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Opinion - Politique - Une - 28 septembre 2020

Cameroun > Biya-Kamto: Les paris d’un dénouement risqué

Depuis les marches du 22 septembre, le pouvoir semble déterminé d’en découdre une fois pour toute avec le Mrc et son leader. Plusieurs options sur la table, toutes susceptibles d’exacerbation des tensions politiques.

Maurice Kamto, de l’avis de  sources concordantes et de  ses avocats est depuis lundi soir « séquestré » dans sa résidence. Personne n’est autorisé à y sortir et à y entrer. Ce dimanche 27 septembre, son conseil a publié l’information indiquant qu’un agent de la société de gardiennage sorti de la résidence a tout de suite été mis aux arrêts. Un telle situation éclaire à suffisance sur les intentions du pouvoir, déterminé d’infliger au Mrc et à son leader les les sanctions les plus dures possibles.

A l’issue du communiqué gouvernemental du 25 dernier, il ne faisait pas l’ombre d’un doute que le gouvernement était resté constant dans sa logique de faire subir à Maurice Kamto et les siens toutes les rigueurs de la loi républicaine. Au soir de l’annonce de la marche, Atanga Nji était monté au créneau pour mettre en exergue  à titre dissuasif toute la coercition de la loi qui allait jusqu’à l’emprisonnement à vie. Le sort qui attend le leader du Mrc et sa famille politique ? Pour l’heure, Maurice Kamto a dit toute sa grande volonté de rencontrer Paul Biya mais en face, ses collaborateurs ne l’entendent pas visiblement de cette oreille, comme pour inciter l’ex-ministre de Paul Biya de mettre sur la place publique toute sa capacité de menace à chef d’État.

On se souviendra qu’alors que Maurice Kamto était en prison, désirant un  tête-à-tête avec Paul Biya, il lui fut rétorqué par René Emmanuel Sadi qu’il n’était pas l’alter ego du « N’nom Ngui ». On peut dans ce sillage, supposer que le pouvoir est déterminé de ramener Maurice Kamto à sa juste place, lui qui depuis le 8 octobre 2018, s’est imposé dans le subconscient de beaucoup de Camerounais comme une alternative au pouvoir de Yaoundé !

En refusant de participer à l’élection couplée, législative et municipale, et pire encore en appelant à son boycott, Maurice Kamto a remis une grosse couche dans sa défiance d’un pouvoir habitué à se la couler douce, dans un océan aussi lisse, aussi  à niveau que l’aire de jeu d’un stade de football. Tranquille! Premier couac. Le taux de participation à l’élection du 9 février fut si bas que certains observateurs demandèrent si les manettes du pouvoir n’étaient pas en train  de glisser des doigts du grand manitou. Les différents taux de participation avancés par les observateurs étrangers en déphasage avec ceux annoncés par le Conseil constitutionnel, en disent long sur l’expectative autour du mot d’ordre de boycott.

Le « petit parti politique » va continuer son entreprise de gêne du pouvoir avec l’arrivée du Covid-19 au  Cameroun en mars. Tout va y passer. Le Mrc lance son programme d’assistance humanitaire aux Camerounais, avec Survie. Les Camerounais de l’extérieur et de l’intérieur manifestent largement leur solidarité au moment où le pouvoir se montre discret mais attentif. Un autre front naît dès lors entre le pouvoir et le Mrc car Survie est déclarée illégale même si elle continue de distribuer les masques, les solutions hydroalcooliques et les produits médicaux dans certaines formations sanitaires de la République.

L’épisode de la mort de Paul Biya, lancé à partir de Paris va cristalliser tout autant les rapports entre Paul Biya et Maurice Kamto. Ce dernier va d’ailleurs demander à l’Assemblée nationale, au plus haut du bras de fer, de saisir le Conseil constitutionnel aux fins de constater la vacance du pouvoir. Les marches du 22 septembre, de toute évidence constituent un terreau fertile pour le pouvoir de dire la messe du Mrc et son leader à la lumière de l’évangile de ce qui est peint précédemment. Un temps de vengeance ? Les incertitudes de dissoudre le Mrc 
Paul Biya, à la lumière de ce qui est en cours pourrait avoir décidé d’en finir avec le Mrc et son leader.

C’est compréhensible mais pour quelles retombées ? C’est dans la défiance et le refus de marcher sur les sentiers battus du pouvoir que le Mrc édifie sa popularité. « Je ne vous trahirai jamais », ainsi martelait triomphateur Maurice Kamto à la sortie de la prison à l’endroit de ses militants et sympathisants. C’est le lieu de le dire, au fur à mesure que les jours passent, le leader du Mrc fait des émules. Il en est d’ailleurs conscient. A Ngouache à Bafoussam, à Douala, il a fait etalage de sa capacité de mobilisation. Si le pouvoir interdit le Mrc, n’y a-t-il pas un risque de radicalisation de ses membres? 

