultant l’appareil, les policiers ont vu les images de la manifestation qui s’était passée en Allemagne. Ils l’ont immédiatement indexé comme faisant partie de ceux qui à l’extérieur du Cameroun s’agitent autour des problèmes que connaissent le pays. C’est ainsi que Mr Siewe a été interpellé et conduit dans un premier temps au Gmi et c’est tard dans la soirée qu’on va le conduire à la police judiciaire où il sera gardé à vue pendant un certain nombre de jours avant d’être finalement déféré au tribunal militaire. Les avocats poursuivent en précisant que là, il a été placé en détention provisoire, et le dossier a été quotté à un juge d’instruction. Ce dernier a mené son instruction, au terme de laquelle il a rendu une ordonnance de renvoi devant le tribunal militaire. Mais heureusement pour Mr Siewe, avant même la date de la première audience, est intervenue l’arrêt des poursuites relativement à ceux-là qui étaient poursuivis dans le cadre de l’affaire Mrc. Mr Siewe a donc pu bénéficier de cet arrêt de poursuite. Mais comme c’est quelqu’un qui dans cette affaire a vraiment joué de malchance, reconnaissent les avocats, avant que n’intervenait l’arrêt des poursuites, il y a eu le soulèvement à Kondengui. Lors de ce soulèvement, avoue Ambroise Marcel Mong, l’un des deux avocats, j’ai eu à le rencontrer et de l’interroger. Il m’a dit qu’à un moment, il est sorti pour voir ce qui se passait, et qu’il n’a jamais pris part à ce soulèvement. « Surtout que contrairement à ce que certains ont pensé, Mr Siewe n’est pas militant du Mrc. Il n’était pas non plus avec les Ambazoniens. Il s’est retrouvé dans cette histoire un peu comme un cheveu dans la soupe. Curieusement donc, aux termes des enquêtes qui ont été menées, on l’a pris et il s’est retrouvé dans le lot de ceux qui étaient supposés avoir manifesté au niveau de la prison. C’est ainsi que Mr Siewe est déféré au niveau du tribunal à Ekounou », argumentent les avocats de la défense.
Jugé et condamné sans être entendu
A la première audience, Mr Siewe a sollicité le renvoi pour qu’il puisse préparer sa défense. L’audience été renvoyée mais à l’audience de renvoi, Mr Siewe n’a pas été extrait. On a jugé les autres et lui alors qu’il n’était pas là. L’affaire a été mise en délibérée quand bien même Mr Siewe n’avait pas été entendu. « Nous ses conseils, nous avons formulé une demande de rabattement du délibéré. On a vu le président du tribunal qui a appelé le juge en charge du dossier et lui a remis cette demande de rabattement du délibéré en lui demandant de laisser la possibilité à Siewe de s’expliquer pour que ses Conseils puissent effectivement assurer sa défense. Mais fort curieusement, le juge est passé outre », précisent avec amertume les deux hommes. Le juge n’a jamais voulu rabattre le délibéré, et le juge a condamné Siewe sévèrement parce qu’il est de ceux-là qui ont eu les plus lourdes peines. Il a eu 3 ans d’emprisonnement fermes. Le juge a eu le toupet de marquer dans sa décision que Siewe a été entendu pendant les débats alors qu’il n’était pas présent lors des débats, se désole un autre. « Nous avons donc relevé appel de cette décision et aujourd’hui, la cause est au niveau de la Cour d’Appel », clament-ils en chœur. Rendez-vous est pris pour ce matin.
Léopold DASSI NDJIDJOU


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