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Cameroun : aux sources de la crise d’eau potable à Yaoundé

L'unité principale d'approvisionnement se trouve dans un état lamentable, obligeant l'opérateur public à opter pour le rationnement de la ville et de ses environs.

Par panorama
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Une Enquête Exclusive de Félix C. Ebolé Bola

La capitale camerounaise, Yaoundé mais aussi ses environs, dispose de deux stations de fourniture d’eau potable. Le site de la Mefou, situé dans la proche banlieue, apporte 30% du précieux liquide, l’essentiel venant d’Akomnyada, à près de 70km et avec un point de captage situé sur le fleuve Nyong.

Ces deux sources devraient, par définition éviter des pénuries à la métropole politique. Mais la réalité est aujourd’hui bien cruelle pour des millions de consommateurs, réduits au rationnement ou au robinet sec, pour une bonne partie et en pleine saison des pluies dans la région. Sous les pressions la Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater), l’opérateur monopolistique de l’État, a épuisé le registre des justifications. Il ne communique plus que sur le programme cyclique des coupures ou, plus cocasse encore, essaye d’atténuer la tension à travers des camions citernes ravitaillant sporadiquement quelques quartiers.

C’est que la Camwater, ses dirigeants et ses techniciens vivent un véritable martyre à Akmonyada. Passons sur la voie d’accès, soit 5km d’ornières devenus un calvaire par tout temps à partir de Mbalmayo. On peut également se permettre d’ignorer le piteux état des bâtiments, soumis aux infiltrations d’eau et à l’humidité, pour ne s’intéresser qu’aux unités de potabilisation.

La station d’Akomnyada dispose de trois unités de traitement de l’eau, pour une capacité installée de 180.000m3. Mais il s’agit aujourd’hui d’une donnée virtuelle, hors d’atteinte puisqu’à peine 150.000m3 sont quotidiennement injectés dans les tuyaux.

Le premier module de traitement dit «classique», d’une capacité nominale de 100.000m3/jour, a été mis en service en 1985. C’est donc le plus vieux, mais également le plus fiable malgré l’obsolescence des équipements.

Le second poste de potabilisation, fonctionnant par la méthode de flottaison, fut inauguré en 2016 pour une capacité de 55.000m3/jour. Du fait d’un équipement informatique défectueux, il ne fonctionne qu’à moitié de ses capacités et le fournisseur français Fugro, apprend-on, se hâte lentement d’y trouver remède. «Nous avons bon espoir de le remettre à flot dans le court terme», soupire le chef de station, Fredy Ngounou. De même, selon des indiscrétions, un devis de circonstance continue de traîner dans les services compétents du ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat).

S’agissant de la troisième unité, par définition la plus moderne, c’est ici le principal nœud au rendement optimal de la station. Installée en 2017 sur le modèle de l’ultrafiltration membranaire, elle a arrêté de fonctionner, apprend-on, moins de trois semaines après sa mise en service et n’a jamais été officiellement réceptionnée. Acquise à hauteur de plus de 32 milliards FCFA auprès des opérateurs américains Environmental and Chemical Corporation (ECC) et General Electric (GE), objet d’un prêt auprès d’Eximbank USA. Elle est constituée de huit blocs (containers) qui devaient rapporter 55.000m3/jour supplémentaires à un réseau d’eau potable devenu chroniquement déficitaire.

L’affaire devrait finir devant les tribunaux compétents, après une phase d’arrangement à l’amiable n’ayant manifestement pas prospéré, les firmes mises en cause n’ayant pas daigné réagir aux nombreuses injonctions aussi bien de la Camwater que des tutelles.

Selon des évaluations internes, auxquelles votre média a pu avoir accès, la station de traitement d’eau d’Akomnyada comporte 41 dysfonctionnements globaux, et ce à presque tous les niveaux de la chaîne de potabilisation. Fonctionnant ainsi à flux tendu, ses installations – du moins ce qui a pu résister à l’usure – souffrent cruellement de vétusté.

C’est dire que la situation s’avère particulièrement préoccupante. Surtout, aucune amélioration ne semble possible avant l’achèvement prévu fin 2022 du Projet d’alimentation en eau potable de la ville de Yaoundé et ses environs à partir du fleuve Sanaga (Paepys). La station de captage et de pompage de Nachtigal devrait alors fournir 300.000m3/jour extensibles à 400.000m3, pour soulager des consommateurs qui vivent l’enfer depuis des lustres.

Fraudes, casses et impayés plombent les performances de l’opérateur

Le réseau Yaoundé-agglomération a enregistré des pertes d’eau potable de l’ordre de 95.000m3 entre le 1er janvier et le 24 juin 2022, a-t-on appris de source interne à la Camwater. Alors que le déficit de production est estimé à 215.000m3/j, la capitale se trouve devant un autre dilemme. Selon les dirigeants de l’opérateur, 52% des 185.000m3 d’eau potable difficilement produits par jour se retrouve dans la nature.

Camwater attribue ces pertes soit à la fraude, ou alors aux casses (fuites) enregistrées sur un réseau à l’obsolescence chronique. La deuxième cause énumérée, qui depuis peu fait l’objet d’une vaste campagne de sensibilisation et de répression, est considérée comme la plus importante et la plus préoccupante.

Il a en effet été démontré que la fraude était en grande partie suscitée, encouragée et entretenue par des agents de l’entreprise. Lesquels, contre espèces sonnantes et trébuchantes couvrent des branchements clandestins dans les quartiers, truquent ou dissimulent les compteurs, quand certains ne suppriment pas des données informatiques controversées.

S’agissant des fuites, la Camwater explique qu’elles proviennent souvent d’actes délibérés d’incivisme. Elle déplore, surtout, le faible taux de remontées de l’information – surtout lorsque les casses se situent dans les bas-fonds et autres zones difficiles d’accès.

L’autre boulet que traîne l’opérateur provient des factures impayées de consommation, de l’ordre de 50 milliards FCFA. A commencer par celles de l’État aujourd’hui estimées à plus de 1 milliard FCFA. Et parmi les mauvais payeurs se retrouvent la vénérable Société nationale des hydrocarbures (SNH) ou encore l’audiovisuel à capitaux publics (Crtv).

Tout au Cameroun renvoyant à la politique, l’on voit mal la Camwater procédant à la dépose des compteurs chez ces grands débiteurs, sans encourir des représailles pouvant emporter son propre top-management.

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