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Afrique - 17 mars 2021

Cameroun > Alternance politique: Ces moments difficiles d’enfantement

Le théâtre ivoirien avec le départ subit d’Ahmed Bakayoko  de la scène rappelle combien le vent du changement du détenteur du pouvoir d’État en Afrique peut être délicat.

En politique, le concept de fulgurance a une profondeur et une dimension avérées. La fulgurance ici est expressive de l’éclat, de la rapidité dans le temps, de la violation des étapes dans l’accomplissement d’un destin politique. On parle volontiers du feu de paille politique, des hommes politiques champignons qui croissent avec une telle vitesse qu’ils charrient dans leur course effrénée vers les cimes, les dimensions éthérées du pouvoir, une masse critique de de sympathie autour de leur ascension éphémère.

Ahmed Bakayoko, fait partie de ceux-là, un self made man intellectuel qui a su engranger dans le sérail ivoirien, une convergence de son acceptation et de sa perception comme un homme d’État, une alternance crédible pour assurer le remplacement d’Allasane Ouattara (Ado). La suite est connue, la fulgurance d’un cancer du foi, apprend-on du pouvoir ivoirien, l’a fauché en plein envol. Il n’est pas seul  au chapitre de ce triste sort, car son devancier Hamadou Gon Koulibaly a sombré à quelques heures de la certitude de son entrée au palais présidentiel, tombé précisément dans ce même palais alors où Ado et les siens, visiblement travaillaient à ce qu’il prenne les reines du pouvoir! Vous avez dit fulgurance? Comme Hamed Bakayoko (Hambak), il a rendu l’âme loin des siens, comme par enchantement.

Paul Biya, l’homme politique des trois temps.

Lors de la campagne présidentielle de 2018, Luc Sindjoun (Sinluc) du sommet se son art a théorisé le concept selon lequel Paul Biya, etait à la fois un homme du passé, du présent et de l’avenir! Les esprits simples s’étaient du coup déchaînés contre lui, parce qu’il avait dit que Paul Biya etait entré dans l’histoire. Le professeur de sciences politiques était pourtant allé plus loin en disant qu’il etait un homme de l’avenir. Ses détracteurs dans son propre camp avaient-ils compris que Sinluc  élevait tout simplement Paul Biya au rang des divinités ?

Lui qui est dans le passé,  le présent et le futur en même temps! En clair il laissait comprendre que le pouvoir de Paul Biya est éternel comme celui des divinités ! Possible ? Voyons ! C’est dire que c’est lui qui décidera qui aura le privilège de s’asseoir sur son fauteuil après lui. Autant affirmer que Sinluc prêchait aux Camerounais que son pouvoir n’aura pas de fin. La grosse question est de savoir si la pérennisation de ce pouvoir se fera à travers la consanguinité ou à travers le discipolat. C’est à ce niveau, avec le renouvellement lancé des organes du Rdpc, certainement de la base jusqu’à sommet, qu’on commencera à épiloguer sur quelque réflexion.

On comprendra dès lors que le tocsin d’un temps a sonné et que les gamètes mâles sont en course pour féconder le temps présent.  Dans cette course folle, les stratégies éphémères s’écrouleront  pour céder la place à l’affermissement d’un pouvoir incarné dans le temps présent. On pourrait découvrir des Hambak, des Gon Koulibaly, s’écrouler au micron de leur destin présidentiel. En ce moment-là, ce pourrait-il en interne être un péché véniel d’entretenir une ambition de s’installer au trône du père. Dans un tel contexte, seul un ou deux partis politiques pourraient s’opposer à un tel mode de dévolution du pouvoir, déconnecté probablement de l’ordonnancement des lois républicaines. On a vu cela au Gabon, avec le duel épique, mortel entre Ali Bongo et André Mba Obame.

Ce dernier qui réclamait toujours sa victoire a rendu l’âme ici à Yaoundé, dans l’indifférence totale même si quelques échauffourées contenues ont été enregistrées dans les grands villes gabonaises à l’époque. Au Togo, un autre homme des trois temps à l’exemple d’Omar Bongo Ondimba, Gnassingbé Eyadema a cédé son fauteuil à son fils Faure Gnassingbé, par le truchement de l’armée. Un autre homme d’État, Adoulaye Wade, tenté par les deux premières expériences, n’a pas réussi à installer son fils Karim aux commandes, le peuple sénégalais s’étant rebellé d’une telle pratique. La fulgurance pour une fois venait du peuple qui se réveillait soudainement. C’est enfin le Rdpc qui permettra de connaître pour une fois, les véritables intentions de Paul Biya. Du retour des rapports du terrain, Jean Nkuete déposera sur le premier bureau du pays, la somme des desiderata qui montent du terrain, comme un bon ou un mauvais parfum! C’est selon!

