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Cameroun > Alternance: Le cauchemar de l’impasse

La question ubuesque sur l’identité du remplaçant de Paul Biya revient une fois de plus au-devant de la scène, portant un coup sérieux sur l’affirmation affichée du fonctionnement démocratique des institutions politiques.

Par panorama
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Par Léopold DASSI NDJIDJOU  

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Qui succèdera à Paul Biya ? » La question en elle-même est vide de sens dans un régime démocratique, dans un Etat de droit, car la loi est là pour éclairer la lanterne de tous sur la question. Paul Biya lui-même, en répondant à une question de journaliste, n’avait-il pas indiqué qu’un dauphin au sein de l’appareillage reviendrait à remettre en cause la place du souverain qu’est le peuple camerounais, à qui seul revient le droit de choisir à qui confier sa destinée au travers des élections ?  Si la préoccupation revient tout de même, c’est précisément qu’au niveau de la pratique politique, du management institutionnel, il y aurait de toute évidence une contorsion voulue pour vider la lettre de la loi de toute sa substance, de tout son esprit.

C’est cet antagonisme entre la prescription légale, l’esprit des textes et leur dimension praxéologique biaisée qui suscite vraisemblablement tant d’inquiétudes, de plaintes et de soucis. Pour être explicite sur la question au niveau institutionnel, la constitution camerounaise du 18 janvier 1996 en son article 6, alinéa 4(a) dit expressément que « en cas de vacance de la présidence de la République pour cause de décès, de démission ou d’empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel, l’intérim du président de la République est exercé de plein droit, jusqu’à l’élection du nouveau président de la République, par le président du Sénat. Et si ce dernier est, à son tour empêché, par son suppléant suivant l’ordre de préséance du Sénat ». Tout est y dit pour fixer tout le monde à tout au moins au niveau institutionnel sur la question de l’intérimaire présidentielle. Mais là encore, l’actualité politique dans d’autres pays africains francophones ne serait pas étrangère sur le questionnement récurrent sur l’identité du successeur de Paul Biya. Cette actualité-là, est faite de violations flagrantes et de contorsions au grand dam des prescriptions constitutionnelles sur la question de l’intérim présidentiel.

A la mort du Maréchal du Tchad Idriss Deby Itno, le président de l’Assemblée nationale a tout simplement pondu un communiqué pour exprimer son indisponibilité d’assumer l’intérim, laissant de ce fait un large couloir à l’exercice d’un pourvoir de fait. Avait-il été contraint de le faire ? Personne ne l’a dit jusqu’à nos jours. Il en avait été de même au Togo, où à la constatation du décès de Gnassingbé Eyadema dans l’avion au cours d’un voyage, le président de l’Assemblée nationale qui était supposé assumer l’intérim, fut bloqué à l’extérieur du pays, à cause de la fermeture des frontières, suite au décès du numéro un togolais.

L’Armée fit rapidement allégeance à son fils Faure Eyadema et le tour était joué. Au Gabon, après le décès d’Omar Bongo Ondimba, son fils Ali Bongo, ministre de la Défense à l’époque, décréta la fermeture des frontières, avant d’être rappelé à l’ordre pour laisser à Rose Francine Rogombe, la présidente du Sénat, d’assumer les responsabilités d’intérim présidentielles. Dans un tel contexte où on assiste à une appétence généralisée de damer le pion aux présidents par intérim constitutionnellement désignés, le cas camerounais préoccupe quand on sait que la présidence de la deuxième institution du pays, qui est pressentie de jure, est occupée par une personnalité dont le débat sur sa forme physique fait furax.

Cet aspect dubitatif des choses peut à lui seul nourrir tous les fantasmes sur une éventuelle capacité quand bien même on le voit remplir sans faille ses missions au sein du Sénat. Tout de même, ce peut être du pain béni pour tous les violeurs de la loi, tous les entrepreneurs de la violence et tous les autres assoiffés pour se mettre en scène. C’est dire que cette tendance à ravir le pouvoir intérimaire aux légataires constitutionnels, préoccupe et entretient la psychose au sein de l’opinion en cas de vacance du pouvoir.

