Afrique LA UNE Santé panorama 26 juin 2020 (0) (257)

Cameroun > Assemblée nationale: Sortir la médecine traditionnelle de l’ornière

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Hier à l’hémicycle au Palais des congrès de Yaoundé les parlementaires, le gouvernement, les chercheurs et praticiens de cette médecine se sont concertés sur les voies et moyens de sa modernisation.


« Je déclare ouvert le séminaire sur la valorisation de la médecine traditionnelle », a proclamé Cavaye Yeguie Djibril du haut de la chaire. C’était bien parti pour que l’objectif de la rencontre qui est de susciter du gouvernement la modernisation, la codification, l’amélioration et la valorisation de la médecine traditionnelle camerounaise, ait un écho favorable tant au sein de l’Assemblée nationale, du gouvernement que de la société civile et de tous les acteurs du secteur. « La représentation nationale, à travers les élus du peuple doit impulser et accompagner cette mutation, cette dynamique qu’on appelle de tous nos vœux », a rappelé le patron de la Chambre. En effet, « plus de 95% des médicaments sont importés. Des études menées ont révélé qu’environ 80% des populations des pays en développement font appel la médecine traditionnelle pour de soins de santé primaire », a assené le Dr Peuyou pour planter le décor. Elle rejoignait de ce fait le ministre du Commerce qui affirmait il y a quelques jours que les importations des produits pharmaceutiques au Cameroun, entre 2015 et 2017 ont couté 372 milliards. La médecine traditionnelle ou ancestrale a précisément le vent en poupe au moment où la médecine conventionnelle ou occidentale montre ses limites fac à la pandémie de la Covid-19. C’est donc le lieu comme l’a proposé le président de la République dans son adresse du 19 mai dernier, d’envisager des traitements endogènes au Coronavirus. Autour du président de l’Assemblée nationale et des députés, les ministres de la Santé publique et de la Recherche scientifique et de l’innovation ont pris la parole du côté gouvernemental pour dire la bonne volonté de l’Equipe Dion Ngute d’œuvrer dans le sens de mettre la médecine traditionnelle fans le bon sens de son développement. L’Organisation mondiale de la santé était aussi de la partie. En ce qui concerne, les praticiens, l’archevêque métropolitain de la ville de Douala était l’invité vedette. Il a insisté à cet effet sur la nécessité de former les tradipraticiens à la maîtrise des plantes. Ainsi le manque de formation, l’absence de fabrication des consommables et autres intrants pharmaceutiques au Cameroun sont autant de freins à l’essor de l’épanouissemnt dudit secteur à terme.
Une médecine controversée
« La médecine traditionnelle suscite de vives controverses et divise les uns et les autres et surtout les scientifiques. Le moment est venu de mettre au goût du jour les questions d’intérêt national sur la problématique réelle de la médecine non conventionnelle », s’est insurgé d’entrée de jeu Cavaye Yeguie Djibril. Face à ce débat récurrent, qui agite les populations en raison du fait qu’il s’agit d’une question primordiale de santé dont la communauté nationale ne saurait rester indifférente. Dans la même lancée, Mgr Samuel Kleda, a indiqué que les médecins formés à l’école occidentale ont un saint mépris à l’égard de la médecine traditionnelle. Il a ainsi révélé que le produit qu’il a mis en place n’est pas toujours accepté par les médecins. C’est généralement les infirmières, avec le soutien de la famille qui donnent cette solution aux patients du Covid-19, souvent contre l’avis du docteur. Pour eux, les tradipraticiens sont des charlatans, des sorciers, des guérisseurs ou quelque chose de ce genre.
L’objectif de cette séance plénière spéciale n’est pas de crédibiliser les inventions et autres découvertes thérapeutiques de la médecine traditionnelle, mais davantage d’être informé sur l’opportunité d’encadrement de l’expertise en matière de médecine dite traditionnelle, laquelle médicine prend son ancrage dans les valeurs traditionnelles et dans la riche et diversifiée trésor de plantes ancestrales. « Je me souviens des potions de grand-mère, et de grand-père, aux multiples vertus connues et reconnues qui guérissaient totalement malgré l’absence à l’époque des centres de santé modernes », s’est lancé le président de la chambre, nostalgique, comme pour rappeler à l’assistance le peu d’intérêt accordé à cette richesse culturelle. Aujourd’hui plus que jamais, a-t-il rappelé, nous ne devons plus poser le même regard condescendant et de mépris à l’égard de la médecine traditionnelle. Il est grand temps, a-t-il clamé, de sortir la médecine traditionnelle de la stigmatisation et de la marginalisation pour en faire un complément essentiel et déterminant à l’offre de santé classique. Le représentant du Minresi à quant à lui va indiquer que le chef de l’Etat, a prescrit expressément d’envisager avec la collaboration des partenaires français, les axes de recherche en vue de la production locale de médicaments. Il a de ce fait prescrit dans son discours d’envisager tous les efforts dans la mise en œuvre d’un traitement endogène de la Covi-19. Promouvoir le traitement endogène de la Covid-19 et d’autres pathologies qui menacent la santé les Camerounais.