Au Sdf, le fiel amer servi à John Fru Ndi avant la crucifixion.

Au sein du Sdf, l’alternance est sur le point de s’imposer. C’est le Chairman qui a jeté au feu l’encens qui appelle les esprits d’une ère nouvelle.  Le voulait-il vraiment quand il déclarait le 11 février dernier  devant la presse qu’il ne se représentera plus jamais à une élection présidentielle ? Certainement car à la réalité du terrain, c’est Joshua Osih qui a porté l’étendard du parti à la dernière élection présidentielle. Mais au niveau de la base, ça gronde et telle une cocotte minute, tout risque de sauter à tout moment. Le score du député Sdf du Wouri centre, a placé le Sdf au 4ème rang sur le podium des récompenses. Aucune médaille. Scandale! Pour l’heure, la confrontation est ouverte entre Jean Michel Nintcheu et Joshua Osih.

Le Chairman, tel un oiseau emporté par un vent violent ne sait plus quoi faire de ses ailes. Il suit le mouvement. La chose a été si visible et réelle qu’au cours de la dernière réunion au sommet du Comité national exécutif (Nec), Osih a essuyé un cinglant désaveu et ceci en l’absence de son challenger pour cause de maladie. Le Nec a demandé à Joshua Osih d’écrire avec ses amis du Rdpc une lettre à Paul Biya pour lui demander d’inscrire la crise anglophone à l’ordre du jour des débats à l’hémicycle. Possible? Difficile de le dire! En réalité, on demande à Osih de se renier publiquement.

Toute cette dynamique de contestations du leadership du vice-président entre en droite ligne dans les stratégies de sucession au fauteuil du promoteur de “Suffer don finished”.  Au moment de passer la main, voici deux princes pour un fauteuil qui se lèvent. Fru Ndi, pour l’heure est l’homme le plus troublé de la classe politique car il risque de vivre l’avènement d’un successeur pour sa propre déconstruction. Il joue serré désormais, déterminé à laisser à chacun de ses deux fils d’assumer son destin politique contre vents et marées. Tout indique que le fondateur du Sdf a déjà fait sa religion sur son incapacité de dicter un successeur aux autres membres du Nec.

Le casse-tête Maurice Kamto

C’est lui le chaînon manquant pour faire la boucle d’une alternance préparée et organisée. Depuis la dernière élection présidentielle, dont il  réclame encore et toujours la victoire, le régime n’a jamais été aussi mis à rude épreuve. Depuis le 8 octobre 2018 où il avait annoncé avoir gagné l’élection, en passant par l’épique contentieux postelectorale, la prison et autres, Maurice Kamto s’affine qu’on le veuille ou pas comme comme une alternative. Paul Biya le sait mieux que quiconque et travaille désormais à marquer son challenger à la culotte. Ses proches collaborateurs sont aujourd’hui au gnouf.

A l’exercice du terrain, le chef de l’État aurait compris que ce parti transcende beaucoup d’amalgames qui en d’autres circonstances ont enseveli des formations politiques s’inscrivant dans la même posture. L’autre point d’incertitude avec ce parti est sa capacité de mobilisation.

Journaliste Editorialiste, Panorama papers.

Il n’est pas représenté dans les institutions républicaines mais pourrait causer le plus grand tort à la stratégie rdpéciste de sucession. L’autre variable inconnu du pouvoir dans le projet d’alternance est la résolution de la crise anglophone. Un candidat imposé pourrait rapidement étendre les frontières du séparatisme contre l’État. C’est un point que les pouvoirs publics devraient considérer.

Ce qui monte du terrain vers Etoudi est visiblement en rupture avec la réalité. Mais qui mieux que Paul Biya connaît son pays? Au regard de ce qui se passe, une nouvelle configuration des aires culturelles du pays pourrait être de ce fait un point d’achoppement. Le numéro un camerounais manœuvre comme en terrain miné convaincu que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. En réalité, un mauvais casting du patron du Rdpc pourrait converger la masse des déçus dans les bras du Mrc et de Maurice Kamto, ce qui ne serait pas pour  arranger les prévisions discrétionnaires du régime au fauteuil du N’nom Ngui. Ainsi,en 2025 ou avant, si le chef de l’État décide de se retirer, le match sera serré entre les partisans du Rdpc et du Mrc.

Léopold DASSI NDJIDJOU

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