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Politique - 8 novembre 2021

Cameroun > An 39 du Renouveau: Une démocratie pavlovienne

Au bout de 40 ans d’exercice de pouvoir, le stratège Paul Biya a misé au bout du compte sur une mécanique huilée de conditionnements sociaux.

Le chef de l’État camerounais a savamment, méticuleusement construit une technostructure pour la gestion optimale des Camerounais dans leurs diversités et contrariétés, dans leurs complexités et oppositions en tous genres. Qu’il soit permis de mesurer la dimension de la difficulté à manager sans encombres majeures les manettes de l’embarcation Cameroun, dans ce soupir de l’homme du 6 novembre à Lyon en France au mois d’octobre 2019: « mon pays est très compliqué ! » Et c’est précisément, dira-t-on, cette complexité le levier qui fait que « le Cameroun soit le Cameroun ».

Sur ce fondement, Paul Biya a construit un appareillage unique qui peut tenir le navire Cameroun en mode automatique pendant longtemps. Ici, les grands corps de l’État, les groupes de pressions, les organisations de la société civile, la presse, les partis politiques entre autres, sont mus par des boutons stratégiques placés sur le bureau présidentiel. Pour que cette mécanique fonctionne à l’optimum de son efficacité, il a de toute évidence fallu un conditionnement global de ces grands segments de la société pour desceller la thérapie adéquate en cas de tout dysfonctionnement ou de tout trouble.

C’est la crise ou le conflit anglophone qui est venu donner un coup violent dans cette fourmilière de certitudes. Bon an, mal an, le régime du Renouveau est à coup sûr au laboratoire pour trouver un antidote définitif à toute éventualité de séparatisme au Cameroun. Ce qui ne signifie pas forcément qu’il est en train de rechercher les solutions adéquates et appropriées mais surtout et avant tout les mécanismes d’étouffement, d’endiguement ou d’éradication rapides et sans effets secondaires considérables. Intéressons-nous juste à cette démocratie pavlovienne au sein du parti au pouvoir.

Le bouton de la peur

Les militants du Rdpc, le parti au pouvoir, ont dans l’ensemble, une peur bleue d’afficher ou d’être taxé de nourrir des ambitions présidentielles. Au moment où le parti a lancé et obtenu le renouvellement des exécutifs des organes à la base, le questionnement sur l’identité de celui qui pourrait challenger ou remplacer Paul Biya à la tête du parti et donc être le candidat du Rdpc à la prochaine élection présidentielle, tient les militants en haleine.

Mais curieusement, au lieu qu’on assiste à une sorte d’effervescence pour la quête du Graal, tous ceux qui remplissent les conditions et ont un profil indiqué pour le poste, font profil bas et rasent les murs au grand dam de la vitalité de la compétition démocratique. L’appel lancé de la Lekié par un haut cadre du parti pour appeler à la candidature de Paul Biya en 2025 est de ce fait une sorte d’auto exorcisme des militants de quelques prétentions à succéder ou à lorgner sur le fauteuil présidentiel.

Cet appel est aussi un coup de semonce pour indiquer aux autres élites Rdpc des autres circonscriptions politiques de montrer patte blanche avant la tenue du Congrès du parti où se fera le vote de l’exécutif national et surtout le chef du parti. L’ « homme lion » aurait-il appuyé sur le bouton? Une chose est sûre, si tel est le cas, on assistera dans les prochains jours à une avalanche d’appels ou de motions de soutien à Paul Biya de continuer de présider aux destinées du parti. Telle est la situation à l’heure actuelle au sein du parti où les ambitions politiques des uns et des autres sont noyées dans un zèle démesuré de soutien ou de confiance à Paul Biya.

Qu’on se souvienne de la présidentielle 2018 ! Ce sont les militants qui avaient constitué la cagnotte pour la campagne électorale. Une fois n’est pas coutume. Le N’nom Ngui avait certainement appuyé sur le bouton. Toujours est-il qu’à l’heure actuelle au bord du Lac municipal comme à Etoudi, on scrute de toute évidence, dans le silence et la discrétion absolus, prêts à faire la patte du lion sur toute tête qui se montrera.

En plus de ceci, il y a lieu d’indiquer que tous les déçus ou victimes au sortir des opérations électorales de renouvellement des exécutifs dans les organes infra du parti, sont tenus aujourd’hui d’avaler toute l’amertume.

Journaliste Editorialiste, Panorama papers. Chef Service politique et économie.

Et il ne saurait en être autrement au moment où Jean Nkuete, le Secrétaire général du Comité central à travers une circulaire a court-circuité toutes les prétentions et velléités y afférentes en décrétant que le parti prenait acte des résultats tels que sortis des urnes.

Autrement dit, tous les cas litigieux sont classés sans suite. Par peur d’être exclus du parti, par peur d’être atteints par des errements à quelques niveaux, l’omerta s’est emparée des plaignants du nord au sud, de l’est à l’ouest. On a appuyé sur le même bouton, et mécaniquement les comportements s’uniformisent dans le sens voulu et se nivellent.

Léopold DASSI NDJIDJOU

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