LA UNE Opinion Politique panorama 11 novembre 2020 (0) (135)

Cameroun > Agrégés désagrégés: Noyés et déroutés par l’huile de la sardine du Rdpc

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L’expérience des années antérieures matérialise, au premier abord, l’implication des universitaires dans le champ politique et, partant, dans le système gouvernant en place.

Intégrés dans l’arène politique et dans le kaléidoscope gouvernemental pour produire des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être, des universitaires se muent en intellectuels organiques. C’est une catégorie d’intellectuels offrant ses cognitions à la classe gouvernante et tirant, en substance, des dividendes de cette besogne. Mais au lieu que ce labeur, a priori, intéressant serve les intérêts du régime en place et puisse permettre à la société camerounaise de sortir de la nasse du sous-développement, ces intellectuels organiques sont cooptés et inféodés dans le gouvernement.

Alors que le peuple de pauvres s’attend à ce que les intellectuels jouent un rôle fondamental dans la lutte contre la récession économique, la paupérisation ambiante et le sous-développement, ils deviennent, tout juste, des faire-valoir, des valets et des laquais politiques au service du parti au pouvoir et de la classe gouvernante au mépris des préoccupations, des aspirations et des desiderata populaires. A quoi ont servi finalement, et ce depuis des décennies, les scribes et les intellectuels organiques quand on sait que le Cameroun croupit toujours dans le creuset du mal développement et à véritablement du mal à s’en départir? Sans prétention à l’exhaustivité, nous savons que bien d’universitaires ont été cooptés et nommés à des positions de pouvoir, d’autorité et d’influence dans la classe dirigeante.

Mais qu’ont-ils fait substantiellement pour développer le pays de Achille Mbembé? Rien! Qu’ont-ils fait pour épargner le système en place des scories et des tares sociétales, telles que la mal gouvernance, la corruption, la concussion, la prévarication, la collusion, le népotisme, le favoritisme, l’irrédentisme,le clientélisme, le sectarisme, etc.?A chacun(e) d’y répondre! Ils sont donc nombreux, ceux qui ont été nommés à plusieurs reprises par le Prince du Renouveau, mais qui ont été, hélas, contraints au mutisme et pervertis, in fine, par le macro système maffieux extro-déterminé à partir des trajectoires exogènes de développement occidental. Georges Ngango, Stanilas et Thomas Melonè, Joseph Owona, Gotlieb Lobè Monekosso, Augustin Kontchou Kouomegni, Maurice Kamto, Hubert Mono Ndjana, Ebenezer Njoh Mouellé, Jacques Fame Ndongo, Adamu Ndam Njoya, Gervais Mendo Zé, Elvis Ngollè Ngwesse, Lisette Elomo Ntonga, Jean-Emmanuel Pondi, Richard Laurent Ongbwa, Valentin Nga Ndongo, Luc Sindjoun, Joseph-Vincent Ntuda Ebodé, Narcisse Mouellé Kombi, Pierre Moukoko Mbonjo, Touna Mama, Fabien Nkot, Seraphin Magloire Fouda, Roger Tsafack Nanfosso, Marie-Thérèse Abena Obama, Dorothee Njeuma, Jean Tabi Manga, Bruno Bekolo Ebe, Daniel Abwa, Adolphe Minkoa She, James Mouangue Kobila, Samy Beban Chumbow, Jérôme Anvam Zollo, Maurice Aurelien Sosso, André Tsalla Messi, Marcelin Nguélé Abada, André Mvesso, Norbert Ndong, Rachel Bidja Ava, André Marie Ntsobe, Aboya Manasse Endong, Magloire Ondoa sont, entre autres, des universitaires devenus intellectuels organiques, mais dont le substrat scientifique a été, malheureusement et malencontreusement, capté au service d’un régime ayant appauvri les masses populaires.

Au demeurant, ces universitaires, au départ, savants se sont tous mués en politiques et sont, contre toute attente, pervertis. D’où le problème crucial de l’enrôlement de l’élite intellectuelle par le politique, qui tient en respect et qui confine des universitaires au silence. A preuve, dès que tout universitaire est intégré au gouvernement, il cesse de pérorer, de discuter et de débattre dans l’agora. Ils sont astreints à la discrétion et à la circonspection. Voilà donc des intellectuels organiques qui sont, depuis des lustres, des scribes et des conseillers du Prince, mais dont le peuple n’a, jusqu’à l’heure actuelle, escompté les fruits et les produits en terme de satisfecit général.

Fort au contraire, le peuple s’enlise dans un misérabilisme ambiant, dans une paupérisation outrecuidante et dans une crise chancelante. A quoi nous servent donc ces intellectuels organiques qui pullulent dans la nasse gouvernante? Alors que le chantre du système sollicite et recrute davantage les universitaires se muant, ipso facto, en intellectuels organiques, le Cameroun s’empêtre, paradoxalement, dans le mal développement. Et si le Cameroun refusait le développement! Pour reprendre le titre de l’ouvrage à polémique de Axelle Kabou: “Et si l’Afrique refusait le développement!”

Agrégés désagrégés, auteurs des motions de soutien, des appels à soutenir la candidature du Prince,...