C’est même un euphémisme de l’avouer car aux yeux de beaucoup, Maurice Kamto est l’incarnation de l’anti-système de ce que vivent les Camerounais. Si Paul Biya est la nuit, Maurice Kamto est le jour. S’il est la nuit, Paul Biya est ke jour. C’est la vision populaire! En interdisant le Mrc, le pouvoir se mettrait de ce fait à dos une masse considérable des Camerounais déterminés à en découdre par tous les moyens avec  le pouvoir central. Le gros piège est la situation ambiante dans les deux régions troublées du pays, dont la contagion pourrait vite atteindre l’Ouest et le Littoral. Cette exaspérante éventualité devrait être au coeur de l’attention du pouvoir.

En ce qui concerne Maurice Kamto, une condamnation serait tout autant improductive. Sur ce point, les leaders de Yaoundé, chacun pour ce qui le concerne, sait quelle pression internationale lui pèse dessus relativement au cas Kamto. A Paris, un Conseil d’avocats nationaux et internationaux ont saisi le procureur de Paris relativement aux sévices corporelles et dérives subis par les militants et sympathisants du Mrc. De part la compétence universelle des juridictions françaises, cette plainte contre des personnalités nommées, à des degrés divers des cercles du pouvoir, est du pain béni pour Paris pour étendre ou ancrer davantage son influence. 

A côté de cette plainte, il y a celle de « Amsterdam et Partners », un cabinet conseil londonien et américain, qui est entré depuis le 21 septembre dans la danse pour défendre les droits de Maurice Kamto et les siens. Deux lettres ouvertes ont déjà été servies à Paul Biya qui en a déjà vu d’autres couleurs. Dans cette dernière Communication du 25 dernier, il n’a pas caché son intention de mettre ses menaces à execution. Le pouvoir, dans sa dernière communication a d’ailleurs accusé réception en indiquant que les services spécialisés s’en occupent, une façon de minimiser la menace.

Reconnu comme le bras de la communauté internationale dans beaucoup de dossiers privés et publics internationaux, on attend de voir si Paul Biya va contenir la menace de Amsterdam pour dompter Kamto et les siens une fois pour toute. 
L’autre point concerne le Bas. Le gouvernement reconnaît aujourd’hui un lien entre le Mrc et ces activistes camerounais établis à l’étranger. A son actif on  inscrit le saccage des ambassades de Paris et de Berlin. Bien plus encore, ce manque de respect quasi morbide  sur la personne de Paul Biya. Les théâtres sulfureux de Genève à l’Intercontinental et de Lyon, à Meurice hôtel sont évocateurs de ce mépris de celui qui incarne les institutions du Cameroun.

En jugeant la Bas, et beaucoup de Camerounais dirait-on, souhaitent sa fin, n’y a-t-il pas là aussi une porte ouverte à l’exacerbation de toutes les extrémismes en dehors du territoire national? Une telle interrogation convoque la nécessité de concertation de préférence à une méthode dure et violente. 
« Dialoguons mais ne combattons pas »
Cette maxime biyaenne n’a jamais revêtu tant de lettres de noblesses, faites d’or les plus épurés. Dialoguer! Avec qui? Avec tout le monde ! La République du Cameroun ressemble aujourd’hui à une jeune fille parée de tous ses atouts, folle de sa fierté, de sa beauté, inconsciente de tous les risques de la vie, obnubilée par ce qu’elle a à donner pour anesthésier toute forme d’accusation ou de reproche. Il arrive un temps où le chemin de la séduction ne marche plus. Et le premier d’entre les Camerounais le sait mieux que quiconque.

En rencontrant Maurice Kamto, comme il l’a fait hier avec Ni John Fru Ndi, le soleil ne va pas nous tomber dessus. Au contraire, cette éventualité va raffermir le pouvoir de Paul Biya. La difficulté viendrait tout simplement des chapelles aux cloches dissonnantes qui retentissent dans l’antre du pouvoir. L’opposition fait rage entre les pacifistes et les va-t-en guerre. Dans cette dédale, c’est le pouvoir du N’nom Ngui qui en souffre. En courcircuitant cet antagonisme autour de son pouvoir comme il l’a fait au sortir du Grand dialogue national, Paul Biya se donnerait plus d’air pour garder le cap, se dégageant pour un temps de l’étreinte des agendas antagonistes.

Un tête -à -tête avec Kamto ne fait pas de lui le dauphin mais construit une intelligence pour la perenisation du pouvoir camerounais exempt d’une trop grande influence extérieure. Par le même coup, pourrait se dessiner un autre souffle pour le règlement pacifique dans les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Comme on le voit, Paul Biya a un gros bouton sur sa table pour faire la paix,  pour éviter tous les paris risqués d’un dénouement des marches du 22 septembre. De ce fait, Biya sera Biya et Kamto sera Kamto, bien compris!
Léopold DASSI NDJIDJOU  

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