stade d'Olembe
Home Opinion Société Cameroun > Can 2019: Le côté acide de notreCan sucrée
Société - 30 octobre 2021

Cameroun > Can 2019: Le côté acide de notreCan sucrée

Maintenant que le pari des infrastructures de qualité est presque gagné avec des stades et des hôtels d’un standing exceptionnel, des hôpitaux d’un très bon niveau de référence, la note de satisfaction de ce côté côtoie l’excellence à quelques exceptions près, du fait de quelques fausses notes en relation avec les routes. Et disons le tout de suite sans hésitation, en toute honnêteté et sans complaisance, ce qui a été accompli mérite d’être salué et félicité.

Et si les infrastructures rassurent désormais , sans que la garde ne soit baissée en termes de veille, l’autre grand défi de l’organisation de la grande fête du football que nous accueillerons dans les tous prochains jours grâce à l’accord cadre signé qui en scelle l’octroi définitif en faveur du Cameroun, est son volet fonctionnel qui comporte des risques et suscite des craintes.

La mauvaise qualité du service dans le secteur des télécommunications observée et vécue par les consommateurs de façon continue ces derniers temps n’est pas de nature à rassurer , et nécessite des ajustements rapides parce qu’une Coupe d’Afrique des Nations repose sur une demande à la fois fort des transmissions qualité : qualité du signal et confort d’écoute pendant les conversations téléphoniques, qualité du débit et du signal internet. Que nos stades, nos hôtels, nos hôpitaux et que le spectacle soient beaux avec des journalistes et visiteurs se plaignant de cet aspect pendant leur séjour dans notre pays, avouons-le, ne sera aucunement bon pour notre réputation.

Le désordre urbain continue de prospérer au point de se demander si les autorités engagées dans le combat de sa dimunition hier à défaut de sa disparition sont déjà fatigués, ou était-ce juste une parade pour les caméras .Les trottoirs et autres lieux non autorisés à propos continuent d’être illégalement occupés. Le cas de Douala dans ce sens est extrêmement préoccupant. Aucune campagne de formation ni de sensibilisation des conducteurs de moto ou des chauffeurs de taxi sur les bonnes pratiques à observer visible nulle part. Tant pis si notre image est écornée par des comportements sur lesquels on aurait pu anticiper. Ils pourraient pourtant être d’excellents ambassadeurs…
Peut-être attend-on la dernière minute !

Inutile de ressusciter la question de la peinture sur les taxis désormais aux oubliettes. On pourrait néanmoins leur interdire certains itinéraires à emprunter à défaut d’en interdire la circulation systèmatique pendant cette période !

L’organisation du Chan a révélé une forte densité du trafic avec des pics de saturation pendant cet événement. Celui-ci se démultipliera à coup sûr avec une Can à 24. La nécessité des réajustements qui prennent appui sur les erreurs d’hier s’impose donc . Réajustements des pouvoirs publics dans la canalisation des flux avec une communication efficace dédiée dans une perspective collective , mais également réajustements individuels pour s’éviter de sérieux désagréments et de graves surprises .

Un pays entier recouvert de tas d’immondices d’ordures au mètre carré à deux mois de l’accueil d’un évènement sportif d’envergure ne fait pas bonne presse à côté de la catastrophe écologique qui pèse sur lui.

La capacité quoiqu’importante mais limitée des stades ne permettra certainement pas tous les Camerounais d’y savourer le spectacle . Reste le téléviseur à la maison , seul, en famille ou avec des amis . Mais l’expérience du Chan a révélé une autre réalité , celle des délestages et du rationnement énergétique pendant cet évènement. De nombreux quartiers des métropoles et des villes entières se voient sévrés d’électricité pendant que les matchs se jouent . Tout le monde n’a pourtant pas les moyens de s’offrir un groupe électrogène . Il serait intéressant de voir la solution prévue à propos .

Les grands rendez-vous sportifs et footballistiques notamment sont généralement entachés de scandales relatifs à la billetterie. Un marché noir se crée souvent autour de l’activité .Chez nous , un autre phénomène est venu s’y greffer . Celui de l’accaparement de 75% des billets par l’élite politico-administrative de Yaoundé et de leurs amis , au détriment des spectateurs lambdas, même lorsque les matchs de l’équipe du Cameroun ne se jouen hors des stades de la capitale politique. Un sentiment d’injustice souvent très mal vécu par des milliers de fans de foot . Fort heureusement pour cette édition de la Can, la poule de nos Lions Indomptables s’exprimera à Yaoundé.

Mais qu’adviendra-t-il si nos champions étaient appelés à se déplacer pour une autre ville ? Serions -nous obligés de subir les mêmes dérives ? « Le soutien à l’équipe nationale de football transcende les clivages(…) et l’équipe nationale devient un vecteur d’identité nationale. Le match télévisé fédère la nation derrière son équipe . » Ces propos de Pascal Boniface auront-ils la plénitude leur pertinence dans notre contexte pendant la Can de janvier prochain ?

Reconnaissons-le en tout cas par lucidité et objectivité , et loin de toute naïveté . Tous les problèmes d’un pays ne se résolvent pas avec l’accueil d’un événement d’envergure , même si ce dernier permet de corriger ceux en relation avec celui-ci , de façon à laisser une bonne impression .

Les éclatants succès organisationnels de la Can féminine 2016 et du Chan 2020 sont des preuves de ce que le Cameroun peu produire des résultats bien au-delà de la moyenne quand il le veut . C’est pourquoi il faut davantage être exigeants avec nous -mêmes ,sachant que les besoins et les enjeux ont évolué , et qu’un match de test n’est pas comparable à la compétition elle-même.

« Nous sommes entrés dans l’ère du sport mondialisé. Le sport est devenu le nouveau terrain d’affrontement – pacifique et régulé – des États. C’est la façon la plus visible de montrer le drapeau, d’être un point sur la carte du monde et d’exister aux yeux de tous.
Lorsque la globalisation efface les identités nationales, le sport devient le moyen le plus efficace pour ressouder la nation, autour d’un projet commun et fédérateur. Dans ce « village global » qu’est devenue la planète, les champions sont les habitants les plus connus et les plus populaires. Tout le monde a entendu parler d’Usain Bolt ou de Cristiano Ronaldo. Qui connaît le nom du Premier ministre jamaïcain ou portugais ? Qui se souvient du nom du président du Brésil en 1970 ? Celui de Pelé est gravé à tout jamais dans les mémoires.
Le sport aujourd’hui c’est donc plus que du sport. C’est de l’émotion, des sensations, des moments de désespoir, de joie, de fraternité, etc., mais aussi de la géopolitique, de la puissance en version « soft ». Bref, un élément essentiel de rayonnement pour un État. », extrait du synopsis de Géopolitique du sport de Pascal Boniface publié en mai 2021 aux éditions Dunod.

Puissions-nous tous nous en souvenir pendant les préparatifs et le déroulement de cette Can Total Énergie 2021 que nous avons le privilège d’accueillir sous sa nouvelle formule , pour une belle fête et un succès éclatant !

Serge Gauthier Onanina, Analyste politique

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Check Also

Cameroun > Magouille autour des visas: L’Ambassade d’Allemagne décline toute responsabilité

Par Antoine Bivana En cas de paiement, l’Ambassade d’Allemagne invite les usagers à faire …