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Afrique - 2 semaines ago

Cameroun > Batchenga: Les riverains bluffés pas le barrage

Alors que la réalisation de ce projet structurant dans l’arrondissement de Batchenga était une source d’espoir pour les populations riveraines de sortir du sous-développement et de la précarité eu égard des nombreuses promesses faites par l’entreprise en charge des travaux, il n’en est rien. Ces dernières n’ont que leurs yeux pour pleurer.

Visage froncée ; mine serrée ; colère ambiante. C’est l’image qu’affichent les riverains de l’arrondissement de Batchenga et environ, situé dans la région du Centre, département de la Lékié. A l’origine de ce grand malaise social, l’arrivée du barrage de Natchigal qui a eu un fort impact sur l’agriculture, la pêche, l’extraction du sable et l’habitation.

Alors que la réalisation de ce projet annonçait des avantages multiples pour les populations riveraines. Surtout celles pour qui les activités ont été stoppées, les plantations et les maisons d’habitation détruites. Mais 7 ans après le début des travaux, l’installation du barrage contribue plutôt au malheur et au mal-être de ces dernières.

Toutes les promesses qui leur ont été faites par la Natchigal hydro power company (Nhpc), l’entreprise en charge des travaux, sont pour le moment chimériques. Flouées, elles ne lésinent donc sur aucun moyen pour décrier leur ras-le-bol. Comme ce 25 août 2021. Face à un groupe de journalistes mobilisés par l’Ong Green development advocates pour la cause, ces désœuvrées expriment leurs courroux.

« Depuis 2011 on a seulement les promesses sans réalisations. A partir de 2015 les travaux ont commencé et on nous a dit que nous les pêcheurs et nos dames les marneuses, qu’on devait nous donner les indemnisations avant le début des travaux. Mais jusqu’à présent nous n’avons rien reçu »,

fulmine Pierre Olinga, Secrétaire général de l’Association des pêcheurs de Batchenga.

Pourtant au cours d’une assise avec les responsables de Nhpc, ces derniers avaient demandé qu’ils soient indemnisés à hauteur de 10 millions de Fcfa chacun pour avoir été sevré de leur activité de prédilection pour toute leur vie. Mais sur les 400 pêcheurs que compte la zone, Nhpc a plutôt choisi de donner une aide financière (450 000 Fcfa) à 20 pêcheurs qu’elle a jugée vulnérables.

La cessation de l’activité de pêche à Batchenga n’a pas d’effet que sur les pêcheurs, mais aussi sur leurs épouses.

« Quand nos maris partaient dans l’eau, après avoir pêché, nous recevions les poissons, nous les fumions et nous vendions à Batchenga, à Yaoundé et ailleurs. On faisait aussi le Ndomba, même les passants s’arrêtaient ici pour les consommer. Mais depuis un certain temps on ne parvient plus à sourire. On n’a plus rien à gagner ; nous sommes en larmes »,

déplore Louise Elisabeth Messina, marneuse.

Comme les pêcheurs, les agriculteurs qui ont vu leurs plantations détruites pour faire passer la route qui conduit au barrage, craignent de perdre toutes leurs récoltes.

« Actuellement l’entreprise ne respecte plus les limites de nos terrains. La Dup c’est normalement 50 m mais maintenant quand ils enlèvent les arbres coupés ils jettent dans nos champs. Et ça nous crée des problèmes pour circuler. Nous sommes en zone de savane et ils ont coupé l’arbre d’ombrage qui protège le cacao. Donc en saison sèche tous nos arbres vont bruler parce que le cacao n’aime pas la clairière »,

s’indigne Majesté Bikele Ambomo Bruno, chef du village Olembe-Batchenga.

« avant le barrage, nous sommes à 90% agricole. Donc Batchenga vit essentiellement de l’agriculture. Mais depuis ce n’est plus le cas. Notre économie diminue. On se demande bien que, si notre souffrance est si grave au moment de l’installation du barrage, quelle sera notre situation au moment de son exploitation ? »,

s’est interrogé.

Dans cette localité, l’extraction du sable permettait également à certaines familles de satisfaire leur besoin. Mais avec l’arrivée du barrage, certaines carrières ont été fermées et sont à présent inexploitables. Sauf que les propriétaires de même que les employés n’ont pas été indemnisés comme convenus.

« Notre carrière n’a pas été prise en compte. Si c’était le cas, les propriétaires de carrière devaient percevoir 6 millions 600 mille Fcfa selon Nhpc durant toute sa vie. Moi qui était propriétaire de dépôt à la carrière je devais percevoir 3 millions 600 mille Fcfa ; le plongeur devait avoir 1 million 800 mille Fcfa ; le déchargeur devait avoir 1 million 200 mille Fcfa. Mais personne n’a rien reçu »,

dénonce Majesté Bikele Ambomo Bruno, président des sableurs.

Le chef de l’Etat à la rescousse

Privés de leurs sources de revenus financiers, les parents de Batchenga et environ ne parviennent même plus à envoyer leurs enfants à l’école. Une situation qui crée une insécurité galopante et une prostitution ambiante parce que les enfants n’ont rien à faire.

« Nous sommes agressés par nos propres enfants parce que nous sommes incapables de les envoyer à l’école ou à l’hôpital lorsqu’ils sont malades. Nos filles deviennent des prostituées de première classe ; le vol augmente dans ce village »,

déplore Louise Elisabeth Messina, marneuse.

Un phénomène qui aurait certainement pu être évité si les jeunes de la localité étaient employés pour la construction du barrage.

« Sur près de 1000 jeunes, il n’y a aucun qui travaille au niveau du barrage. Pourtant l’entreprise Nhpc nous avait garanti qu’on a droit à 10% quand elle va faire des recrutements »,

révèle le chef du village d’Olembe-Batchenga.

Dans ce tourbillon de mal-être, même les personnes qui ont été recasées après la destruction de leur lieu d’habitation, ne sont pas en reste.

« J’avais 902 m2 comme espace. Mais au moment de me recaser, ils ne m’ont construit qu’une maison sur une superficie de 400 m2. Donc maintenant je réclame les 502 m2 qui sont restés parce que je n’ai plus d’espace pour jeter le fumier de ma cuisine »,

se plaint Lewono Biloa, recasé.

Contrairement à lui, Ibrahim Ndoa qui est aussi un recasé n’apprécie pas la qualité de l’infrastructure qui lui a été donnée.

« Mon problème est que là où je dors, ça coule, le toit est soulevé, le mur est fendu. Quand il pleut, la maison est inondée alors que là où j’habitais je n’avais pas de problèmes »,

déplore-t-il.

Toutes choses qui poussent les riverains à affirmer d’une seule et même voix que s’il fallait remonter le temps, voyant ce qui se passe aujourd’hui, ils auraient dit qu’ils ne veulent plus le barrage. Car selon eux, il est là pour enrichir les autres et les appauvrir. Ils appellent tous le chef de l’Etat à la rescousse.

Rostand TCHAMI

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