Dans cette sépulture des intellectuels organiques, il apparaît, honteusement et tristement, des fabricants de motions de soutien, d’appels au soutien à la candidature de Paul Biya à l’élection présidentielle de 2004 et 2011. Il y a même des intellectuels organiques qui signent des pactes pour le soutien au régime en place, qui font des déclarations de courtisans pour plaire et cirer les pompes au Maître suprême, qui organisent des marches de soutien sur les artères des villes camerounaises, qui vont même jusqu’à faire un serment d’honneur, de déférence et de fidélité au Chef de l’État. Vraiment! Vraiment! Est-ce le rôle de l’intellectuel dans une société donnée? Que nenni! Chaque fois que l’échéance électorale présidentielle est imminente, des intellectuels organiques s’investissent, tous azimuts, à appeler le peuple à voter pour Paul Biya. Des actions éhontées qui s’inscrivent, sans conteste, dans la dynamique de courtisanerie, dont l’enjeu est d’œuvrer, sans vergogne et sans scrupule, pour la pérennisation et l’éternisation du Nnom Ngui au pouvoir. Pourtant le Chef central a, depuis 33ans, subi l’usure du temps, tellement le pouvoir l’a usé. Probablement, cette classe d’intellectuels organiques l’inclinera, une fois de trop, à se présenter, à nouveau, à l’élection présidentielle de 2018, maîtrisant la mentalité rétrograde et réfractaire de ses aînés académiques ayant failli, hélas, maintes fois. A quand le sursaut d’orgueil des intellectuels organiques suggérant au Prince de quitter le navire présidentiel? A quand le baroud d’honneur des intellectuels organiques conseillant au successeur constitutionnel d’Amadou Ahidjo de lâcher du lest, de lâcher prise et de préparer, sereinement, sérieusement et rationnellement, le scénario de la transition en 2018? C’est maintenant en 2015, en terme prévisionniste, que vous devriez le faire. Au lieu de passer le plus clair de votre temps à cirer ses pompes et à l’affubler de dithyrambes à temps et à contre-temps. A 83 ans sonnés, 59 ans de haute administration, 33 ans au pouvoir, ça use M. le Président! A l’école primaire, nous chantions: “3km à pieds, ça use, ça use, 3km à pieds, ça use les souliers!” Par assimilation métaphorique, nous disons: “33 ans au pouvoir, ça use, ça use, 33 ans au pouvoir, ça use l’homme au pouvoir!

Agrégés désagrégés gestionnaires des sociétés étatiques et para étatiques, des sociétés de droit d’auteur et des comités de normalisation

Disposant la sapiens et étant alors homo sapiens, certains intellectuels organiques ont, dans le même sillage, été cooptés et nommés à de hautes fonctions de décisions aussi bien dans des entreprises étatiques, para étatiques, dans des universités d’État que dans des sociétés de gestion collective de droit d’auteur et des comités de normalisation. Parmi les enseignants de rang magistral ayant été érigés comme Directeur général, mais ayant failli à cause de la neo patrimonialisation de la fortune publique, figurent, entre autres, Gervais Mendo Zé, ancien Directeur général de la Crtv, écroué à la prison centrale de Yaoundé à cause des frasques managériales.Jean Tabi Manga et Bruno Bekolo Ebe, respectivement Recteurs des Universités de Yaoundé II-Soa et Douala, ont, tous les deux, commis des fautes de gestion bien qu’étant en liberté. Pourtant, leur congénère, dont mention vient d’être faite, à été inculpé le 12 novembre 2014 au Tribunal criminel spécial (Tcs) et écroué à Kodengui.

De plus, il y a des universitaires de haute facture, brillants dispensateurs des cours dans des amphis et salles de cours, mais qui, après avoir tenu les rênes de la Commission permanente de médiation et de contrôle (Cpmc) d’une société de droit d’auteur, se sont enlisés et ont été coupables d’une gestion calamiteuse et foireuse. A la Cpmc de la Socam (Société civile camerounaise de l’art musical), ont, tour à tour, défilé Magloire Ondoa à l’époque où Sam Mbende fut Président du Conseil d’administration de la Cameroon music corporation (Cmc) et Adolphe Minkoa She, à la période où Odile Ngaska fut Pca de la Socam. Ces arcanes du droit d’auteur sont aussi des cimetières des intellectuels organiques. Aujourd’hui, c’est Joseph Owona, le Président du comité de normalisation de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), qui est au banc des accusés tant il s’est perverti et est couvert d’opprobre et de discrédit. L’instance faîtière du football camerounais n’est pas encore sortie de l’ornière des dysfonctionnements, signe de l’ancrage de la mafia dans le sport-roi. Le Juriste Constitutionnaliste de haut vol aura beau faire prévaloir la sapientia, mais il s’est noyé et s’est ridiculisé dans la tour scabreuse de Tsinga. L’argent a-t-il sapé le moral et la morale de l’homme de Droit? Question à un radis!

Serge Aimé Bikoi, Journaliste Editorialiste, Rédacteur en chef panorama papers. Sociologue du développement.

Voilà donc des intellectuels organiques pensant donc sortir ces instances décisionnelles de l’hydre des pathologies sociales, mais qui, vraisemblablement, ont, eux aussi, été happés par les serres des maux ayant miné et englouti ces structures. Si ces aînés académiques ne sont plus des vitrines sociales, nous qui appartenons à la Jeunesse universitaire iconoclaste, ne nous décourageons guère tant certains nous font toujours rêver. Sans faire des jaloux, Achille Mbembe, Historien et Politologue; Ambroise Kom, Littéraire; Fabien Kangue Ewane, Historien; sont, restent et demeurent respectables dans le giron scientifique. Certains précurseurs, aujourd’hui dans l’au-delà, sont aussi, dans la même veine, nos inspirateurs et nos modèles de référence parce que ayant nourri, pendant leur vivant, l’espace public d’une pensée épistémique. Jean-Marc Ela, Sociologue; Abel Eyinga, Historien; Mongo Beti, Littéraire, forment le triangle des intellectuels sérieux à suivre à tout prix pour un changement radical de la société camerounaise contemporaine!
Serge-Aimé Bikoi, Journaliste et Sociologue du développement.


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