Le Rdpc, la matrice du pouvoir en situation

Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) est un parti politique né au pouvoir en 1985 à Bamenda. Il est vu le jour pour permettre au chantre du Renouveau, d’implémenter sa politique. C’est dire donc que contrairement à ce qui a cours dans d’autres partis politiques où les camarades décident de choisir de mettre en avant un champion pour la conquête du pouvoir, Paul Biya est déjà au pouvoir quand il décide de transformer l’Union nationale camerounaise (Unc) d’Amadou Ahidjo en Rdpc. De ce fait, cette famille politique qui est aux affaires depuis sa création, est un parti de pouvoir. Ses textes font du président de la République qui est par ailleurs son président national, le candidat naturel à l’élection présidentielle. Une autre vérité selon laquelle tant que Paul Biya est président de la République, le Rdpc dans sa configuration actuelle n’a d’autre choix que de l’accompagner dans l’exercice du pouvoir.

C’est pourquoi en 2018, alors qu’il prenait son temps pour se prononcer sur sa candidature, on a vu Pascal Charles Messanga Nyamding annoncer qu’il serait partant mais à la seule condition que Paul Biya ne se présente pas. Déjà, alors que 2025 est encore à venir, en entend des voix qui s’élèvent des rangs de ce parti pour demander à celui qui aura alors 92 ans de se lancer dans la quête d’un autre bail de 7 ans. Cette sollicitation vient, faut-il se le rappler, des femmes et des hommes intellectuellement et politiquement construits, au point où on s’interroge si c’est une malédiction au sein de ce parti d’avoir ou d’afficher des ambitions présidentielles.

Cette situation est amplifiée par le leadership au sein du parti. Paul Biya est le lien, la figure tutélaire qui fait ce parti, au point où tous se demandent ce qu’il adviendra de cette puissante mécanique de conservation de pouvoir s’il n’était plus là. C’est précisément cette éventualité qui suscite le débat et créé la psychose au sein de l’opinion. Un éventuel départ du président national dans ce contexte frappe l’opinion tel un uppercut. En réalité, il est le baobab et sous lui, l’herbe et les arbustes se satisfassent de leur état, conscients depuis des lustres, dirait-on, qu’ils ne peuvent rien ou qu’ils ne peuvent exister sans lui. Un dignitaire du parti ne le traduisait-il pas si bien, en confiant qu’ils sont les créatures de Paul Biya ? On peut en rire ou pleurer, mais Jacques Fame Ndongo avait eu la lucidité de dire les choses telles qu’elles sont.

La psychose viendrait donc du vide incommensurable que ce géant pourrait laisser au sein de sa famille politique, sans second connu, lui l’alpha et l’oméga de sein de son parti. On craint que ce pourrait être un gros trou d’air dans lequel s’engouffreraient tous les déçus silencieux du système qui avalent les couleuvres en attendant l’heure où ils prendraient leur revanche sur l’histoire et les institutions. En cela le Cameroun est une curiosité si on établit un parallélisme avec les autres partis politiques de pouvoir au sein de la sous-région, des pays où le président de la République et son parti politique quasi écrasant sont au cœur du système. Des partis politiques démocratiques qui ont réussi le tour de passe-passe de confisquer ou d’embrigader le chef de l’Etat, au point où ses opposants passent pour des antirépublicains. Il est clair que les rapports entre le président du parti et le président de la République sont si incestueux, que ce dernier se retrouve souvent englué dans des débats de bas étage tout simplement parce qu’il arbore sans scrupules et ostensiblement une coloration politique partisane alors que la fonction présidentielle lui commande de demeurer au-dessus de la mêlée. Mais là n’est pas l’essentiel de la difficulté. C’est le vide autour du président du parti. Au Gabon, alors qu’Omar Bongo préparait la relève, dans un système pourtant démocratique, il réussit à mettre le pied de son fils à l’étrier en le hissant au stratégique poste ministériel de la Défense et surtout à la vice-présidence du Parti démocratique gabonais (Pdg). Bongo parti, la suite est connue avec les fortunes et infortunes diverses.

En Guinée Equatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a au sein du Parti démocratique de Guinée Equatoriale (Pdge), mis tout le mécanisme en place pour que son fils Teodoro Obiang Mangue, alias Teodorin, le remplace à la magistrature suprême. Il occupe les prestigieuses fonctions de vice-présidents au sein du Pdge et de la présidence de République. Si une frange de l’opinion est foncièrement opposée à cette pratique de dévolution filiale du pouvoir au sein de la République, on a déjà la visibilité à tout au moins de ce qui se passerait en cas de pépins.

Léopold Dassi, journaliste – DR

Au Cameroun, c’est le black-out total au sein du parti présidentiel où seul Biya tient les agendas. De ce fait, son départ un jour pourrait être comparé à un Big bang au sein au sein du Rdpc où chaque dignitaire se verrait pousser les ailes de leader. Bien entendu, ce capharnaüm n’épargnerait pas le sommet et la solidité de l’Etat, à moins que… 

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