Les recommandations pour moderniser la médecine traditionnelle
A l’issue des échanges, quelques recommandations ont été formulées, à savoir entre autres : présenter au Parlement le Projet de Loi sur la Médecine traditionnelle en instance depuis plusieurs années au niveau du gouvernement ; renforcer la plate-forme de collaboration entre le ministère de la Santé publique, le ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation, le ministère de l’Enseignement supérieur et les tradi-praticiens de santé ; élaborer un répertoire national des tradithérapeutes de santé ; susciter une véritable synergie et complémentarité entre la médecine traditionnelle et la médecine conventionnelle et envisager la création des Centres de santé intégrés de la médecine traditionnelle au même titre que les Centres de santé intégrés classiques placés sous la responsabilité de l’Etat ; renforcer les capacités infrastructurelles des instituts et centres de recherches institutionnels, publics et privés et de la société civile sur les plantes médicinales et médecine traditionnelle pour répondre à la nécessité de mettre à la disposition du public des médicaments standardisés, efficaces et sans risque ; développer l’industrie pharmaceutique locale pour limiter l’importation des médicaments et des consommables et intrants pharmaceutiques ; développer des stratégies de culture et de conservation des plantes médicinales ; envisager la création d’un corps de la médecine traditionnelle avec des Centres de formation officiels ou agrées ; instaurer une foire nationale annuelle de la médecine traditionnelle ; former les tradipraticiens de santé sur les bonnes pratiques de récolte, de transformation et de conservation des plantes médicinales ; développer, diffuser la pharmacopée camerounaise et améliorer son conditionnement ; intégrer la médecine traditionnelle dans le système éducatif camerounais notamment dans toutes les Facultés de médecine, de pharmacie et les Centres de formation en soins médicaux ; protéger les droits de propriété intellectuelle des tradithérapeutes et détenteurs des savoirs endogènes ;accompagner techniquement et financièrement les tradipraticiens de santé pour la mise à la disposition des patients des médicaments sûrs et efficaces ; codifier les procédures d’obtention de l’autorisation de mise sur le marché des médicaments à base des plantes et revoir les lois y relatives car seuls les pharmaciens ont le droit d’en demander ; intégrer la médecine traditionnelle dans les soins de santé primaire ; mettre en place un réseau de Parlementaires consacré à l’accompagnement et à la promotion de la médecine traditionnelle. Face au Covid-19, les efforts devraient être intensifiés sur la recherche épidémiologique ; la recherche pharmaceutique fondée sur la riche pharmacopée traditionnelle camerounaise, la production des vaccins, entre autres. Tout porte donc à croire que si toutes ces mesures sont implémentées, la médecine ancestrale aura le vent en poupe au Cameroun comme il en va dans certains pays en Afrique de l’Ouest, à l’exemple du Benin, du Ghana et autres.
Léopold DASSI NDJIDJOU

Réaction :
Samuel Kleda, archevêque métropolitain de Douala, phytothérapeute de la Covid-19 au Cameroun
« Il faut étudier les plantes »
« Il faut faire des recherches sur des pathologies qui ne trouvent pas souvent leur solution à l’hôpital. Au niveau de la phytothérapie, y a des pathologies lourdes qui peuvent être vaincues, 0c’est-à-dire des malades condamnés peuvent être soignés par les plantes. Pour l’avenir, justement en ce qui concerne la phytothérapie, elle doit être étudiée dans nos universités et que des lois soient promulguées à ce sujet. Cela permet à nos médecins, à nos techniciens d’utiliser partout les plantes, des plantes évidemment bien étudiées. Pour utiliser les plantes, il faut les avoir étudiées. On ne peut pas s’amuser à utiliser les plantes qu’on ne connaît pas. C’est par là la voix à suivre. Que nos chercheurs, nos pharmaciens, viennent aux études des plantes. C’est cela la voie à suivre. »
Propos recueillis par L.DN.


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